ENCORE LA LIBERTÉ DE L'ENSEIGNEMENT
28 septembre 1848.
C'est une chose bien remarquable que les gens qui ont toujours à la bouche les maximes du selfgoiivernment, les apôtres de cet évangile qui proclame le droit du pays à se diriger lui-même en vertu de sa seule volonté et de sa puissance souveraine, soient les plus hardis violateurs de ces maximes et de ce droit, dès qu'il s'agit de ne plus faire de phrases et d'arriver à la pratique.
La Réforme ap{)l;iudit avec frénésie au vote de l'Assemblée nationale qui a refusé la liberté d'enseignement, et sait-on quel est le motif de cet enthousiasme?
«. Le jour où le gouvernement laisserait Tinstruction au » hasard, sans règle, sans conduite, sans tutelle, la France « aurait sa seconde campagne de 1815; elle introduirait » elle-même le Cosaque et le moine dans ses familles; elle » livrerait plus que ses frontières, elle livrerait ses enfants, » c'est-à-dire ses destinées ! »
Cela veut dire, en bon français, que le pays est hors d'état d'apprécier ce qui lui convient, et que, si on le laissait agir dans la plénitude de la souveraineté qu'on lui a reconnue.... en principe, il irait tout au rebours de la direction qu'on tient à lui imprimer.
Si cela était vrai, quelle sanglante satire vous auriez faite vous-mêmes des dogmes que vous proclamez !
Mais non, cela n'est pas vrai. Et n'est-il pas étrange que ce soit h nous de prendre contre vous la défense de vos principes ?
Par pudeur, si ce n'est par logique, la Reforme aurait dû laisser un pareil argument aux défenseurs du monopole universitaire. Ceux-là, du moins, sont conséquents avec euxmêmes. S'ils veulent s'imposer comme pédagogues à la nation, c'est qu'ils regardent la nation comme incapable ; aussi se gardent-ils bien de proclamer sa souveraineté. De la part de la Réforme, qui proclame cette souveraineté, et qui ose écrire que si la France était laissée à elle-même, elle livrerait « plus que ses frontières, — ses enfants- et ses desti- » nées, » c'est à la fois un blasphème et une absurdité.
L'AMENDEiMENT GRÉVY
Puurquui l'Assemblée nationale, qui a déjà réélu deux fois -M. -Marrast pour son président, est-elle sur le point de le réélire une troisième fois?
— C'est que, de tous ceux de ses membres qui ont été appelés à la présidence, c'est M. Marrast (|ui en a le mieux rempli les fonctions.
— Qu'est-ce que cela prouve ?
— Cela prouve que l'Assemblée nationale a très sagement fait de décider que son président serait soumis chaque mois à la léélection, car autrement elle eût été condamnée à subir la présidence de M. Bucbez pendant toute la durée de la session.
— Oîi voulez-vous en venir?
— Nous en voulons venir à tirer cette conclusion qu'un pouvoir souverain ne saurait trop soigneusement se garder d'aliéner sa liberté; (pie toutes les fois qu'il l'aliène, il amasse un orage et piépare une catastrophe. Que penserait-on d'un monarque (jui donnerait à bail pour quatre années, plus ou moins, ii un ministre, la gestion des adaires du pays ?
654 ISâS.
—On penserait que ce souverain a perdu la raison et qu'il est prudent de le faire interdire.
— Eh bien ! cependant, c'est ce que veut faire l'Assemblée nationale, pouvoir souverain ! Elle est sur le point d'aliéner sa liberté; elle est sur le point de se mettre une chaîne aux mains et un boulet aux pieds ; elle est sur le point d'engager l'avenir du pays ; elle est sur le point, enfin, d'aflérmer cet avenir pour quatre années à un président, à un demi-roi.
Et si ce demi-roi trompe son attente et change en déceptions toutes les illusions, que fera-t-elle? Que pourral-elle faire? En appellera-t-elle au peuple, et s*exposera-telleàce que le maître qu'elle se sera donné en appelle à son tour à l'armée et oppose ainsi la force à la force ?
II est incontestable que si l'Assemblée nationale eût procédé, le 6 mai 1848, à l'éleclion d'un président de la République, le candidat nommé d'enthousiasme eût été M. de Lamartine. Eh bien ! à peine cinq mois se sont-ils écoulés que déjà l'Assemblée a complètement changé de sentiment; le président auquel elle pense aujourd'hui , 6 octobre 184S, n'est pas celui qu'elle eût nommé avec transport le 6 mai !
— Qu'est-ce que cela prouve ?
— Cela prouve, ou que l'Assemblée eût été imprudente le 6 mai, ou qu'elle est ingrate le 6 octobre ; en tout cas, cela prouve qu'elle est volage ; cela prouve plus : cela prouve qu'une assemblée unique et souveraine ne peut ni ne doit choisir qu'un chef de cabinet, qu'un président du conseil essentiellement révocable, gardant le pouvoir aussi longtemps qu'il garde la majorité, quittant l'un dès qu'il perd l'autre; cela prouve, enfin, qu'il n'y a que ces trois alternatives :
. 1" Le pouvoir absolu, comme en Russie ;
2'' Le gouvernement représentatif, comme en Angleterre; une royauté s'appuyant sur doux Chambres;
3° Une Assemblée unique, avec un chef de cabinet qui soit vis-h-vis de celte Assemblée ce qu'il serait vis-à-vis d'un monarque.
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