‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856Chapitre 180 sur 199 · L'AMENDEMENT GRÉVY · texte numérisé non relu

L'AMENDEMENT GRÉVY

Mais, dit-on, un chef du pouvoir exécutif qui serait chaque jour exposé à perdre la majorité ne pourrait rien concevoir de grand, rien enlreprench'c de durable, car il n'aurait devant lui aucun avenir certain !

Si cet argument n'était pas celui que caresse M. le général Cavaignac, nous dirions qu'il n'est pas sérieux, nous dirions qu'il est pitoyable. En eflet, est-ce que nous n'avons pas TU, avant le 24 février, un ministre garder, pendant HUIT ANNÉES. Ic pouvoir et la majorité? Mais c'est la moindre objection; l'objection décisive est celle-ci :

M. le général Cavaignac, président de la République (c'est bon à savoir), entend «lonc gouverner par lui-môme; il n'entend donc pas se borner à choisir un ministère avec l'obligation de le dissoudi'c le jour où ce ministère n'aurait plus la majorité de TAssemblée! Alors, voilà donc la France condamnée à subir, pendant quatre années, une politique contre laquelle protestera vainement la majorité de ses représentants; voilà donc la France déchue d'un droit qu'elle possédait et qu'elle exerçait sous la royauté représentative! Le ministère le plus incapable, le plus violent, le plus impopulaire, elle sera contrainte de le garder, s'il ne plaît pas au président de la Républi{iue de le changer; elle sera contrainte de le garder jusqu'au jour où, enfin, elle sera naturellement appelée ii nommer un autre demi-roi.

Si, au contraire, on admet que M. le général Cavaignac, président de la République, ne s'entêtera pas à maintenir un cabinet que repousserait la majorité de l'Assemblée nationale, alors l'argument de M. le général Cavaignac n'a plus la moindre valeur, car, en fait et en principe, qui gouvernera? Ce ne sera pas le président de la République, ce sera le président du conseil.

Que le président de la Rép»]blique soit choisi ])ar l'Assemblée nationale ou élu par le sutTrage universel, par ce seul fait qu'il est nonmié pour un temps dé teiouné, qu'il est temporairement incommutable, il devient forcément irresponsable, et dès qu'il est irres[)onsal»le, W jj réside, mais il ne

gouverne j)lus; la maxime conslilutionnclle revit dans toute sa force et dans toute sa vérité.

A la place d'une royauté héréditaire, une royauté élective ; à la place d'un trône, un fauteuil; tel est Tunique changement !

Trois mois ne se seront pas écoulés après l'élection du président de la République, soit par l'Assemblée nationale, soit par le suffrage universel, que tous les vices et tous les dangers d'un système impossible apparaîtront à tous les regards ! On ne concevra pas qu'on ait pu le préférer au système contenu et j'ésumé dans ramendement de M. Grévy (1).

Le système que nous avons exposé supprime toutes les difficultés, prévoit tous les dangers, dissipe tous les conflits, ménage toutes les rivalités, satisfait toutes les prétentions,- éloigne toutes les révolutions.

Voyez comme il est simple :

L'Assemblée nationale délègue le pouvoir exécutif à un citoyen qui reçoit le titre de Président du conseil des ministres ;

Le pouvoir exécutif dcniciire dans les mains du général Cavaignac ;

Par une cause ou par une autre, le général Cavaignac perd la confiance de la nuijoritô ;

Si la majorité s'est grossie dans le sens des tendances violemment révolutionnaires, elle nomme M. Ledru-Rollin ; si cette expérience n'est pas satisfaisante, si elle a pour effet d'aggraver les souffrances populaires au lieu de les soulager, la majorité de l'Assemblée renverse, par un vote, sans choc, sans conflit, M. Ledru-Rollin, et choisit, soit M. de Lamartine, soit M. Thiers, soit M. Dufaure, soit M. Mole; elle peut ainsi descendre ou monter îi son gré tous les échelons de léchelle politique, mettre à Tépieuve toutes les prélen-

(1) Ce système est celui que nous avons exposé k-s 13, 14, 18, 21 juin et 17 août dans la série d'articles intitulés ; I. PorRQCOi rxi: COXSTITi:-

TIOÏ! ? II. OBJECTIONS ET RÉPONSES. III. LA CONSTlTrTION EST FAITE,

articles puLliés et réiniis sous ce titre : avant la constitction.

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