AUX ÉLECTEURS DE LA SEINE
« Lundi 11 septembre 1849.
» Électeurs.
, » Vaincu sur le terrain de la liberté de la presse, je n'ai plus qu'un refuge, c'est la liberté de la tribune.
» Je ne manquerai pas plus à l'une que je n'ai manqué à l'autre.
» En vous adressant ce dernier appel, je cède à une dernière espérance, j'accomplis un dernier devoir.
» EMILE DE GIRARDIN
Cette fois, comme en a\ ril dans la Creuse et comme en juin à Paris, toutes les manœuvres, toutes les violences, toutes les machinations s'ont employées pour empêchera tout prix l'élection de l'ancien député de Bourganeuf et de Castel-Sarrazin.
MANOicuvRES : — On affiche et on répand que M. Emile de Girardin s'est désisté de sa candidature.
Ce qui est faux et ce qui est démenti par la lettre suivante, adressée à tous les journaux :
« Monsieur. ».De divers eûtes, il me revient quVm lép'i'it' '*' bruit que je me suis désisté de la candidature.
» L'arme qu'on retourne contre moi est celle qui devrait me proléger : c'est ma démission de député donnée le 14 février 1848.
» On dit : — Il a donné sa démission de député, donc il ne veut pas être représentant !
» On se garde bien d'ajouter : — S'il a donné sa démission de député, ce fut en prévision des événements qui se sont accomplis le 24 février, et dans sa conviction que le moyen d'empêcher à Paris une congestion révolutionnaire, c'était d'inoculer à toute la France la fièvre électorale.
» L'indigne manœuvre employée contre moi a réussi dans le département de la Creuse près de beaucoup d'électeurs, les uns ne sachant pas lire, les autres ne se tlonnant pas la peine de réfléchir; réussira-l-elle aussi facilement clans le déparlement de la Seine ?
» Oui; en effet, si je n'eusse consulté que mes sentiments, et surtout mes pressentiments, après le vote de l'Assemblée dans la séance du 11 septembre 1848, je me fusse désisté de la candidature en même temps que j'ai renoncé à la rédaction de la Presse, pendant toute la durée de la suspension des lois; mais j'en ai été détoui-né par les instances de tous ceux qui m'entourent.
» J'ai dû céder à cette considération décisive : — « Vous » avez été, de tous les candidats en dehors de l'opinion ex- » trême, celui qui a obltMui le plus grand nombre desuffra- )> ges; en conséquence, le ferme maintien de votre candi- » dature est une dette dhonneur que \ous avez contractée » envers les 70,500 électeurs qui, le 8 juin 1848, vous ont » donné leurs voix spontanément. «
» En persistant, ce n'est pas une candidature indisiduelle que je mainliens. c'est le tlioit de 70,300 électeurs. » Recevez, etc.
» EMILE DE GHlAKblN. »
VIOLENCES : — Les violences employées sont attestées par la lettre qui suit :
« Paris, 13 soptemLre 1843.
» Hier, je me trouvais rue Saint-Jacques, causant avec un ami des élections procliaine?. Quand je sortis de ma poche quelques petits hulletins portant le nom d'Emile de GirarJin avec deux autres^ nom», un gardien de Paris s'étant approché, m'a saisi au collet, et, malgré mes réclamations et celles du citoyen très honorable avec qui je me trouvais, m'a entraîné chez le commissaire de police dn 12^ arrondissement, lequel m'a déclaré que j'étais prisonnier, attendu que je n'avais pas le droit de donner des bulletins sans être timbrés et portant des noms ennemis du GOUVERNEMENT. Je suis ainsi i-esté détenu depuis midi jusqu'à sept heures du soir chez le commissaire de police, qui ne m'a vendu la liberté qu'après cette arrestation aussi illégale qu'arbitraire.