ARMAND CARREL
K Ouand on noua montrait los arclii\ os de police, le gri- » moire procédurier des vieux parlements , les décrets du » comité de salut public et d'inquisition impériale..., quand » on nous disait : Il y a dans cette montagne de paperasses » de quoi étouffer toutes les libertés du genre humain, tous » les droits de la pensée, toutes les généreuses inspirations » du cœur, nous n'avions qu'une réponse, réponse juste » d'abord, mais devenue triviale, h force d'avoir élédémen- » tie par les faits; nous disions : Us n'oseront pas !
» Us ont osé !...
» C^est ainsi que nous avons vu l'état de siège dans Paris. » les écrivains politiques livrés à la juridiction des sergents » d'infanterie, la libei-té individuelle adjugée aux caprices » du dernier des agents de la force publique, la sainteté du » domicile violée...; le secret des correspondances devenu » la matière jjremière du réquisitoire... C'est ainsi que nous « nous sonmies vus nous-mêmes dépouillés de nos droits » d'écrivains et de citoyens, frappés dans notre liberté et w dans notre fortune pour avoir voulu conserver l'existence » du journal d'où partit le premier appel en faveur delà dy- » nastie d'Orléans... (J"en demande pardon pour mou » compte à la liberté et à mon pays. ) »
ARMAXD CARREL. .1 la Cluimljre des pairs.
« Quoi! ce procès pour vous dans un temps où la société » est en proie à un procès, par ma foi, bien autre; quand » elle plie jusque dans son axe ; quand on ne sait à quel » orbite doit aboutir ce monde dérouté ! Quoi ! dans cette 6 tempête qui gronde autour de vous, vous entendez le cri » d'un journal !
» Non, vous ne nous ferez pas croire que \otre colère i> contre nous soit Tunique motif de ce procès... Vous êtes » dans une mauvaise voie 1 »
» Nous ne sommes pas de ceux qui se passionnent pour » leur moyen; nous savons très bien en quoi poche la » presse; mais ce que nous lui reprochons, nous, comme à » toutes les opinions dont elle est l'organe, c'est d'avoir plus » de fougue que de hardiesse.
» En cela, la presse est un symptôme du vice flagrant de » notre époque, le peu de dévoûmcnt de chacun à sa cause. » On regarde trop, de port et d'autre, à s'en prendre rèso- « Mment et aux choses et aux personnes. On s'insulle au » lieu de s'attaquer franchement , et ces insultes mêmes » qu'on se dit ne sont qu'une sorte de compensation pour » les vérités qu'on n'ose se dire.
» Oui, la main qui tient la plume se serre pour ne pas les » laisser échapper. On le disait ici tout récemment de la ^ presse ministérielle; nous le disons, nous, et de la presse » libérale et de la presse républicaine.
» ... Laissez donc s'établir pour la presse le droit de tout » dire, envers et contre tous; elle en deviendra à la fois plus y> calme et plus explicite ; elle ne prendra plus sa franchise » dans un enivrement de passion. Aujourd'hui que les doc- » trines se font la guerre, qu'elles se comjjarent en s'aîta- » quant, laissez-leur toute leur expansion. Aussi bien, quel » intérêt auriez-vous à empêcher que celles dont vous ne » voulez pas se compromissent par des imprudences ? Le » pays n'en jugerait que mieux entre les systèmes et leurs » agents. »
GODEFROV CAYAIGNAC.
Procès de la Tribune, 3 avril 1853.
3 septembre 1848.
La proposition de M. Crespel de Latouche, de l'honorable et courageux défenseur du droit de discussion, est conçue dans les termes suivants, que nous croyons devoir rappeler :
» Attendu que les décrets des 21 et 28 juin 1P49 ne donnent p:i; et n'ont
pas pu donner siu pouvoir exécutif le droit de suiipprimer ou de susjieudre arbitmirement la liberté de la presse , et que les lois de l'état de siège ellesinOmes ne privent , en aucun cas, les citoyens de la garantie d'un jugement contradictoire et régulier;
» L' Assemblée nilionale déclare qu'aux tribunaux seuls ajipartient le droit, nième en ttnips d'état de siège, de réprimer les délits commis par la voie de la presse.
» Paris, 28 août 1843. »
L'Assemblée nationale a maintenu. hii'riseptenil)rel8î8. Télal de siège; elle l'a maintenu indéfiniment, avant, pendant et après la Constitution ; nul anjuurdhui ne saurait plus dire quand il sera levé et s'il sera jamais levé ; le vote du 2se])[eml)re 18'i8 est donc un nouvel argument en faveur de l'adoption de la proposition de M. Grespel de Lalouche : plus Tétat de siège doit se prolonger , et plus il importe de ne pas laisser la presse sous un régime où sa liberté ne peut s'exercer qu'aux dépens de sa dignité.
En effet, si un journal est d'avis que le général Cavaignac s'égare, qu'il fait fausse route; s'il dit, par exemple, que le chef du pouvoir exécutif a commis hier à la tribune une faute irréparable, par ce fait seul que ce journal aura dit ce qu'il pensait sans avoir été supprimé, il devient l'obligé du général Cavaignac. Exister ainsj, c'est n'exister que sous le bon plaisir et par la grâce de celui qui peut à son gré confisquer votre propriété, ruiner des veuves, des orphelins, jeter dans la misère des centaines de travailleurs en les privant de leur t!"a\ ail. C'est recevoir l'aumône de la liberté !
Plutôt que de tendre ainsi la plume, il n'y a que des lâches qui puissent hésiter ii la briser!
Mendier son pain n'est pas une honte, mendier sa liberté serait une ignominie !
Il est imi^ussible (pie M. Armand Marrast. l'ancien rédacteur en chef de la Tribune, aujourd'hui président de l'Assemblée nationale, ne soit pas de notre a\is. lui (jui a écrit ces mots : « Honte à l'écrivain timide qui déserte ses dc- » voirs parce qu'un danger s'y rattache, » lui qui doit à cette indépendance et le triomphe de ses opinions, et son élèvati'in au pouN'iirl
Il est impossible que M. Armand Marrast, ce fils de la presse, qui lui doit tout, ne descende pas demain de son fauteuil pour la défendre . pour la secourir, pour appuyer enfin de sa parole radoptiou de la proposition de M. de Latouche !
Elle est inscrite à Tordre du jour : il inipurle qu'elle soit discutée; il importe qu'elle le soit franchement; il importe que son honorable auteur ait le présent moins en \ ue que l'avenir, la tribune moins en vue que la publicité, le succès moins en vue que l'honneur, la majorité de l'Assemblée moins en\ue que la majorité du pays, l'opinion delà France moins en vue que l'opinion de l'Europe !
Qu'il ait constamment présents à la pensée ces mots de M. Ledru-Rollin : « La Constitution faite, il faudra bien réi' tablir la presse. La presse vous dira que la Constitution « n'a pas été délibérée librement, et alors c'est là le mo- » ment funeste, et nous ne sommes que sur le seuil. Une ') fois la presse frappée, il faudra la happer continuelle- » ment. Ce qui n'est qu'une exception aujourd'hui devra » devenir une situation normale. Alors vous aurez fait de » la République, non un gouvernement à larges bases, » mais un gouvernement qui sera dictatorial et excep- » tionnel. »
Qu'il n'oublie pas celte vérité éternelle proclamée hier par M. Victor Hugo : « La suspension des lois est une situation monstrueuse. »
Hier, M. Victor Hugo a dit :
« C'est la censure et la confiscation qui, à l'heure qu'il » est, pèsent sur les organes de la pensée publique. »
M. Victor Hugo s'est trompé. Que M. de Latouche répare cette erreur à la tribune, en y apportant ces paroles du National :
« La censure mutile , elle n'emprisonne pas et ne ruine » pas. »
Qu'on traduise, si on le \ eut . les écrivains devant la juridiction exceptionnelle des conseils de guerre, mais que Ton nous donne des juges !
Ce ({ue nous demandons, est-ce donc trop demander? ce que nous demandons, ce sont des juges quels qu'ils soient !
Nous n'en redouions aucun. Df vaut le péril s'ennohiit la résistance, mais la résistance se dégrade devant la miséricorde qui vous laisse vivre sous le glaive suspendu qui peut vous frapper, qui vous le dit , qui \ous menace et qui ne vous frappe pas !
Des journaux que. de droit, on peut suspendre, sont, de fait, des journaux suspendus.
Lisez le Journal des Débats,
Lisez le Constitutionneh - Lisez le Siècle.
Lisez VUnion.
Lisez, enfin, fous les journaux qui ont à ménager des intérêts de propriété.
Comme ces écoliers qui, pour échapper a la férule du maître, font semblant d"apprendre. ils font semblant de parler.
Quand on ne peut ni louer ni critiquer sans s'avilir, estil donc si périlleux de se taire?
Nous sommes de Vaxls du Nat ional. <iui. le 17 octobre 183o, s'exprimait ainsi :
a Nous aimons mieux un gouvernement qui s"arme du » ciseau et vous censure hardiment par ses agents, que » celui qui vous condamne à un suicide chaque matin... »
4 septeuabi'e 1848.
On a vu en quels termes la liberté de la presse était défendue sous In Monarchie par MM. Armand Marrast et Armand Carrel: il n"est pas moins curieux de voir en quels termes la liberté de la presse est défendue .'ous la République par le Xational, le Siècle, le Constitutionnel, le Journal des Débats et VUnion :
NATIONAL. — « La di>cussion a été brève, i;ous serons
« plus brels encore, quand la nécessité parle, les principes
» se taisent On était impatient d'entendre le général
» Cavaignac. 11 avait à accomplir un douloureux devoir en M demandant la suspension des princii)es qui sont la reli- » gion de sa vie. Ce devoir, il Ta rempli avec fermeté, en » homme d'Etat qui veut avant tout sauver son pays et la » République. »
siècle. — a Ces raisons n'ont cependant exercé qu'une » médiocre influence sur l'esprit de l'Assemblée, et nous » avouerons qu'elles ne nous ont paru à nous-mêmes que » fort secondaires, c'est qu'en politique surtout la puis-
» SANCE ET LA VÉRITÉ DES FAITS PASSENT AVANT LA PUISSANCE » ET LA VÉRITÉ DES THÉORIES. »
CONSTITUTIONNEL. — « Le gouverncmont a des yeux et » des mains qui embrassent toute l'étendue de la Répu- » blique. Il dit que lever l'état de siège mettrait tout en >î danger ; que cependant si on le lève , il restera au pou- » voir pour lutter. Qui est-ce qui consentirait à hérisser de >> nouveaux périls une position déjà périlleuse? Le vote » était pour ainsi dire forcé. C'était, après la déclaration » de l'honorable général, un vote de salut public. Aujour- » d'hui, que faire ? se résigner, subir la nécessité fatale. «
JOURNAL des dédats. — « Le chef du gouvernement a jus- » tifié la suspension des journaux par les mêmes raisons ') que le maintien de l'état de siège. C'est toujours le grand « principe de la nécessité politique et du salut public. A » quoi bon discuter, à quoi bon raisonner contre un pareil » principe? Nous comprenons ce langage, nous le com- » prenons trop. Encore une fois, nous nous résignons ! «
l'union. — « La Constitution sera donc disculée et votée » sous l'état de siège, et les journaux pourront encore être » suspendus. Ces résolutions constituent une situation » grave, sur les diflicultès de laquelle nous ne nous appe-
« SANTIRONS pas. »
Ont gardé le silence, dans la question de la suspension
des lois et de la suppression de In liherlé de la presse, les orateurs dont les noms suivent :
>IM. Barrot,
Berryei";
Billault,
Dufaure,
Lafayette,
Lamartine,
Maleville,
Marrast (Armand),
Mauguin,
Montalembert,
Pages (de TAriége),
Rémusat,
Thiers,
Tocqucville.
A quoi donc sert la présence dans l'Assemblée d'orateiu's éminents.si ce n'est pour défendre les principes en question, les libertés en péril ?
4 scptcmljre 1818.
Je ne discute pas, je combats.
Je combats, parce que, si la proposition de l'honorable M. Grespel de Latouche, après avoir été ajournée, doit être écartée, je ne saurais laisser dire que je n'ai pas tout fait pour qu'elle fût adoptée:
Que demande-t-elle ?
Elle demande que l'Assemblée nationale déclare qu'aux tribunaux seuls appartient le droit, même en temps d'état de siège, de réprimer les délits commis par la voie de la presse !
Elle est datée du 28 août 18'j8.
. C'est une erreur : il faut lire 1748.
Demander de déclarer qu'aux tribunaux seuls appartient le droit de prononcer sur lt\'^ délits commis par la voie de la
presse, quelle audacieuse exigence ! quel absurde anachronisme !
Point d'ironie ; la question est grave, plus grave qu'on ne pense !
Qui laisse imprudemment frapper au cœur la liberté de la presse, tend aveuglément la tête au bourreau.
Qui voit décliner le jour ne tardera pas à voir s'épaissir la nuit; de même qui voit tomber la liberté de la presse, ne tardera pas à voir se dresser Péchai'aud politique.
Ne dites pas que j'exagère, que je me plais à dépeindre l'avenir sous des couleurs trop sombres ! N'est-ce pas aussi ce qu'on me disait il y a quatre mois, lorsque j'annonçais chaque jour que, par le chemin où l'on nous conduisait, nous arriverions infailliblement à la suppression de la liberté de la presse, à l'anéantissement de toutes les garanties judiciaires, au régime du sabre, après avoir traversé un ruisseau de sang ?
On ne voulait pas me croire ! on m'appelait « pessimiste l » Il n'est pas une de mes prévisions qui n'ait été dépassée.
Retenez bien ceci : la Peur est le coursier sur lequel arrive à bride abattue la Terreur.
Par la peur vous croyez conjurer le danger, par la peur vous l'appelez.
Par le renversement do la liberlc vous croyez fonder l'ordre, vous le sapez.
Vous justifiez d'avance toutes les représailles ! Les plus terribles, vous les rendez légitime^.
En tuant le droit de discussion, vous ressuscitez le droit d'insurrection.
C'est la peur de la réforme électoi-alo qui a servi de nappe aux banquets réformistes.
C'est la peur du droit de réunion (pii a creusé le tombeau de la monarchie.
C'est la peur de lui-même, c'est le sentiment de sa faiblesse qui a jeté le gouvernement provisoire dans les écarts de l'intimidation.
L'intimiclalion a perdu M. Lcdru-Rollin ; Tarbilmire réserve le même sort au général Cavaiguac.
La France ne peut se sauver que par la liberté !
Point de liberté pour la France. s"il n"y a point de liberté pour la presse.
Eh! qu'on ne dise pas que les journées de juin 18i8 ont eu pour cause « presque exclusive [\) » les excès de la presse; non. les journées de juin ont eu pour cause presque exclusive les fautes du pouvoir issu des barricades de février. Toute promesse au peuple qui n"est pas tenue est une colère qui monte . un orage qui s'amasse. L'orage écarté le 2 mars a éclaté le 23 juin. Il était- inévitable.
Est-ce que la presse n'était pas fermement contenue en 1832, en avril 1834. plus fermement contenue encore en mai 1839, et en février 1848 ? Eh bien ! les bornes mises à sa liberté ont-elles empêché d'éclater les insurrections de juin, d'avril, de mai. de février? Les lois de septembre ontelles sauvé la monarchie ? L'ont-elles empêché de s'écrouler en trois heures? Non. Qu'est-ce que cela prouve? Cela prouve que le Xotional avait parfaitement raison lorsqu'il disait, le 17 octobre 1835 : « Le gouvernement qui enirave-- » rait la liberté de la presse ressemblerait au pilote qui » voudrait que tous les baromètres fussent insensibles aux
» impressions diverses de l'atmosphère Les tempêtes
» n'arriveraient pas moins. »
Le Nutional, il est vrai, a changé de langage; maintenant il admet que la liberté de la presse puisse être -utilement supprimée : « Quand la nécessité parle . les principes se » taisent. »
En s'exprimant ainsi, il oublie l'engagement si formel quïl avait contracté; il laisse prolester la traite que voici, tirée sur l'avenir et signée Armand Carrcl : « Serons-nous » donc toujours destinés à voir passer et se succéder aux » affaires des hommes qui , en arrivant , renient leurs doc- » trines. pour ne plus les retrouver que le lendemain d'une
1) Paroles du g.'iicral Cavaign.ic. — S>-.nKce vlii 2 scptemLi-i».
» chute rendue coûteuse au pays par leur opiniâtreté? » Cest à nous... à votiluir enfin que la liberté de la presse » devienne une liberté sérieuse, et elle le sera si notre cou- » rage civique se montre à la moindre atteinte qui outre- » rait les rigueurs d'une législation déjà fort dure. Mais ce » n'est pas tout de vouloir aujourd'hui cette liberté qui » nous est utile, il faudra la vouIoh' dans tous les temps. » pour nos adversaires comme pour nous , c'est-à-dire )> quand elle nous combattra. C'est ainsi que l'entendent, » jose le dire, tous les écrivains qui se sont joints à moi » pour repousser l'arrestation préventive. Nous avons tous » pris cet engagement d'honneur avec l'avenir, qui nous » appartient et nous éprouvera. »
L'avenir est venu, il a éprouvé le Xational. il a montré ce que valait cet engagement d'honneur I
La Presse est en droit de repi'ocher au Xational une défection qui ternit son passé et détruit son avenir, car le langage que tient aujourd'hui la Presse, sous la République, c'est le langage qu'elle a constamment tenu sous la Monarchie. Le National est là pour l'attester, car Je 20 septembre 1841. il rendait à la Presse ou plutôt à la vérité ce témoignage :
« Quels qu'aient été. quels que puissent être à l'avenir » nos débats avec la Presse, nous devons lui rendre la jus- » tice de dire qu'elle n'a , du moins, jamais provoqué ni » excusé les violences et les persécutions du pouvoir en- » vers les journaux. Elle n'a jamais non plus approuvé ou » défendu les lois de septembre. »
Cependant, à cette époque pas plus qu'à présent, la majorité législative et la garde nationale ne se montraient favorables et sympathiques h la liberté de la ])resse! Ce qu'on dit aujjurdhui, on le disait alars dans les mêmes termes ; au-dessus des principes on mettait les néce.^^sités!
C'est une manière de se rendre rexercice du pouvoir plus facile. C'est une manière de se dispenser de vigilance, de prévoyance, de supériorité. Oui, mais aussi c'est une manière de veisi-r dans l'ornière et de l'ouler dans l'abîme.
Quiconque ne se sont pas assez fort pour gouverner avec les principes, ne doit pas garder le pouvoir.
Ne le gardàt-il qu'un juur, (jue ce jour serait un jour de trop.
Le salut public est un grand mot, il n'en faut pas abuser.
11 n'y a pas de gouvernements, si exécrables qu'ils aient été, qui ne Talent tous employé.
Hors de la liberté, point de durée ; hors de la légalité, point de salut!
6 septembre 1848.
On lit dans le Siècle :
« La Presse^ il y a six semâmes, a été suspendue, son ré- » docteur en chef a été arrêté. Pourquoi? Nous Pignorons, » et nous regrettons qiCune telle mesure ait été prise, en » l'absence de faits certains, démontrés, qui en auraient été » laj ustification aux yeux du public. Mais nous rougirions » de notre crédulité si nous avions pris au sérieux ce qu'a » vingt fois insinué cette feuille, à savoir, que MM. Cavai- » gnac et Bastide, c'est-à-dire des hommes dont la loyauté » est au-dessus du soupron, même auprès de leurs adver- » saires politiques, ont voulu servir, en frappant la Presse, » les rancunes ou les intérêts de l)outique du National. »
Si le rédacteur en chef de la Presse n'a pas été arrêté à l'instigation des écrivains du National, pourquoi donc l'al-on arrêté et tenu onze jours au secret?
Si on l'eût soupçonné de quelque complot, une perquisition dans ses papiers eût été faite, on n'eût pas manqué de l'interroger !
Ni interrogatoire ni perquisition.
Est-ce à cause d'un article ?
La collection de la Presse est là !... Qu'on ou\ re la collection ; qu'on cite l'article !
Quoi qu'il en soit :
« L'arrestation préalable du journaliste cautionné ne peut
» s'expliquer autrement que comme une vengeance anti- » cipée, une satisfaction IGNOBLE... »
Le mot IGNOBLE n'est pas de nous , il est emprunté au procès du National du 13 mars 1832. C'est donc le National jugé par lui-même.
Si le Siècle^ ainsi qu'il le déclare, n'a pas besoin qu'on lui rappelle combien les droits de la presse sont sacrés, que ne les défend-il donc comme les défendait en 1832 le National ?
Si l'état de siège est justifié par cela seul que le gouvernement a été attaqué, et que le gouvernement en juge la conservation nécessaire , pourquoi donc M. Odildn Barrot s'est-il élevé, en 1832, avec tant de véhémence et tl'éloquence contre l'état de siège ?
Où est la différence ?