JO MIRABEAU
t( — Le public s'exprime mal quand il demande une loi pour accorder ou autoriser la liberté de la presse. Ce n'est pas en vertu d'une loi que les citoyens pensent, parlent, écrivent et publient leurs pensées : c'est en vertu de leurs droits naturels. »
« — Beaucoup depersonnes pensent que c'est en balançant les avantages et les inconvénients de la liberté de la presse qu'on doit tracer la juste ligue de démarcation entre ce qui peut être défendu en ce genre, et ce qui ne doit pas l'être. Ces personnes se trompent. Le législateur ne doit pas négocier comme un conciliateur habile ; toujours placé devant des principes, au lieu d'écouter une politique adroite, il doit être sévèi'e et immuable comme la justice. Si on lui demande de limiter l'exercice d'une liberté quelconque, il saura que le mal seul est de son ressort. »
a — Avez-vous besoin d'une bonne in-titution ? Laissez la presse vous servir de précurseur, laissez le? écrits des citoyens éclairés disposer les es-
prits à sentir le besoin du binn que vous voulez leur faire; c'est ainsi qu'on prépare de bonnes lois.
» SIÉYÈS, 1790, Rapport sur la liberté de la presse. »
« — La liberté de la presse élève l'âme, donne de l'énergie au talent, développe les grands caractères.
» Elle est la sauvegarde de la liberté politique et civile. Rien ne peut égaler, rien ne peut suppléer cette censure publique : elle veille quand la loi sommeille.
» La liberté de la presse et l'esclavage des peuples sont incompatibles.
» Avec la liberté de la presse, une mauvaise constitution peut s'améliorer, une institution vicieuse se réformer. Sans cette liberté, la meilleure constitution peut se corrompre, les plus larges lois peuvent dégénérer,
» Je ne connais aucune loi aussi importante et qui ait de plus grands effets que celle de la liberté de la presse pleine, entière, indéfinie. »
« — La presse a ses abus, sans doute, et j'en gémis comme vous. Mais quel est l'homme de bonne foi qui, mettant dans un des bassins de la balance les biens infinis de la liberté de la presse, et dans l'autre ses abus, ne dise que la somme du bien ne l'emporte sur celle du mal? »
» Dès qu'il s'agit de mettre des bornes à la liberté de la pensée, on ne sait où s'arrêter, et l'arbitraire commence. »
» — Ceux-là ne connaissent guère les effets de la liberté sur le peuple et sur le développement de sa raison, qui redoutent les écrits séditieux. Si le peuple est beureux par l'effet de sa constitution, l'écrit séditieux tombe dans le mépris et dans le néant ; dans le second cas, l'écrit cesse d'être séditieux, a
» — Un des plus grands bienfaits de la liberté de la presse est de sur veiller sans cesse les hommes en place, d'éclairer leur conduite, de démasquer leurs intrigues. Elle donne quelquefois de fausses alarmes, mais un excès de prévoyance est préférable à une fausse sécurité. »
» — De tous les moyens d'exercer le droit d'exprimer sa pensée, la presse est le plus rapide et le plus puissant dans ses effets ; elle est le plus ferme rempart de la liberté publique; elle pi'otége les faibles, fait trembler les tyrans ; elle doit donc être entière et illimitée.