DIVISEZ LE TRAVAIL
dû accomplir, et de tout ce cjue vous n'aurez pas même ébauché, sera le jour où se réunira l'Assemblée nationale convoquée pour le 20 avril. Lorscpe vous direz : Déjà !... il sera trop lard.
Trop tard!... est un mot qui résume toute notre histoire depuis soixante ans.
Pourquoi ?— Nous l'avons dit mille fois et nous ne cesserons de le répéter, même sans espoir que notre voix soit écoutée ; —parce que le pouvoir est morcelé et n'est pas divisé ; parce que l'on ne se rend pas compte de la différence profonde qui existe entre la division et le morcellement. Le morcellement est à la division ce que la fraction est à l'unité. Menez donc à la bataille une armée qui n'aurait pour la commander que des généraux et point de colonels ; au premier choc, elle serait vaincue par la confusion.
Ce qui arriverait infailliblement à cette armée est ce qui est arrjvé à tous les gouvernements et à tous les ministres que nous avons vus se succéder. Ceux qui ont duré n'ont triomphé de la confusion que par la corruption. Où la corruption les a-t-elle menés? On le sait.
Que cette expérience soit le fanal qui vous serve à éviter l'écueil !
Vous avez proclamé la République :
Ou ce mot cache encore une déception,
Ou il veut dire :
Plus d'états-majors ;
Plus de sinécures ;
Plus de doubles emplois ;
Plus de rouages inutiles ;
Plus de dépenses ruineuses ;
Plus d'abus invétérés; - Plus d'indemnités imméritées;
Plus d'encouragements funestes ;
Plus de privilèges surannés ;
Plus d'idées fausses sur le pouvoir ;
Les g)uvcrnéj avant les gouvernants ;
Les administrés avant les administrateurs ;
CENTRALISEZ LE POUVOIR. 123
Les contribuables avant les commis ;
Rapitlilé dans l'exécution des affaires ;
Économie dans le choix des moyens ;
Exclusion de Tincapacité ;
Proscription de la paresse ;
Recherche du mérite inconnu ;
Appel à toutes les supériorités éprouvées.
Qui veut la fin doit vouloir le moyen. — Le moyen, c'est de diviser le travail ;
Le moins de chefs possible ; — ils tirent presque toujours en sens divers ;
Beaucoup de contre-maîtres; — la responsabilité de tous étant combinée de telle sorte que la solidarité rende impossible la négligence.
En d'autres termes :
Peu de ministres, — exclusivement responsables de leurs choix ;
Beaucoup de directeurs généraux, — sérieusement responsables de leurs actes ;
Des hommes spéciaux et compétents, afin que chacun, pour chaque chose, sache à qui s'adresser ; qui aient le tenips d'écouter et qui soient en état de répondre.
Si le pouvoir n'était qu'aveugle ! mais il est boiteux, sourd et bègue.
Et l'on s'étonne de la périodicité des révolutions parmi nous !
Il n'en faut pas chercher ailleurs la cause.
Elever le gouvernement à la hauteur de l'atelier, où tout est simple et prévu, où tout se fait vite et bien; voilà ce que je demande depuis quinze ans !
Mais aujourd'hui ce n'est pas assez; il ne suffit pas de diviser le travail, il faut encore et avant tout centraliser le pouvoir, le constituer, lui donner l'unité, la hiérarchie, sans lesquelles il ne pourrait exister même quarante jours.
Chaque semaine, le mal empire; la confiance, qui ne demandait qu'à naître le 25 février, a reçu tant de coups depuis vingt jours que tout effort qu'elle fait pour se relever
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aggrave son état : déjà l'arbitraire règne, et demain ce sera l'anarchie, si on ne se hâte de la conjurer par une mesure décisive.
Laquelle ?
Il n'y en a qu'une seule :
C'est de déclarer incompatible toute fonction publique avec la qualité de membre du Gouvernement provisoire.
Ceux qui préféreront rester membres du Gouvernement provisoire donneront leur démission des fonctions qu'ils remplissent.
Ceux qui préféreront conserver leurs fonctions donneront leur démission de membres du Gouvernement provisoire.
PATRIOTISxME, MAIS IMPUISSANCE.
18 mars 1848.
Oser, c'est prévoir ! Prévoir, c'est oser ! Oser à temps est le moyen de ne pas céder tardivement. On cède trop, on n'ose pas assez.
C'est là ce que nous disions depuis dix-sept ans.
C'est là ce que nous disons depuis dix-sept jours.
Aujourd'hui, le Moniteur et le Gouvernement provisoire nous donnent pleinement raison.
Le Gouvernement provisoire avoue, il reconnaît, il proclame les illusions dans lesquelles il s'était bercé !
Il avoue que toutes les mesures qu'il a décrétées jusqu'à ce jour : — Vente des diamants de la couronne ; vente des domaines de la liste civile ; limitation du remboursement des sommes au-dessus de 100 fr. par les caisses d'épargne; ouverture d'un emprunt national en renies cinq pour cent ; fondation de comptoirs d'escompte décorés du nom de nationaux ; assimilation des billets de banque à la monnaie légale et métallique, etc.; il avoue que toutes ces mesures partielles ont été insuffisantes. Elles devaient l'être ! Nous l'avions prévu, et nous l'avions annoncé.
Il proclame que les deux grandes nécessités de la situation sont : le travail ; l'armée.
Il décrète :
1° Qu'il sera perçu, temporairement, 4.^ centimes du
(o'nl des rôles des quatre contributions directes de l'année courante ;
2" Que les détenteurs des bons du Trésor créés antérieurement à la date du 24 février 1848 pourront les échanger contre les coupons de l'emprunt national rente 5 0/0 au pair, et que, dans le cas où l'échange ne serait pas accepté, ces bons seraient remboursés par le Trésor public, en espèces, dans les six mois du jour de leur échéance;
3° Qu'une somme de soixante millions sera répartie entre les divers comptoirs d'escompte institués par le décret du 9 mars 1848.
Mesures tardives et encore insuffisantes! -
Nous ne craignons pas de l'affirmer.
Nous disions le 25 février : — « Ce moment appartient » aux grandes mesures et aux grandes idées. »
Nous disons le 17 mars : — «Ne laissons pas échapper ce » moment ; ne laissons pas éteindre le feu qui doit toutpu- » rifier ; ne laissons pas amoindrir la révolution, discréditer » la République. »
C'est la discréditer que de procéder ainsi par demi-mesures, qui nous font tomber au rang de débiteurs véreux marchant à la banqueroute par le chemin tortueux des attermoiements.
Vous êtes l'État, vous êtes la France, vous êtes le Gouvernement.
Vous avez le droit et le devoir de nous sauver.
Sauvez-nous.
Ce sera votre honneur !
Vous le pouvez.
Mais chassez toute illusion, écartez toute erreur.
Illusion de croire que ce sera avec soixante millions de dotation aux comptoirs d'escompte, que vous rendrez au travail son cours, imprudemment détourné et violemment interrompu !
Erreur d'imaginer que la force de la France républicaine soit dans le nombre des l)aïjnnettcs ou des canons !
Ce qu'il y avait, ce qu'il y aurait encore à faire, le voici ;