NOTRE IDÉE FIXE
" Comme ministre des affaires étra!ii;feres, je imis le dire, nous n"avons pas a eiaindre pour la paix de l'Europe. "
LAMARTINE. 12 mars ISIS.
- Re'duction de l'armée ! .1
Pétition au roi de Prusse.
15 mnrs 1848.
On poul nous appelei- « ti'utlre ;» ce nom n'étouffera ptis notre voix. C'est le nom que les torys donnèrent à sir Robert Pee!, lorsqu'il abaissa le prix de tous les objets destinés à Talinientation, à la consommation et au travail du pauvre.
On peut nous traiter « & esprit chimérique ;» ce n'est pas une épithète dédaigneuse qui changera en nous une conviction profonde; c'est l'épithète qui a accueilli en Angleterre tous les réformateurs dont les réformes ont prévalu, à commencer par Wilberforce, à finir par Cobden.
Notre idée fixe, c'est le désarmement de la paix, c'est le désarmement de l'Europe, en commençant par le désarmement de la France.
Il y a quinze ans que nous insistons sur l'adoption de celte idée, et le seul regret que nous éprouvions aujourd'hui, c'est de n'avoir pas insisté avec assez de ténacité.
Ce que nous avions dit la veille, il fallait le répéter le lendemain, puis le redire, puis encore le répéter. La vérité
s'accommode mal des inlemiittences ; c'est une enclume sur laquelle il ne faut pas craindre de poser le fer rouge et de faire retentir le maiteau. Les scrupules, que la discrétion éveille, sont aux convictions ce qu'est la paille dans l'essieu, le ver dans le fruit.
Nous avons eu ce tort, nous ne l'aurons plus. Uahàcher est un mot qu'il faut ennoblir.
Si cette opinion, à force d'être reproduite, eût prévalu, la France, aujourd'hui, aurait à son actif social trois milliards qui ont été dévorés en rations de pain et de fourrages, en poudre brûlée dans de vains exercices, péniblement imposés à des travailleurs arrachés, par le sort, à leurs charrues, à leurs ateliers, à leurs chantiers pour y être renvoyés quatre ans après, sachant faire sonner les capucines d'un fusil, mais ne sachant plus qu'imparfaitement manier Toutil de leurujétier. Barbarie! barbarie!
L'entretien d'une armée qui coûte à la France 365 millions par an est un crime de l'ignorance et de la peur contre le travail, le crédit, l'impôt, le contril)uable, la société.
Lisez la réponse faite par Lamartine aux délégués du club du Marais; ce qu'il dit pour justifier l'armée est le meilleur argument qu'on puisse invoquer pour en motiver la réduction.
Cette fois encore, c'est du côté du peuple qu'est le bon sens. Il demande que les troupes soient éloignées de Paris ; il a raison ; mais il ne demande pas assez en demandant leur éloignement ; ce qu'il faut qu'il demande à pleine voix, c'est qu'on réduise l'armée, et que le recrutement, cette loterie des hommes, soit aboli.
L'enrôlement volontaire, en ce temps où toutes les carrières sont encombrées, fournira plus de soldats, de sousofficiers et d'officiers, qu'il n'en faudra pour entretenir, dans de justes proportions, notre armée d'Afrique et conserver la tradition militaire.
De la sorte, on aura une armée peu nombreuse, mais fortement constituée, largement soldée. Le service militaire