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PATRIOTISME, MAIS IMPUISSANCE

Les Ijillels à rente, de iÛO francs à 1,000 francs, serviraient à la circulation et à toutes les transactions.

Nous porterions tous notre argent au Trésor, pour avoir soit des billets à rente, soit des inscriptions de rente.

L'argent ne servirait plus qu'aux payements des objets ou des sommes au-dessous de 100 francs,

C'est ce qui existe en Angleterre et en Allemagne.

Pourquoi donc cela n'existerait-il pas en France?

Le billot à rente, c'est le bon du Ti'ésor démocratisé.

L'inscription de rente et le billet à rente sont deux leviers d'une force incomprise. Qu'une main ferme s'en empare, et tous les obstacles que nous avons à vaincre s'évanouiront comme des fantômes.

Avec l'argent (jne, tous en foule, nous porterions au Trésor, l'État doimerait à tous les grands travaux inachevés une vigoureuse et salutaire impulsion ; tous les ouvriers sans travail, qui affluent à Paris, il les mettrait dans des wagons qui les transporteraient jusqu'au point où les travaux attendent des bras ; ils finiraient tous les chemins de fer, tous les canaux, etc., ce qui vaudrait mieux que d'entretenir dispendieusement une garde mobile qui n'a rien à garder, puisque la royauté a quitté le territoire français, puisque le CDUimerce ne menace pas l'ordre, puisque l'industrie ne met pas en question la liberté, puisque ceux qui ont peu de sympathies pour la République renferment discrètement dans leur sein le secret de leurs rancunes.

Toutes ces grandes administrations de chemins de fer, tous ces immenses travaux à surveiller donneraient à l'État le moyen d'opérer la réduction de notre armée, sans perturbation, sans rigueurs, et sans trop accroître le chiffre des pensions militaires, qui dépasse 40 millions par an.

Dans cet ordre d'idées, l'État grève la propriété par l'impôt, mais il la dégrève par l'hypothèque, en faisant causo commune avec la propriété contre l'hypothèque. Ce que l'État fait perdre à l'hypothèque, il le fait gagner à la propriété ; ce qu'il fait perdre à l'usure, il le fait gagner à l'agriculture.

L'Etat prête directement h la iiropriété immobilière.

11 prête indirectement à rindustrie et au commerce par l'entremise des comptoirs d'escompte.

Le Trésor public devient ainsi le grand réservoir où tout le monde verse l'argent dont il n'a pas l'emploi, soit contre des billets à rente, soit contre des inscriptions de rente, et où chacun puise en raison des gages qu'il donne.

Encore une fois, demandez-nous donc notre argent; nulle part il ne sera plus en sûreté que dans les mains du travailleur, qui l'aura reçu des vôtres en payement de travaux utiles enrichissant le pays, abaissant le prix des transports, facilitant la consommation.

Les comptoirs, dotés même de 100 millions, ne seront que des palliatifs.

Pour avoir voulu organiser prématurément le travail, on a désorganisé la consommation.

Organisez la consonnnation, voilà ce qui importe et ce qui presse.

Soyez cet ange dont parlait Lamartine le 2i août 1847(1).

Lamartine, aujourd'hui au })ouvoir, n'y doit pas être ce qu'y était hier son prédécesseur, M. Guizot.

(1) « Je me suis quelquefois posé à moi-même cette hypothèse étrange dans mes pensées, pour juger de la vérité ou de la faus-cté des systèmes de gouvernement <-ii matière de travail et d'échange, comme en matière de législation politique : Supposons, mo suis-je dit, que le commerce, l'industrie, l'impôt, le travail du peuple, soient gouvernés, non par une chambre de privilégiés de l'industrie et de propriétaires d'usines, exclusivement jaloux de vendre cher les produits de leur fahrication et les fruits de leurs champs, mais par un esprit d'un ordre impartial tt supérieur à l'humanité, par un ange si vous voulez ; par un législateur divin, éclairé, animé, dévoré par la lumière, et par la justice, et par la charité de Dieu luimême pour ses créatures. Que ferait cet ange chargé de régir, d'équilibrer, de niveler, de gouverner cette province de riiumanité? Evidemment, messieurs, comme la vie est le premier des dons du ciel il s'efforcerait de mettre la vie sotis toutes les formes à la portée de la plus grande masse possible de créatures humaines, et puisque toute créature ici-bas, excepté les oiseaux du ciel, est obligée de payer un certain prix pour le loyer de son existence sur la terre, comme un locataire divin d'une partie de temps et d'une partie d'espace sur ce globe, l'esprit céleste mettrait cette location, cette vie, les aliments, les vêtements, les logements, les outils, les nécessités, les jouissances, la reproduction de l'espèce elle-même au plus bas prix possible : il prendrait notre mot : la vie à bon marché! Il l'inscrirait, comme la devise de sa civilisation, sur les bannières du peuple ! sur le frontispice de son gouvernement. »

PATRIOTISME, xMAlS IMPUISSANCE. 131

Ce ne serait rien d'avoir déposé la royauté aveugle, si nous n'avions pas en même temps détrôné les discours impuissants.

L'État ne doit rien promettre que ce qu'il pourra tenir; il doit tenir ce qu'il a promis.

Le Gouvernement provisoire a institué au palais du Luxembourg une Commission de gouvernement pour les travailleurs; pourquoi n'instituerait-il pas au palais des Tuileries une Commission de gouvernement pour rechercher et préparer les meilleurs moyens de gouvernement ?

Écrivains, publicistes, économistes, journalistes, administrateurs, financiers, etc., tous les travailleurs enfin, dans Tordi'e politique, administratif, financier, économique, seraient admis à j)résenter à cette commission le tribut de leurs méditations ou de leur expérience.

D'ici au 20 avril, il y a encore trente jours.

Vingt jours, — vingt nuits, sïl le fallait, — pourraient être employés à réunir ces matériaux, à les mettre en ordre, à les élaborer, à les choisir, pour servir aux travaux et aux discussions de l'Assemblée nationale.

Le salut de tous doit être la pensée de chacun.

Si l'on veut ranimer la confiance, il ne faut pas laisser le patriotisme s'éteindre et Timpuissance se trahir.

Quand le navire fait eau, tout passager est matelot. C'est son devoir : c'est aussi son droit. •

Hier on faisait de nous un slupide conjuré; aujourd'hui on en fait un modeste ambitieux.

La calomnie suivante, déjà démentie, a été de nouveau adressée au Journal delà Somme, à VÉchoduNord et à plusieurs autres journaux de déparlements, qui se sont empressés de lui donner place :

« M. Emile de Girardin avait demandé la direction géné- » raie des postes, que le gouvernement provisoire n'a pas ') cru devoir lui accorder: faudrait-il voir dans ce refus

» l'explication de raltilude nouvelle de la Presse vis-à-vis » du gouvernement? »

En vérité, on croit le rédacteur en chef de la Presse infiniment plus modeste qu'il ne l'est. On suppose qu'il peut avoir une autre ambition que celle qui est si pleinement satisfaite en ce moment par les innombrables et trop flatteuses adhésions qu'il reçoit de toutes parts.

L'opinion publique , aujourd'hui, est au pouvoir ce que l'âme est au corps : c'est plus qu'un État, lequel est to.ujours borné, c'est un empire sans frontières. Le gouvernement des esprits a aussi ses départements ministériels; la Presse, en disant qu'elle est l'un d'eux, ne croit pas exagérer la vérité. Non-seulement M. de Girardin n'a rien demandé, mais tous ses lecteurs peuvent déclarer, sans crainte d'être démentis, qu'il n'est aucun ministère contre lequel le rédacteur en chef de la Presse voulût échanger celui où il ne relève que de l'indépendance de ses convictions.

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