M. DE GIRARDIN EST-IL POUR LA REGENCE
Parce que j'ai toujours aimé et honoré le peuple, et je l'ai prouvé : — en demandant pendant quinze années que l'instruction fût gratuite et reçut de l'État 32 millions de dotation annuelle ; — en fondant l'institut de Goëtbo, grande école rurale, où cent élèves étaient nourris, entretenus et instruits sans qu'il leur en coûtât rien ; — en m'exprimant ainsi qu'il suit, non pas le lendemain de la révolution du 24 février 1848, mais seize ans avant qu'elle n'éclatât :
« L'alliance de l'industrie et de l'agriculture est appelée » à résoudre ce problème de civilisation posé aux gouver- » nements par les peuples, à savoir : que tout homme in- » telligent , moral , laborieux , avec huit heures par jour » d'un travail rationnel, puisse nourrir substantiellement, » loger sainement, vêtir convenablement sa famille, en as- » surer l'avenir et le présent, profiter d'un loisir de six » heures pour s'instruire utilement et élever honorable- » ment ses enfants dans la profession à laquelle il devra son bien-être. »
Parce que (j'en fais l'aveu sans modestie comme sans orgueil) je me sens fort et que je me crois capable plus que ceux qui me traitaient, il y a un an, ad'csprit chimérique^ » autant que ceux qui me traitent aujourd'hui de a républicain de la veille. »
Parce qu'enfin, ce spectacle auquel nous assistons, qui épouvante les esprits, étonne les yeux et retentit aux oreilles, ne m'effraie pas, m'instruit et m'émeut.
Est-ce assez de tous ces motifs que je viens d'énumérer ? Si vous ne les trouvez pas suffisanls, déclarez-le; j'en ajouterai d'autres ; la source à laquelle je les puise n'est pas tarie ; à peine si elle commence à jaillir.
De toutes parts nous entendons dire : l'or et l'argent se cachent ; l'or et Targenl ont fui ; ils ne circulent plus : c'est la raison pour laquelle le travail languit, la consommation souffre, le Trésor public est contraint de décréter chaque jour un expédient nouveau qui soit moins inefficace que celui de la veille.
Erreur !
L'or et l'argent n'ont pas eu le temps de fuir, et ils sont infiniment plus difficiles et plus périlleux à cacher qu'on ne le croit ; à peu de chose près, ils circulent sous la République comme ils circulaient sous le gouvernement constitutionnel.
L'or et l'argent ont judicieusement compris que le moyen d'échapper au danger do la crise, ce n'était pas de se blottir dans des sacs de toile ; ils ne demandent qu'à prouver qu'ils sont braves. Ils le montrent quand ils affluent chez le percepteur ; mais cela ne suffit pas. L'or et l'argent sont une quantité limitée.
La méprise commune que nous relevons tient à l'idée fausse qu'on a. et au compte inexact qu'on se rend du rôle que joue le numéraire dans toutes les transactions.
Ce rôle est très faible.
C'est à peine si le numéraire est au crédit ce que 1 est à 5.
L'émission des billets de la Banque de France, grand établissement placé sous la surveillance de l'État, fonctionnant avec autant de régularité que de prudence, est, relativement à son encaisse métallique, dans la proportion de 3 à 1.
Par ce seul fait, on peut juger si l'évaluation qui précède est exagérée.
Le numéraire, injustement accusé, n'a donc, dans cette déplorable panique, que la plus faible part, en admettant même qu'il en ait une; la plus forte doit être attribuée au crédit.
- Ce n'est pas le numéraire qui a disparu, c'est le crédit qui s'est éteint.
Comme le numéraire, le crédit n'existe pas par lui-même ; il n'existe que par la confiance.
Le numéraire a un inconvénient et un avantage : Tinconvénient qu'il a, c'est d'être étroitement limité; l'avantage qu'il possède, c'est d'être indépendant, c'est de relever de lui seul.
Le détenteur de numéraire fait ce qu'il veut ; il peut en disposer à son gré. Il n'en est pas ainsi du crédit ; le moins