UOPTIMISME ET LA MISERE
27 mars 1848.
Lorsque , sans motifs, l'on trouve en haut que tout va bien, il est rare qu'en bas on n'ait pas raison de se plaindre que tout va mal. . '
Travailleurs de tous états et de tous rangs , êtes-vous d'avis que les trente jours écoulés du 24 février au 25 mars 1848 aient été aussi fructueusement employés qu'ils auraient pu, qu'ils auraient dû l'être?
N'y avait-il rien de mieux à faire que des proclamations sans nombre couvrant tous les murs ; que des discours sans fin débordant les colonnes de tous les journaux; que des cu'culaires sans mesure irritant tous les esprits, alarmant tous les intérêts; que des promesses prodiguées sans être assuré des moyens de les tenir?
D'où vient qu'aujourd'luii, 26 mars, la confiance est moins grande qu'il y a un mois, le 25 février, et que la rente 5 0/0, après avoir baissé de 20 francs le 7 mars, a baissé encore de 33 francs, total 53 francs ?
En regard des dépenses qui ont été considérablement augmentées, peut-on citer une seule économie importante qui ait allégé le poids du budget de l'État?
Non-seulement on n'a pas réduit l'effectif de l'armée, mais, par le fait, n'en a-t-on pas aggravé lourdement la charge de tout ce que coûte la solde de la garde mobile ?
Depuis un mois que la garde mobile est instituée, est-elle
habillée? L'instruil-on? S'occupe-t-on sérieusement de l'avenir qui lui est réservé ? Sait-on ce qu'on en fera ?
Les travaux de terrassement du Champ-de-Mars, contrefaçon malheureuse de 1830, ne sont-ils pas de la peine perdue et de l'argent gaspillé? De cet argent et de ces bras inoccupés n'y avait-il pas un emploi à faire, moins onéreux à l'État, plus avantageux aux traviailleurs?
Le 25 février, le gouvernement provisoire ne vous demandait que « DEUX JOURS pour rendre le calme qui produit » le travail, et rétablir complètement la paix pul)lique, » — ce sont ses expressions. —Vous êtes au 26 mars, le calme a-t-il ramené le travail, le travail a-l-il ramené l'aisance?
Le même jour, le gouvernement provisoire s'est engagé à garantir l'existence de l'ouvrier par le travail ; il s'est engagé à garantir du travail à tous les citoyens; comment cet engagement a-t-il été tenu? Comment le sera-t-il?
Le lendemain, le gouvernement provisoire a décrété l'établissement immédiat d'ateliers nationaux? Où sont-ils? Qu'y fait-on ?
Le gouvernement provisoire, sans attendre que la commission nommée par lui pour examiner les questions relatives aux travailleurs ait donné une décision, a, le 2 mars, diminué d'une heure la journée de travail, et aboli l'exploitation des ouvriers par les SGUS-entrei)reneurs Travailleurs qui ne travaillez plus, qu"y avez-vous gagné? Vos privations furent-elles jamais plus grandes? Quelle est la branche d'industrie qui ne souffre pas cruellement? Quelle est la misère qui ne soit pas aggravée ?
Plutôt que d'établir tardivement des comptoirs d'escompte, le gouvernement provisoire n'eût-il pas mieux fait d'élayer ceux qu'il a laissé inconsidérément s'écrouler?
Plutôt que d'ajourner le remboursement des dépôts effectués aux caisses d'épargne , le gouvernement provisoire n'eût-il pas mieux fait d'ajourner les déplorables nominations qui ont tué du môme coup la confiance et le crédit?
Peuple, qu'ont fait pour loi les hommes qui parlent chaque jour en ton nom ?