‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856Chapitre 54 sur 199 · LA RÉFORME ET LA PRESSE · texte numérisé non relu

LA RÉFORME ET LA PRESSE

une dette sociale, et mis nu même rang que In religion et la justice.

Bridainedu chi/frelU prouva, du moins, en réduisant de 80 francs à 40 francs le prix d'abonnement des journaux, qu'il ne reculait pas devant l'application de ses théories, et qu'il avait foi dans ses chiffi-es. A ceux qui niaient le mouvement, non-seulement il répondit en marchant, mais encore en forçant ses contradicteurs à le suivre.

Radical jalou.r! Sur toutes les questions, il con)battii toujours, avant comme après le 24 lévrier, les demi-mesures, les expédients, ce qui lui vaut, ce matin encore, de la part du National, le surnom de « caurpur de chimères et » d'utopies. »

Républicain janatique ! Non : mais député plus indépendant que beaucoup de républicains fanatiques devenus ministériels serviles, il vota contre les lois de septembre, contre toutes les lois d'exception, contre toutes les mesures de rigueur, contre la flétrissure, contre l'indemnité Pritchard, contre le droit de visite, contre le paragraphe qui traitait d'ennemis ou d'aveurjles ceux de ses collègues qui a\ aient assisté à des banquets réformistes. Il fit plus, il fut le seul h donner sa démission le L4 février 1848, alors que l'opposition continuait de siéger sur ses bancs, accablée sous le poids de ses propres discours, flétrie par le vote de la majorité, mais retenue par la crainte d'être décimée en se soumettant à la réélection.

Homme d'État i'sans emploi! de la Mona)-chic ! Il y avait une manière bien simple de ne pas demeurer sans emploi. (•'était d'abdiquer toute indépendance, toute initiative, toute idée; le rédacteur de la Presse auiail-il donc eu tort de rester toujours l'homme de ses convictions?

Le Gracque! Il est vrai qu'il n'a pas vaincu le roi de Pergame, ni fait passer de loi agraire: mais lorsque le journal la Démocratie pacifique se fonda, il s'inscrivit, l'un des premiers, au nombre de ses derniers actionnaires, c'est-à-dire de ceux qui ne devaient toucher aucun dividende ; plus d'une fois il encourut les railleries du Yational. pour avoir

donné le i);is nu\ réformes sociales suc les réformes politiques.

Gomme les républicains nos aînés écrivent l'histoire ! c'est nous qu'ils accusent d'avoir répété avec M. Guizot : « Tout pour le peuple, rien par le peuple. » nous qui n'avons cessé, au contraire, de réimprimer ces paroles de M. Guizot ; Tout POUR le peuple, sinon tout PAR lui. Entre cette maxime et cette sentence, il y a juste la différence qui existe entre la clarté et l'obscurité, la vérité et le mensonge, le blâme et l'approbation. Nous sommes donc bien forts, que vous ne pouvez nous attaquer qu'en nous calomniant !

Il n"y a quhin mois, dites-vous, que vous avez le Pouvoir. Un mois de dictature, n'est-ce donc rien? Un mois de dictature, c'est plus qu'un siècle de royauté constitutionnelle. Si vous ne l'avez pas compris, si vous ne le comprenez pas, c'est que vous êtes encore plus au-dessous de votre tâche que nous ne l'avions dit.

Vous aurez beau invoquer le passé pour essayer de vous justifier! Ce ne sera qu'une inconséquence de plus. Si le passé eût été ce qu'il devait être, vous seriez sans excuse de l'avoir détruit. Ce n'est pas au nom du passé que nous parlons, c'est au nom de l'avenir. Qu'importe que l'ordre règne aulourdespalais. et que le sang n'ait pas été versé, si la misère s'aggrave h tel point que, dans peu de semaines, l'ordre ait cessé de régner et que le sang ait commencé à couler? — Nous garantissez-vous l'avenir? Où sont vos gages?

Que nos dictateurs trouvent le temps d'aller au spectacle, qu'ils caracolent sur de brillants coursiers, qu'ils aient des voilures pour les transporter de l'Hôtel-de-VilIe au Luxembourg ou ailleurs, à tout cela nous ne trouverions rien à dire, si ces loges n'étaient pas les anciennes loges royales, si ces carrosses n'étaient pas les anciens carrosses de la cour, si les nouveaux ministres ne se donnaient pas déjà de grands airs de prince, si tout cela n'était pas..i la Réforme a dit le mol : scandaleux.

Vous avez détruit la Royauté, ne déconsidérez pas la République.

31 mars 1B48.

Mercredi soir 29 mars, vers huit heures, plusieurs personnes accoururent tout essoufflées aux bureaux de la Presse, les unes venant du boulevard, dans la direction de la porte Saint-D(;nis, les autres venant du boulevard, dans la direction du niinislère des affaires étrangères ; elles prévinrentM. de Girardin qu'un attroupement considérable et menaçant, partant de deux points opposés, s'était mis en marche aux cris de : A bas la Presse! Mort à Girardin! qu'il n'y avait pas une minute à perdie pour se mettre en mesure de repousser la violence par la force. M. de Girardin répondit <[u"il lui suffirait de l'cpousser la violence par le droit ; qu'il n'y avait qu'à attendre la colonne qui était en marche, à la laisser entrer el à lui demander :

— Que voulez-vous ?

Sont-ce les presses que vous voulez briser ? Entrez ; les voici. Brisez la liberté de la presse au nom de laquelle vous avez fait deux révolutions!

Est-ce M, de Girardin que vous voulez tuer? 11 se présente à vous sans armes ; tuez-le.

Effrayés, les locataires de la maison avaient fermé la porte sur la rue ; ce fut M. de Girardin qui insista pour qu'on l'ouvrît, et pour que des délégués fussent priés de venir

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