LE COMMERCE N1RA PLUS
29 février 1848.
De toutes les boutiques, nous entendons sortir ce gémissement : Le commerce n'ira plus !
Et pourquoi donc le commerce n'irait-il plus? Pourquoi donc serait-ce la République qui l'empêcherait d'aller?
Parce que la France a de moins un roi, et va avoir de plus une multitude d'électeurs, cola diminuera-t-il le nombre des contribuables, celui des consommateurs?
Le commerce souffrait depuis longtemps ; il souffrira trop longtemps encore, ne fût-ce qu'une semaine ; mais il se relèvera : c'est nous qui vous le disons, c'est nous qui vous l'affirmons. Mais, pour qu'il se relève, savez- vous ce qu'il faut faire ?
Il faut se rallier tous, fermement, nettement à l'idée de la République ; il faut en répéter le nom tant de fois dans la journée, que Porcille cesse de s'en étonner, que l'esprit ne s'en effarouche plus.
Il faut que l'on se pose à soi-même ce dilemme :
Ou la République française de 1848 sera le pillage et le massacre de tous ceux qui possèdent, au profit de ceux qui veulent acquérir sans se donner la peine de travailler ;
Ou bien la République française sera la solution pacifique de toutes les questions attardées; loin de détruire l'ordre, elle l'affermira en créant :
La démocialie intelligente ;
L'aristocratie intellectuelle ;
La démocratie du bon sens et du bon droit ;
L'aristocratie du savoir et du talent.
Dans le premier cas, si l'on doit périr, à quoi bon grossir sa fortune et se blottir dans son cofl're-fort, comme le lièvre dans son terrier ? A quoi bon rien changer à ses habitudes, rien diminuer de ses jouissances ? C'est, dit-on, qu'il faut craindre d'appeler et de déchaîner sur la richesse les colères et les représailles de la misère ! Mais croirait-on, par hasard, être plus prudent en aggravant ses souffrances et en légitimant ses attaques? Si le riche, qui remplit une fonction en consommant, ne consomme pas, les transactions s'interrompent, le Commerce languit, le travail s'arrête, le travailleur s'affame et s'irrite. Qui pourrait alors le blâmer de s'irriter et se dispenser de le plaindre ? Le riche comme le pauvre est un rouage dans le mécanisme social, rouage utile, nécessaire, et qui ne doit pas s'arrêter. Voilà ce qu'il faut répéter sous soutes les formes. Le Peuple français, dont le discernement est admirable, le comprend. C'est au riche, c'est au consommateur à n'avoir pas l'intelligence plus lente et plus rebelle à la vérité que le pauvre, que le travailleur.
Dans le second cas, si les propriétés sont respectées et si les fortunes ne sont diminuées que d'une part un peu plus forte, prélevée sous le titre ancien de contribution, ou sous la forme nouvelle de prime d'assurance, à l'effet d'améliorer le sort des travailleurs, et en résumé le bien-être populaire, qu'est-ce donc que le Commerce y perdra? Il vendra un peu moins de toile fine et de drap superflu, d'accord; mais il vendra infiniment plus de grosse toile et de drap inférieur. Oii donc serait le grand mal à cela?
Non-seulement ce ne sera pas un mal, mais nous disons que ce sera un progrès. Entre le riche et le pauvre, il y avait la profondeur d'un abîme ; moins l'abîmé sera profond, et plus la sécurité sera grande.
Le Commerce français en sera quitte pour se transformer,