‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856Chapitre 26 sur 199 · NOTRE IDEE FIXE · texte numérisé non relu

NOTRE IDEE FIXE

sera une carrière; il ne sera plus un impùl. prélevé pi'esque exclusivement sur le pauvre, hors d'élat d'acheter (c'est le mot) un remplaçant.

Mais, (lit-on, il est impossible que la garde nationale continue à porter, comme elle le porte depuis vingt-cinq jours, tout le poids que fait peser sur elle le maintien de la Iran- (juillité pul)lique; l'excès de la fatigue ne tardera pas à vaincre l'ai'deur de s:)n zèle ; — d'accord ; oui, il faut se hâter de soulager la garde nationale, mais ce n'est pas en appelant des troupes à partager son service ; c'est, ainsi que nous l'avons déjà dit. en s'empressant d'organiser une police analogue à celle qui existe à Londres.

Les sentinelles placées, à Paris, à la porte des casernes encore occupées par la troupe, n'appartiennent pas à l'armée ; elles appartiennent à la garde nationale mobile. N'est-ce pas assez dire que le moment est venu de donner à l'Europe l'exemple du désarmement de la paix, et à la tribune britanniijue un écho, — à la tribune britannique qui protestait, il y a trois jours, contre des dépenses exclusiv^emont militaires s'élevant à sept milliards et demi?

Il n )us faut des bras p )ur défricher nos terres, il nous faut des colons pour coloniser l'Algérie, il nous fautdes travailleurs pour achever sans retard nos chemins de fer et nos canaux; il nous faut de Tai'gent, beaucoup d'argent pour rendre aux transa(-tions toute leur activité, venir au secours d'innoml)rabIes misèi^es, et réparer tant d'années perdues ; cet argent, où le trouvera-l-on? — On ne le trouvera pas dans, les poches de (juchiues fonctionnaires supprimés, on ne le trouvera abondamment (jue dans la gibei'ne de nos braves soldats.

Il faut éire conséquent :

La Képubliipie doit être la souveraineté de la Raison, I(> règne de la Logique, l'union du Rm Sens et de la Rmne Foi.

Si la liberté, sincèrement proclamée, est la meilleure garantie de l'ordre ; si la fraternité des peuples assure la paix de l'Euroi)e, poui'quoi ne pas léduire largement tout de

suite le budget de l'armée, qui coûte aux contribuables un million par jour?

Vous avez à choisir entre :

La banqueroute, faute de consommation ;

L'anarchie, faute de travail ;

Le désarmement.

Choisissez.

LES CmClLAlRES ET LES ELECTIONS.

l(î mars, 1848.

Nous l'avons dit dès le premier jour: le Gouvernemen provisoire ne rencontrera d'obstacles que ceux qu'il se créera lui-ménic.

C'est déjà ce qui arri\e.

Jamais pouvoirn'eut moins à lutter pour s"étal)lii'. I! n'a été accablé que d'adhésions. Los répugnances, les souvenirs, les regrets, tout s'*esl soumis devant l'impérieux de- \ oir de prêter aide e.t concours au gouvernement du 24 février. Nulle arrièpc-pensée de retour à la monarchie. Nulle iflée de réaction. Partent désir commun de consolider le nouveau régime et d'entrer résolument, franchement, loyalement, dans la v/ie désormais ouverte aux destinées de la patrie.

Certes, cela est rare dans l'histoire des révolutions ! On peut môme affirmer que le fait est unique. Sans remonter bien haut, la révolution de 1830, quoique moins radicale que celle do 1848, n'a-t-elle pas eu sa Vendée ? Cette fois, pas de Vendée, pas la plus légère ombre d'hostilité !

La tache du nouveau pouvoir était donc bien aisée, puis- (|ue tout le monde y mettait la main. Pourquoi faut-il que le ministre de l'intérieur, par des allures prcconsulairesque nos mœurs ne comportent plus, que les circonstances ne justifient en rien, ait semé la discorde là où on ne demandait qu'à s'entendre ?

Celte circulaire fatale va devenir un drar.eaii dans les élections qui se ijréparent sur tous les points, comme elle l'est déjà dans tous les clubs.

En France, pays des nobles susceptibilités, rintimidation est toujours ce qui réussira le moins. Savez-vous quelle est la seule question qu'on ait, adressée, dans les réunions d'hier, aux candidats qui se présentaient pour les grades de la garde nationale?

Celle-ci:

Approuvez-vous, oui ou non, la circulaire"de M. Ledru- Rollin?

Cela voulait dire :

Êtes-vous exclusifs ?

Pensez-vous qu'un gouvernement provisoire ait le droit dé manipuler les élections, comme le faisaient ceux qui ont perdu la monarchie ?

Êles-vous pour les proconsuls aux pouvoirs illimités ?

Le mot de liberté est-il pour vous synonyme de dictature ?

Vous ralliez-vous à ceux qui mena^cent leurs compatriotes des colères du peuple, comme des pachas menaceraient des rayas de la stupide brutalité de leurs janissaires?

Un candidat au grade de colonel de la 2*^ légion, annoncé et patronné d'avance, contre lequel, à coup sûr, personne n'avait de parti pris , a été presque unanimement repoussé par l'assemblée devant laquelle il parlait, pour n'avoir pas désavoué le fond et la forme de la circulaire.

Un autre, au contraire, que personne ne connaissait, mais qui s'est prononcé vigoureusement contre l'esprit de cette circulaire, a été admis par acclamation.

Ce fait est signilicalif. L'opinion publique a là une excellente pierre de louche pour juger tous les candidats qui viendront solliciter ses suffrages, soit pour un commandement dans la garde nationale, soit pour un siège dans l'Assemblée constiluanle.

Il y a deux manières (\v ciimprendre la liberté et la fraternité :

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