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LES IDEES

21 mars 1848.

On nous dit ; Vous avez trop d'idées !

Nous répondons : Nous n'en avons pas assez.

Si la France échappe aux difficultés matérielles du moment, elle ne le devra qu'au concours moral des idées.

Si la France, au contraire, succombait sous les ruines de l'édifice qui s'est écroulé, il n"en faudrait accuser que l'absence d'idées de réorganisation.

Les idées de l'homme représentent la force intellectuelle, comme les muscles de son corps représentent la force physique.

Il faut choisir entre Tune ou l'autre de ces deux forces.

Il n'y aura jamais autant tl'idées justes qu'il y a de bras robustes.

Le nombre des idées n'est donc pas à craindre ; il sera toujours en minorité , il sera toujours trop petit. Plus il sera grand, et mieux pourra s'exercer la faculté du choix.

La vapeur, cette force presque illimitée qui a vaincu le temps et l'espace, la vapeur est une force née d'une idée.

Toutes les grandes découvertes de l'esprit humain, qui font la gloire du passé et le patiim jine de l'avenir, appartiennent à la même famille : à la famille des idées, de toutes les familles séculaires la plus noble.

Les idées sont les de-grés qui serviront à la démocratie intelligente à fonder l'aristocratie intellectuelle.

Les révolutions ne brisent les digues que parce que les idées n'ont pas trouvé leur cours.

Ce sont les bras qui dépavent les rues, mais ce sont les idées qui font mouvoir les bras.

En France : ' ,

Les ministres changent;

Les trônes tombent, se relèvent et tombent ;

Les commis restent. Ils régnent! Us gouvernent!

Us gouvernaient hier, ils gouvernent encore aujourd'hui.

Le nom du gouvernement varie : tantôt il s'appelle Monarchie et tantôt République ; mais l'esprit ne varie pas. C'est toujours l'esprit bureaucratique.

C'est toujours l'idée sacrifiée à l'expédient, le culte des détails, Fidolàtrie des concessions, l'excommunication des réformes, la superstition des ajournements.

Il y a des ministères ;

Il n'y a pas de ministres.

Le ministre, sur l'état d'émargement, est bien le premier commis de son administration ; mais il en est le dernier en réalité.

S'il aune volonté, tout est constiLuépour y faire obstacle, pour le frapper de paralysie.

Le mot impossible est un écho qui, de tous les corridors, aboutit à son cabinet.

On a fait des barricades contre la monarchie ; n'en ferat-on jamais contre la bureaucratie ?

Rois et ministres sont responsables ; la bureaucratie seule est inviolable.

De tout ministre, elle fait un eunuque.

S'il est indolent, elle l'encourage dans son indolence.

S'il est actif, elle le décourage en lui grossissant les difficultés au lieu de lui présenter les solutions.

S'il est persévérant-, s'il ne se décourage pas, elle le noie dans le tourbillon des détails, dans le flot des circulaires, dans l'océan des signatures, jusqu'à ce qu'elle soit arrivée à le couvrir de ridicule ou à le convaincre de présompti-n.

La bureaucratie est le despotisme de l'inertie.

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