‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856Chapitre 37 sur 199 · M. DE GIRARDLN EST-IL POUR LA REGENCE · texte numérisé non relu

M. DE GIRARDLN EST-IL POUR LA REGENCE

dont celui-ci ait besoin, c'est du concours de deux volontés ; c'est du mariage de deux signatures. N'a pas de crédit qui en désire, voulût-on en faire le meilleur emploi.

Le crédit, isolément, n'étant pas libre, le crédit étant à la confiance ce que le serf est à la glèbe, on ne peut donc pas non plus, sans injustice, s'en prendre au crédit.

Accuser le numéraire, accuser le crédit, c'est perdre son temps; il n'y a qu'une seule chose à tenter, c'est de ressusciter la confiance.

On ne demande de toutes parts qu'à en avoir !

Mais, seul, le gouvernement provisoire peut nous en donner ; qu'il nous en donne î

Qu'il s'abstienne de tout choix fàclieux.

Qu'il fasse d'admirables prcclamalions comme celle du 16 mars, et qu'il ne fasse plus de déplorables circulaires connue celles qui ont semé dans tous les esprits"l'irritation.

Qu'il cesse au plus tôt de gaspiller l'argent des contribuables en semblants de travaux, lesquels sont des primes qui attirent à Paris des fainéants au détriment des travailleurs sans ouvrage. Les travaux utiles et urgents ne manquent pas.

Qu'il ne procède pas par demi-mesures. Toute amputation nécessaire doit être faite sans hésitation pour être faite sans danger. La prudence doit prévenir la gangrène; elle ne doiî pas Tattendre.

Qu'il ne se borne pas h annoncer qu'il supprimera toute dépense inutile et réduira toute 'dépense exagérée.

Qu'au lieu de l'annoncer il le fasee. Il n'y a rien de tel que l'économie dont on donne Texemple pour inspirer ou rétablir la confiance dont on a besoin.

Que craint-on ?

On ne craint pas que le Gouvernement provisoire soit trop hirdi, on craint qu'il ne soit trop faible.

Qu'il montre que cette crainte est sans fondement, et, par l'économie, la confiance ne tardera pas à renaître, et par la confiance, le crédit. Alors on ne demandera plus : Où donc sont l'or et l'arcent ?

20 mars 1848.

« Le 9 avril approche.

» Que devons-nous faire?

» Devons-nous nous abstenir ?

» Devons-nous nous concerter?

» Dans ce dernier cas, liAtez-vous de vous mettre d'ac- » cord avec le Siècle et le ConstitutMinel, et publiez une y> liste de candidats entre lesquels nous puissions choisir. »

Tel est le résumé d'une volumineuse correspondance sur laquelle nous avons à peine le temps de jeter les yeux.

A toutes ces lettres, nous ne ferons qu'une seule réponse, celle qui va suivre.

Elle sera nette, et vraisemblablement très différente de celle qu'on attend de nous.

La voici :

Point d'arrière-pensées ! point d'illusions ! Elles ne serviraient qu'à prolonger la crise et qu'à aggraver le péril.

Le toit, en tombant, a fait écrouler la voûte : il était vermoulu, elle était délabrée.

La révolution est sociale plus qu'elle n'est politique.

Le 18 octobre 1847, nous nous exprimions ainsi :

« Notre conviction profonde est celle-ci : Une révolution » nouvelle serait moins difficile à faire en France qu^une ré- » forme électorale de quelque importance. » Les événements ont prouvé que nous ne nous étions pas trompés.

Nous croyons que la même vérité nous éelaire dans le jugement que nous allons porter sur la situation nouvelle.

La situation nouvelle exige des hommes nouveaux.

L'expérience acquise au service d'anciennes idées profiterait peu aux idées qui surgissent.

II faulqu'elles prennent leur cours, afin qu'elles le suivent sans désastres.

Tenter de l'arrêter ou de le détourner serait démence.

Nul ne doit rester à l'écart de la vie publique , alors que tous ceux qui en avaient été injustement éloignés y sont appelés en masse.

Ce serait se distinguer, attirer sur soi le soupçon et le justifier.

Là où il y a des clubs, des réunions, des assemblées préparatoires, il faut s'y rendre.

On peut garder le silence, mais on ne doit ni trahir ses convictions ni les exagérer.

Le peuple honore la sincérité ; il méprise la duplicité ; il a pour les deviner un admirable tact.

Par dignité pour soi-même, il faut énergiquement protester contre toute tentative d'intimidation.

Celui qui se laisse intimider facilement persuade difficilement.

On écoute au contraire avec confiance celui dont la fermeté de la voix a dominé la violence du tumulte.

La discussion n'est pas seulement utile , elle est nécessaire ; elle est nécessaire pour retenir ceux qui iraient trop loin, pour entrahier ceux qui se complairaient dans une funeste immobilité, pour nous rapprocher tous, le riche et le pauvre, l'oisif et le travailleur, le maître et l'ouvrier, le propriétaire et le fermier, le fermier et le journalier.

C'est par la discussion dans les clubs qu'on préviendra la collision dans les rues.

Toute gestation a son labeur; toute fermentation a son levain ; c'est là ce qu'il faut se dire afin de ne pas se laisser égarer par la stupeur et croire que, par cela seulement qu'une chose était inusitée, elle était grave,

La peur regarde derrière, la prudence regarde devant.

On ne saurait trop se défier de ce qu'on sait, et trop se hâter d'apprendre ce qu'on ignore.

Une immense école nous est ouverte à tous : l'élection.

Négliger l'exercice de son droit, ce serait commettre une faute grave ; ce serait donner un exemple funeste ; ce serait manquer à l'accomplissement d'un devoir ; ce serait prendre le lendemain pour la veille.

Il importe de ne pas tomber dans cette méprise, dans cet anachronisme de deux mois, qui sont deux siècles.

Mais, autant nous sommes d'avis qu'il faut montrer d'empressement à exercer son droit d'électeur, autant nous sommes d'avis qu'il en faut mettre peu à se poser en candidat.

Par la curée des candidatures on se déconsidérerait autant que par la curée des places.

Il est juste que ceux qui ont été longtemps exclus aient leur tour ; il ne serait pas juste de leur obstruer le passage.

C'est le peuple qui a fait la révolution du 24 février; c'est à lui à terminer ce qu'il a commencé; c'est lui qui a jeté le trône par terre, c'est à lui à élever le fauteuil de la présidence.

L'œuvre sera rude ; elle aura moins bescin de mains délicates que de bras robustes.

Ce qui manquera au peuple en savoir, il y suppléera en bon sens.

Le prétendu savoir ne nous a pas payé pour avoir en lui une grande confiance ! un souffle a suffi deux fois, en 1830 et en 1848, pour renverser le fragile édifice qu'il avait créé à grands frais.

Les inventions les plus précieuses sont dues à de simples ouvriers : John Wyat était un ouvrier; Richard Arkwright, un perruquier ; James Hargreaves, un pauvre charpentier; Samuel Crompton, l'auteur de la muU-jenny, un artisan ; Savary, un mineur; Thomas Newcomen, un forgeron; John Cowley, un vitrier ; Trevithick, un ouvrier mécanicien ; James Watt, un petit fabricant d'instruments de mathémati-

ques: Jacquart, un lolieur; etc. Toute invention est due à une idée juste ; or. que nous faut-il? Des idées justes.

Ceux qui s'imagineraient que le peuple manque de lumières, et que la raison est le privilège de l'instruction, se tromperaient gravement. Toute notre correspondance est là pour attester le contraire. Elle est là pour attester que les raisons les plus saines sont celles qu'ont mûries l'observation et la modération dans le travail.

Une assemblée de représentants du peuple tirée des rangs les plus épais du peuple, ne nous apparaît donc pas comme le danger de la situation.

Où nous verrions un danger, ce serait dans des élections qui partageraient à peu près également l'Assemblée en deux classes : la classe aulrelois exclue et la classe présentement déchue; où nous verrions un péril, ce serait dans le chimérique espoir et l'impuissante tentative de changer le caractère de la révolution du 24 février; — si d'une révolution sociale, on croyait pouvoir en faire seulement une révolution politique.

Ce qui est à craindre, ce n'est pas le radicalisme, c'est l'antagonisme.

Les idées fausses se rectifient forcément dans la pratique; les excès commis sont des taches inefîaçables sur les pages de l'histoire.

Le peuple est vainqueur : loin d'hésitei- à le lui dire, il faut au contraire le lui répéter; car c'est dans le sentiment de sa force et dans Torgueil de son triomphe qu'il puise ce respect de lui-même que ses détracteurs sont contraints d'admirer. Seulement, ils disent que ce respect du peuple pour lui-même ne durera pas. Croyons qu'il durera et qu'ils se trompent!

Déçu par deux révolutions, le peuple a acquis le droit d'être défiant et d'appréhender qu'on ne le prive des légiti-r mes résultats de sa troisième victoire. Cette défiance sera d'autant plus grande de sa part qu'il supposera qu'on fait plus d'efforts pour lui en disputer les fruits.

L'attitude la plus digne , la conduite la plus sage nous

paraissent doue devoir se traduire par la réserve la plu s grande.

Aucune brigue !

Si rélection vient à vous, l'accepter au péril même de vos jours. Ne pas aller à elle. La remplir comme un devoir, ne pas la convoiter comme un honneur. Y voir un outil, non une arme; un instrument de travail, non un instrument d'agression ou de défense.

C'est la conduite que nous eussions voulu que tînt également, strictement et sans écart, le gouvernement.

Nous ne sommes pas d'accord avec les circulaires de M. Ledru-Rollin. mais nous sommes pleinement d'accord avec le manifeste électoral du 16 mars 1848, où le gouvernement provisoire s'exprime ainsi : « Le gouvernement pro- » visoire veut que la conscience publique règne. 11 ne s'in- » quiète pas des vieux partis : les vieux partis ont vieilli » d'un siècle en trois jours. »

Tel est aussi notre avis ; c'est pourquoi nous avons rejeté loin de "nous toute idée d'un concert commun à proposer au Siècle et au Constitutionnel; c'est pourquoi nous avons refusé de prendre part à la rédaction d'aucune liste de candidats, quels qu'ils dussent être; c'est pourquoi nous refusons tous les jours le concours de notre publicité à la multitude des professions de foi qui le réclament.

Au gouvernement provisoire toute la responsabilité de sa loi électorale ;

Au peuple électeur toute la responsabilité de ses choix.

Cela est juste et prudent.

Ce n'est qu'ainsi que nous aurions le droit de défendre la majorité, si des meneurs et des menés tentaient de l'oppiimer; si des écrivains avaient moins de sagesse que les compagnons maréchaux de Lyon,s'adressant en ces termes à leurs frères des autres corps d'état : « Répétons tous : » Français de cœur ; soumission au vote de la majorité, et » guerre à la force brutale de l'oppression. »

Résumons-nous : nous voulons une majorité sincère pour

qu'elle soit majorité libre ; une niajorilé libre pour qu'elle soit sincère.

LA LIBERTÉ SOUS LA RÉPUBLIQUE ! tcl esl le seul cii que nous veuillons faire entendre. La sincérité avec laquelle nous venons de nous expliquer sur le caractère essentiellement populaire que doivent avoir les élections générales est un motif pour que nous protestions avec un redoublement d'énergie contre toute intervention du ministre de lintérieur qui aurait pour effet et pour but de porter atteinte à la liberté et à la sincérité des élections. .

On nous écrit d'Arras :

« Les directeurs des postes ont reçu du ministère de l'intérieur l'ordre de faire fifficlier dans les villes et dans toutes les communes, par les facteurs ruraux, des proclamations non signées où l'on proteste :

(I Contre les prochaines élections, dont l'aristocratie compte se faire un » marche-pied pour écraser les pauvres paysans, depuis trop longtemps » réduits à l'état humiliant de serfs. »

» De plus, on demande eu termes menaçants qu'elles soient retardées. »

Si le ministre de l'intérieur est resté étranger à l'envoi officiel de ces proclamations anonymes, il considérera, sans doute, comme un devoir de rectifier ce fait, en opposition avec l'adresse du gouvernement provisoire . s'exprimant ainsi le 16 mars 1848 :

« A quoi bon succéder à ces gouvernements, si c'est pour leur ressembler ? A quoi bon avoir créé et adoré la République, si la République doit entrer dès le premier jour dans les ornières de la royauté abolie? Il considère comme un de ses devoirs de répandre sur les opérations électorales cette lumière qui éclaire les consciences sans peser sur elles. Il se borne à neutraliser l'influence hostile de l'administration ancienne qui a perverti et dénaturé l'élection.

» Le gouvernement provisoire veut que lu conscience publique règne ! Il ne s'inquiète pas des vieux partis : les vieux partis ont vieilli d'un siècle en trois jours ! La République les convaincra si elle est sûre et juste pour eux. La nécessité est un grand maître. La République, sachez-le bien, a le bonheur d'être un gouvernement de nécessité. La réflexion est pour nous. On ne peut pas remonter aux royautés impossibles. On ne veut pas descendre aux anarchies inconnues. On sera républicain par raison. Donnez seulement sûreté, liberté, respect à tous. Assurez aux autres Vindé-

pendimce des suffniges que vous louh: pour vous. Ne regardez pas quel nom ceux que vous croyez vos ennemis écrivent sur leur bulletin, et soyez sûrs d'avance qu'ils écrivent le senl nom qui peut les Fauver, c'est-à dire celui d'un républicain capable et probe.

» Siirelé, libcrlé, respect aux consciences de tous les citoyens électeurs ; voilà l'intention du gouvernement républicain, voilà son devoir, voilà le vôtre! Voilà le salut du peuple! Ayez confiance dans le bon sens du pays, il aura contiance en vous; donnez-lui la liberté, et il vous renverra la République. »

Tels sont les vrais principes. Tel est le seul moyen de faire honorer la République. Tel est le seul droit, tel est le seul devoir des agents du gouvernement. Quiconque ira audelà, commettra une usurpation sur la souveraineté nationale, et se rendra coupable d'une véritable forfaiture.

Nos compatriotes des départements doivent savoir maintenant à quoi s'en tenir sur les intentions réelles du gouvernement provisoire qui a reçu mission de parler au nom de la patrie, en attendant la constitution des pouvoirs réguliers. C'est à eux qu'il appartient de forcer au besoin, par leur attitude, tous les agents qu'on leur a expédiés avec le titre de commissaires, à ne pas s'écarter de ces intentions hautement manifestées.

Électeurs, on a pu un moment s'oublier jusqu'à vouloir soumettre l'exercice de votre souveraineté à une «surveillance » officielle. Mais sachez bien que c'est vous-mêmes qui devez «su/Te///??'» l'intervention de ces agents dans la lutte électorale. Si elle excède les limites assignées à Taclion légitime du pouvoir ; si, pour emprunter les termes mêmes du dernier manifeste, elle h pèse sur les consciences ^^^ auViQU de se borner à les « éclairer, » c'est à vous qu'on aura à rendre des comptes, car on aura porté atteinte à une prérogative qui doit demeurer sacrée !

Persuadez-vous bien que les proconsuls aux a pouvoirs illimités » sont une monstruosité dans toute organisation sociale, et que l'organisation vraiment républicaine la comporte moins que toute autre.

Il n'y a pas de pouvoir qui ne soit limité par le droit commun.

Le pouvoir qui entre{3ren(hail sur le droit commun serait désormais un pouvoir sans racines en France, et c'est bien le moins que nous recueillions définitivement cet avantage de nos longues révolutions !

Électeurs, le manifeste qui vient de vous être adressé peut se résumer en quelques lignes :

La volonié bien arrêtée du gouvernement provisoire est que vous usiez pleinement et librement de vos droits.

Qui essaiera de vous violenter trahira la volonté du gouvernement provisoire, en même temps qu'il manquera au principe même de la Révolution du 24 février 1

Vos droits ne sont pas personnels. Ils constituent un pauimoine national dont la défense est confiée au patriotisme de tous.

Que tous, donc, veillent et agissent !

Le manifeste du 16 mars 1848, dans lequel le gouvernement provisoire proteste indirectement contre des circulaires que tous les amis sincères de la République du 24 février voudraient bien pouvoir arracher de son histoire, ce manifeste n'était pas encore connu le 17 mars à Moulins; aussi ne sommes-nous nullement surpris de recevoir la lettre suivante, qui ne peut qu'honorer le digne officier qui l'a écrite et qui nous prie de la publier :

Le colonel du 8<^ de husmrds au citoyen ministre de la (jnerre.

« Mon général,

» Les pouvoirs donnés récemment aux commissaires du gouvernement provisoire, en ce qui touche l'iinnée, me paraissent briser d'un seul coup tous les anneaux de la hiérarcliio militaire. L'bomme habitué dès son enfance aux règles de la discipline m? peut, après trente cinq ans de service, refaire son éducation militaire.

» Je suis prêt à sacrifier mon repos, ma vie, sans arrière-pensée, îi la cause de la patrie, au maintien de l'ordre, h la défense des lois ; mais je n'accepte pas la situation illégale et humiliante faite aux chefs de corps parla ciiculaire signée liCdru-Uollin.

» En conséquence, je vous prie de ir.'autoriscr à rentrer imnn^iliatement dans mes foyers en attendant ma retraite. » J'ai l'honneur, etc.

» Colonel DE GRAMONT,

» Commandant le 8* de hussards. »

De tels exemples donnés pfir l'arniée, le conseil d'État, la magistrature, doivent être encouragés par le pays; c'est en résistant ainsi à l'intimidation qu'on acquiert des droits à la confiance de ses concitoyens, et qu'on se montre digne de les représenter. De tels exemples valent mieux ([ue toutes les professions de foi.

La Commune de Pans mêle la Presse à un club républicain pour la liberté des élections. C'est à tni't. puisque le rédacteur en chef de la Presse n'a répondu à aucune des invitations réitérées qui lui ont été faites de la part de ce club. Le rédacteur en chef de la Presse n'a pas une conduite qui contredise son langage, ni un langage qui contredise sa conduite. Il désire que la liberté des élections soit respectée de toutes parts ; aussi s'abstient-il de tout ce qui pourrait avoir l'apparence d'une prétention à la plus légère influence exercée sur le choix des élus et l'opinion des électeurs. Ce sera par ses fruits qu'on jugera de l'arbre planté et greffé par le gouvernement provisoire. Il eût suffi d'ailleurs que le rédacteur en chef de la Presse eût pu supposer que le club en question avait été formé avec une pensée de réaction pour qu'il s'en tînt éloigné.

La ligne du rédacteur en chef de la Presse est une ligne droite entre ces deux écueils :

Intimidation du pouvoir ;

Réaction des partis 1

Toute tentative d'intimidation du pouvoir, comme toute tentative de réaction des partis, sera coml)attue par la Presse, quelque danger qu'il puisse y av.iir à dire la vérité ei à s'exposer h la calomnie.

Si nous signalons l'intimidation dès qu'elle se montre, c'est uniquement par un sentiment de dignité et afin que

Ton ne puisse pas dire que la France électorale a courbé humblement la tête, sans protestation, sous la menace d'un ministre faisant de l'arbitraire au nom de la liberté ; car nous ne sommes pas de ceux qui pensent qu'il soit très désirable que certaines opinions, certaines nuances, certains hommes soient représentés h l'Assemblée nationale dans une mesure plus ou moins grande. Moins il y aura dans ["Assemblée nationale de )-épublicains suspects, et mieux elle vaudra à nos yeux. Nous avons dit pourquoi.

Notre réjionse au journal VAsscnibléc nationale , qui se constitue l'organe officiel i]\\CI)(b répiihJicain pour la liberté des élections, sera courte.

La voici :

Nous nous sommes bornés h décliner, dans les termes les plus mesurés, ime solitlarilé qui, si nous l'eussions acceptée, eût été une contradiction avec l'esprit de la déclaration que nous avons publiée le 20 mars 1848, esprit qui a dicté au Siècle et au Journal des Débats une déclaration pareille.

La ligne des républicains du lendemain, telle que nous la comprenons, est celle-ci :

Ils ne peuvent pas refuser le mandat ;

Ils ne doivent pas briguei- la candidature.

La ligne que nous avons conseillé de suivre est celle que nous nous sommes tracée à nous-mêmes.

Preuves :

^1 M. Emile de Girnriliii.

<■ 16 mars 1848.

» Citoyen, » Vous avez été longtemps député du département de la Creuse, pendant les mauvais jours qui viennent de s'écouler. Une révolution est venue régénérer la nation française, et des élections popukires se préparent. Un comité électoral de ce département vient d'être organisé rue de Sorboniie, 12 ; je suis chargé, comme secrétaire de ce comité, de vous inviter h assister à la réunion qui aura lieu dimanche prochain, à sept heures du so!r.

1) Salut et fraternité,

» A. TIIÉVENOT. »

A M. Thcrcnot.

» Monsieur,

» J'ai déclaré, dès le 7 mars, que, si j'étais élu, j'accepterais, mais que je m'abstiendrais de toute démarche pour l'être. Je suis irrévocablement décidé à ne faire rien qui altère la situation que j'ai prise, et qui contredise le langage que j'ai tenu.

» L'indépendance de mon caractère est garantie par quatorze ans de députation; la liberté de ma pensée est attestée par l'article que je signe tous les matins ; je ne saurais donc avoir ni engagements h prendre ni explications à donner: je n'accepterais aucun mandat impératif. Veuillez, je vous prie, monsieur, faire agréer au comité électoral dont vous êtes le secrétaire les regrets que j'éprouve de ne pas pouvoir me rendre h son appel.

y> Je vous renouvelle, monsieur, l'assurance de tous mes anciens sentiments. »

A M. Emile de Giranlin.

« 20 mars 184fî.

M Tout citoyen étant électeur et pouvant, par conséq.uent, donner son suffrage nu plus digne, je viens, monsieur, au nom d'un grand nnmbi-e de mes camarades et au mien, vous offrir d'être notre candidat à l'Assemblée nationale ; c'e.?t moins au journaliste consciencieux qu'à riionnue de courage, de Laute capacité et de noble francliise que nous voulons décerner la belle et sainte mission de mandataire du peuple.

n Tribun écout<', vous parlerez de cette patrie qui nous est si cliére, de tout ce qui peut faire sa gloire et son bonheur : c'est là notre unique désir.

j) Quant à nous, notre rôle doit être tout secondaire. Grâce aux sopliismes de certains hommes, trop de préjugés existent encore contre nous, trop d'oreilles délicates craindraient d'être blessées de notre langage révolutionnaire ei quelquefois peu grammatical. Mais lorsque nos concitoyens seront bien assurés de la pureté de nos intentions, de la noblesse de nos sentiments, alors, monsieur, nous entrerons dans la lice, et briguerons l'honneur de siégr-r parmi les élu« de la nation.

» Tout pour le peuple, sinon lout par lui, a dit un ministre de funeste mémoire ; par notre zèle et notre aptitude à acquérir ce qui nous manque, bientôt, monsieur, et je le proclame avec orgueil, on pourra dire : Tout pour le peuple, tout par le peuple.

» Croyez, monsieur, à mes sentiments d'estime et de considération.

» JULES I.AVILLEMAUAIS,

» Ouvrier graveur de musique, 38, rue Bleue. »

A M. Jules Laville marais.

« 22 mars 1848.

» Monsieur,

» Avec l'idée que je nie suis faile des droits et des devoirs du reprcsent.'int du peuple, je ne puis que vous répondre ces mots : Élu, je ne ferai pas défaut à mes électeurs.

» Mais, jusqu'au jour de l'élection , j'entends conserver toute la liberté de mes opinions, et si à l'Assemblée nationale cette liberté ne devait pas être entière, j'entends réserver pleinement le droit de protestation et de démission, dont j'ai montré que je savais user. L'exercice de ce droit me paraîtrait un devoir d'autant plus impérieux que le péril pourrait être plus grand.

» Je ne comprends pas l'élection sans confiance absolue de la part de l'électeur et sans indépendance entière de la part de l'élu ; je ne comprentls pas la République, en 1848, sans la Liberté !

» La Royauté s'est avilie et perdue par la coupable servilité de ses courtisans ; la République doit s'honorer et se fonder par l'inébranlable fermeté de ses partisans.

» C'est parce que j'en suis le partisan sincère que j'ose ainsi m'exprimer.

» Pcrmellcz-moi de vous le dire, ces mots de voire lettre : Tout pour le peuple, tout par lui, n'ont jjIus aucun sens. Admettre cette disiinclijn , ce serait admctU'e qu'on cesse d'èlre le pei//;/c' dès ([u'on a acquis certaines notions

générales ou une certaine fortune; ce serait faire de la fraternité un mensonge. Qu'êtes-vous? qucsuis-je?

» Je suis ce que le travail m'a fait; je serai ce que me fera la confiance do mes concitoyens. Je serai lier de la mériter : je ne croirais pas la mériter si j'allais au-devant d'elle.

» Merci, de cœur, de la vôtre ; j'en suis d'autant plus touché que vous m'êtes entièrement inconnu. »

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