L'AMENDEMENT GRÉVY
tions, toulos les aplitiuli's. tous les systèmes, toutes les idées.
Comment M. Ledru-Rollin, M. de Lamartine, M. Marrast, M. Tliiers, ^1. Dui'aure, tous les hommes politiques, enfin, de quelque valeur ne conipreinienl-ils pas ([ue ce système est le seul qui laisse à leur personne et à leurs idées de gouvernement les portes du pouvoir toutes grandes ouvertes? Et si cela est vrai pour les hautes notabilités de l'Assemblée, cela est bien plus vrai pour les capacités qui ne se sont pas encore révélées.
A l'exception de M. le général Cavaignac, personne n'a donc intérêt aujourd'hui à Féleclion d'un président de la République ; tout le monde, au contraire, a intérêt à ce qu'il n'y ait qu'un président du conseil des ministres.
Et si M. le général Cavaignac, au lieu de se défier de ses forces, avait confiance en elles, il ne voudriut pas accepter le dépôt du pouvoir à terme fixe, il ne voudrait le garder qu'autant que ce dépôt serait maintenu entre ses mains par la majorité de l'Assemblée représentant la majorité du pays.
Mais M. le général Cavaignac prévoit que de nouvelles élections générales auront nécessairement lieu, et ce qu'il veut, c'est prendre ses- sûretés contre la majorité d'une Assemblée législative qui pourrait fort bien lui être moins favorable que la majorité de l'Assemblée nationale. Faux et dangereux calcul !
Le jour où il y aurait désaccord profond entre le président de la République et l'Assemblée législative, M. le général Cavaignac aurait beau augmenter le nombre des baïonnettes et des canons, planter des tentes sur toutes les places publiques, aggraver le régime africain, qui a assimilé la ?'rance à TAlgérie, et la ville de Paris à la \ ille d'Oran, il ne serait pas assis plus solidement sur son fauteuil que ne l'étaient sur leurs trônes les deux rois renversés en 1830 et en 1848.
M. le général Cavaignac se défie du suffrage universel: c'est pourquoi il tient it être élu par l'Assemblée nationale.
M. le général Cavaignac se rend à lui-même justice ; il sait parfaitement ce dont il est capable ; c'est pourquoi il lient expressément à ne pas dépendre des votes d'une majorité.
Raison de plus pour que la majorité n'ait pas en M. le général Cavaignac plus de confiance qu'il ne s'en inspire à lui-même ; raison de plus pour qu'elle n'enchaîne pas les destinées du pays ; raison de plus pour qu'elle n'abdique pas sa liberté et sa souveraineté.
11 reste à la République, si gravement compromise par les fautes, les excès de pouvoir, les scandales et les apostasies des républicains de la veille, une dernière planche de salut; cette planche, c'est celle jetée par l'amendemenl- Grévy.
Tous ceux qui ne veulent plus de la République n'ont qu'a repousser cet amendement ; s'il est rejeté, elle ne lui survivra pas longtemps.
Une supposition :
M. le général Cavaignac vient d'être élu par l'Assemblée nationale président de la République ; il n'est plus tenu de ménager la majorité„il est désormais indépendant d'elle ; il jette alors le masque et va du côté où rappellent ses tendances naturelles ; il prend son point d'appui sur la minorité dans l'Assemblée, et sur la majorité dans la rue. Eh bien! dans ce cas. que ferait la majorité déçue et déchue ?
8 octobre 1848.
On lit dans le Journal des Débats :
« Une assemblée unique gouvernant par des minisires » qu'elle nomme et qu'elle révo(|ue à volonté, c'est le des- » potisme! Pas de frein, pas de résistance, pas de respon- » sabilité. Devant qui les ministres seraient-ils responsa- » blés? Devant la Chambre? La Chaml)re les nomme et les