‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856Chapitre 35 sur 199 · M. DE GIRARBIN EST-IL POUR LA RÉGENCE · texte numérisé non relu

M. DE GIRARBIN EST-IL POUR LA RÉGENCE

19 mars 1848.

Cette question m'est posée ; j'y réponds :

On peut me calomnier, nul ne saurait me faire mentir. Je ne dis pas tout ce que je pense ; mais je pense tout ce que je dis.

Et pourquoi donc voudrais-je la Régence ?

N'ai-je donc aucune idée à faire prévaloir dans ce grand travail de réédificalion sociale qui se prépare ?

La plume dont je me sers et le papier sur lequel j'écris auraient-ils une valeur plus grande sous la Régence que sous la République ?

Ai-je un patrimoine h recueillir, à conserver, à transmettre ?

La royauté découronnée a-t-clle prêté une oreille confiante à mes avertissements dévoués'? J'aime à insister sur ce dernier mot, aujourd'hui où la sincérité de cette assurance a le courage pour caution.

La Régence serait-elle moins exclusive et moins aveugle que la royauté ?

Qui me le garantirait ? — Le passé, la révolution de 1848! Mais la révolution de 1830 a-t-elle empêché la royauté qu'elle avait fondée de glisser sur la pente cù les rois se laissent entraîner par les courtisans, de tous les ennemis des rois les ennemis les plus persévérants, les plus implacables ?

Je ne veux pas de la Régence.

Je n'en veux pas, et je dis pourquoi :

Parce que ce serait le retour triomphal des sots, proclamant que l'ordre ne peut se passer d'eux.

Parce que le temps des transactions et de la liberté légalement progressive est passé, et que le jour des réformes et de la liberté légalement illimitée est arrivé.

Parce que ce serait l'ajournement des solutions qui sont mûres, —plutôt trop que pas assez, — et que, s'il ne faut pas abattre le fruit quand il est trop vert, il ne faut pas attendre non plus qu'il soit pourri pour le cueillir.

Parce qu'il y a cent mille abus qui ont survécu à tous les régimes qu'ils ont minés, et que le torrent démocratique, si impétueux qu'il soit, suffira à peine à rouler dans ses flots tous ces abus.

Parce que le règne de Tordre ne peut avoir de durée que par Tavénement de la fralernilé. et que la fraternité ne peut s'établir que par la souveraineté des idées et le droit divin de la capacité.

Parce que tout privilège me paraît un anachronisme.

Parce que c'est au tour de la raison de désarmer le nombre.

Parce que c'est à l'instruction à étendre l'empire de la raison.

Parce que les idées radicales ne m'ont jamais fait peur, ainsi que l'atteste la phrase suivante d'une réponse imprimée, portant la date du 14 février 1839, et adressée par moi à Lamartine :

c 11 me faut terminer celte réponse, déjà trop longue, et » malheureusement la terminer par l'expression du regret » que j'éprouve de ne point partager votre avis sur le dan- » ger des idées radicales. Les idées radicales n'ont rien qui » m'épouvanle. Je ne m'cflraie que des idées fausses.

Parce qu'il y a des dettes légitimes à acquitter! un arriéré considérable à solder.

Parce que j'ai toujours été opposé aux divisions de la société en classes supérieure, moyenne, inférieure.

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