‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856Chapitre 55 sur 199 · VI. u · texte numérisé non relu

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s^expliquer avec lui. Il est faux que M. de Girardiii ait mis dans son langage le moindre emportement. Tous ceux qui ont assisté à ces explications peuvent certifier qu'elles ne cessèrent un seul instant d'être calmes et mêmes cordiales.

M. de Girardin, il est vrai, commença par mamtenir avec fermeté le droit de Técrivain, le droit de la presse, que Pabolition des lois de septembre 1833 n'avait pu qu'étendre et n'avait pas pu restreindre ; mais, après cette réserve expresse, faite en des termes qui ne trouvèrent que des adhésions, il s'empressa de déclarer cju'il ne demandait pas mieux que de ne laisser subsister aucun doute, aucun soupçon sur la loyauté de ses sentiments et la sincérité de ses intentions.

Interpellés, soit sur les articles, suit sur les expressions qui avaient motivé cette démonstration menaçante, les délégués ne purent rien trouver de plus à reprendre que ces mots : « M. de Lamartine a la même confiance eii sa parole » qu'avait M. Guizot dans la sienne. M. Ledru-Rollin ne dif- » fère de M. Duchàtel que par moins de retenue dans les » instructions qu'il donne à ses agents relativement à la y) manière de s'assurer une majorité ministérielle compacte « et dévouée. » Ce rapprochement . dirent-ils . les avait profondément blessés.

Trois colonnes ne suffiraient pas pour reproduire tout un discours de plus d'une' heure, où les questions de travail, de liberté, d'ordre, de crédit furent traitées ; nous nous bornerons à rapporter que M. de Girardin ne fut guère interrompu que par ces mots des délégués, fréquemment répétés : ft On ne nous avait pas dit cela ! on nous avait dit » que vous étiez contre les ouvriers! Ah! c'est différent; » dès que vous voulez le bien du peuple... Mais on nous » avait assuré le contraire... Nous n'avions pas lu la » Presse... Nous ne savions pas que vous aviez, ce matin » encore, demandé que le gouvernement rachetât les che- » mins de fer, afin de nous donner du travail... »

Les derniers mots de ce débat, qui de la menace n'avait pas tardé à passer à la confiance, furent ceux-ci, adressés

par M. de Gir.nrdin aux délégués : « Eh bien ! messieurs, 0 maintenant (lue nous nous connaissons, et que vous dé- » clarez qu'on vous avait trompés, je compte sur vous pour » me défendre quand vous m'entendrez faussement atta- » quer... J'aurais été en droit de faire paraître demain la » Presse en blanc, avec ces seuls mots : Liberté de la « presse^ 24 février ISâS. La censure^ abolie en droit, est » rétablie en fait... Je ne le ferai pas ; je n'exagérerai point » l'importance d'une méprise et de menées déguisées... '^ Avant de nous séparer, serrons-nous la main. » ' C'est en se donnant ainsi la main que les délégués ont quitté M. de Girardin, le laissant {ilus affeimi que jamais dans celte conviction : que la raison du peuple est égale à son courage. Tout dépend de la direction qu'on sait leuidonner.

La liberté de la presse pouvait périr dans celte première épreuve, elle en est sortie triomphante ; tous les vrais républicains, sans distinction de ceux de la veille et du lendemain, s'en féliciteront.

1" nvril 1848.

Nous avions à choisir entre deux partis: l'un, qui consistait à briser notre plume et à faire paraître la Presse avec ces seuls mots pour toute rédaction :

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