‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856Chapitre 58 sur 199 · JULES CARION · texte numérisé non relu

JULES CARION

Ailleurs, dans le déparlemont de l'Aisne, un autre commissaire, joignant h cette qualité celle de candidat, adresse à tous les maires la circulaire suivante :

« Citoyen maire,

» Le commissaire général du gouvernement dans les départements de l'Aisne et de la Somme vous prévient qu'à partir de demain, 5 avril, vous recevrez le Moniteur républicain de l'Aiine et de la Somme.

» Vous aurez soin de le faire afficher dans le lieu le plus apparent de votre commune. Je vous invite à appeler l'attention de tous vos administrés sur ce journal.

» Des délégués du commissaire du département se rendront incessamment près de vous.

» Vous leur donnerez tous les renseignements qu'ils vous demanderont, et vous les aiderez dans tout ce qui pourra concourir à l'exécution de leur mandat.

» Salut et fraternité.

» Le Commissaire général du gouvernement davs les départements de V Aisne et de la Somme,

» L. BEKGERON. »

Confiance ! Et comment pourrait-elle naître quand les républicains de la veille, tyrans du lendemain, n'ont rien de plus pressé que de dépasser en un seul jour tout ce que

l'opposition avait le plus sévèrement condamné et le plus justement flétri sous le régime monarchique !

« Vous recevrez le Moniteur républicain de l'Aisne et de » la Somme! » Aux frais de qui? Comment explique-t-on que ce qui eût paru une atteinte grave à la liberté des consciences et à la sincérité des élections, sous la Restauration et le gouvernement de 1830, soit aujourd'hui considéré comme tout simple et parfaitement légitime ?

Sous ces deux gouvernements, les journaux républicains eussent-ils trouvé tout simple que des ministres, que des fonctionnaires éminents du département fissent distribuer des listes imprimées revêtues du timbre de la préfecture et portant les noms des députés à élire ? Nous avons sous les yeux une de ces listes revêtues du timbre officiel :

Liste des dix candidats républicains pour le département de la Côte-d'Or.

LEDRU-ROLLIX.

BAUXE (de la Réforme).

JAMES DE3I0XTRV, commissoire extraordinaire du gouvernement.

COPPEXS, de Beaune.

MAIRE, de Montbard.

MOXNET, ancien notaire.

joiGXEAUx, rédacteur du Chatillonnais, sous-commissaire. MOXOT, graveur.

JULES CHEVILLARD, aVOCat,

JL'LES CARiox, négociant, sous-commissaire.

Et pourquoi les commissaires extraordinaires dans les départements se seraient-ils abstenus de se recommander, de s'imposer eux-mêmes, quand l'exemple leur était donné à l'Hôtel-de-Ville de Paris, quand le maiie de Paris n'éprouvait aucun scrupule à transmettre à tous les chefs de corps une liste de candidats sur laquelle se trouvait son nom!

Confiance ! En avoir, c'est tout ce qu'on désire ; mais la confiance s'acquiert, elle ne se demande pas. Qui la mérite n'a pas besoin de la demander.

LES ELECTIONS Di: 28 AVRIL 1848. 2ol

18 avril 1843.

M. Cliauvin, éleeteur du 12® aiTondissoment, nous prie de publier ia lettre suivante, qu'il nous adresse :

« Monsieur,

« .Je lis une réclame du journal la Réforme, dans laquelle » ce dernier recommande aux électeurs du département de » la Creuse la candidature du citoyen Nadaud, ouvrier » maçon à Paris, comme « un républicain dévoué, désinté- » ressé, etc., et enfin comme un adversaire personnel de » .¥. Emile de Girardin. »

» Je suis loin de vouloir discuter ici les titres ci-dessus » du citoyen Nadaud aux suffrages des électeurs de la » Creuse; mais il est bon qu'on les connaisse tous. Or, il » en est un autre qu'on doit y ajouter : le citoyen Nadaud » est-il ou n'est-il pas communiste? Sa candidature à un » grade d'officier dans une compagnie de la 12" légion n'auy> rait-elle pas été repoussée par ce motif?

» Telle est la question que les électeurs de la Creuse au- » ront à poser au citoyen Nadaud. »

Il est parfaitement vrai que M. Nadaud s'est présenté comme candidat au grade de lieutenant sous les auspices de M. Feuillâlre, qui, lui-même, aspirait au grade de capitaine, et que l'un et l'autre ont été écartés à cause de leurs opinions communistes. Cela est exact; mais, répétons-le pour la centième fois, si les communistes doivent être dangereux quelque part, ce ne sera pas dans une assemblée où il y aura une tribune et où il leur faudra y monter pour exposer leurs théories et les moyens d'application. Donc, si les électeurs de la Creuse n'ont pas contre le candidat qui, sans avoir jamais parlé à M. de Girardin, s'en est déclaré « Vadversaire personnel, » d'autre objection que celle tirée des dangers de la présence d'un communiste dans l'Assemblée nationale, i's peuvent passer outre et le nommer.

Excluie des assemblées législatives les communistes, les

socialistes, les utopistes, ce serait recommencer la faute des régimes déchus ; il faut, au contraire, ouvrir à toutes les doctrines la porte toute grande; il ne faut pas même la fermer aux terroristes.

En nous exprimant ainsi à l'occasion de la candidature de M. Nadaud, nous prouvons par nos actions que nous ne sommes pas seulement sincère, que nous sommes conséquent.

Être conséquent! Est-ce donc si difficile? En vérité, nous serions tenté de le croire quand nous regardons autour de nous.

Entre les républicains de la veille et les républicains du lendemain, nous ne voyons guère plus de distance qu'il n'y en a sur le cadran d'une horloge entre le jour qui va finir et le jour qui va commencer, au moment où les deux aiguilles marquent 11 heures -59 minutes du soir.

Liberté de la tribune, liberté de la presse, sous le régime d'une république, ne sauraient être rendues d'un accès trop facile à quiconque croit avoir à émettre des idées de réforme puisées à la source d'un patriotisme plus ou moins éclairé.

Autrement, qu'arriverait-il ? L'Assemblée nationale ne serait bientôt plus qu'une assemblée pâle et languissante, subissant la domination des clubs.

Les clubs seraient tout-puissants.

Or, si l'on ne veut pas que la tribune des clubs domine l'autre tribune, la tribune législative, il faut que celle-ci se garde bien d'être intolérante et exclusive; loin de repousser aucune idée, aucun système, aucun parti, il faut au contraire qu'elle les attire tous à elle.

Le régime de la liberté, qu'on nous en croie, ne sera durable et pur de tout sang injustement versé qu'aux conditions suivantes :

D'offrir à tous la plus grande facilité d'arriver à la représentation nationale ;

De donner à chacun la plus grande facilité d'exprimer son opinion, soit en créant des journaux, soit autrement;

LES ELECTIONS DU 28 AVRIL 18i8. 253

De laisser la plus grande latitude au droit de discussion;

De ne négliger rien pour nous faire perdre insensiblement les inclinations militaires que nous contractons malheureusement dès Fenfance à la vue de soldats qui maneuvrent et de régiments qui paradent.

La garde nationale est une institution transitoire entre deux régimes.

Le plus tôt qu'on pourra la supprimer, et le plus tôt qu'on pourra réduire l'armée sera le mieux.

La liberté de la presse, la liberté de la tribune, la liberté de l'association constituent un ordre d'idées, un principe de gouvernement qui excluent tambours, drapeaux, mitraille.

Il faut choisir.

Si l'on préfère la mitraille, les drapeaux, les tambours, il faut renoncer h la liberté d'association, à la liberté de la tribune, à la liberté de la presse.

Force armée et liberté respectée ne sauraient vivre longtemps ensemble.

Le passé et Thistoii-e sont là pour l'attester.

Républicains de la veille et du lendemain, prenez garde de vous fourvoyer ; déjà peut-être, sans vous en apercevoir, èles-vous sur le chemin qui conduit à la guerre et au despotisme !

r^ La royauté de 1830 est tombée exactement de même que la restauration de 1815, en suivant la môme pente, en faisant les mêmes fautes, en recevant les mêmes avertissements. Ci'aignez que la République de 1848, prenant le même chemin que celle de 1791, n'ait aussi la même fin : souvenez-vous du 13 vendémiaire !

Les idées vous efTraient, les fusils vous rassurent; c'est le contraire qui devrait être en l'an P"" de la République française du 24 février 1848.

On crie beaucoup : A bas les communistes ! il serait plus sage de crier : Arriére les terroristes!

De tous les dangers qui nous menacent en cet instant su-

prème, le Cijmmunisme est le moindre ; le plus grand et le plus proche est le terrorisme.

Le communisme met en (juestion la valeur de la propriété individuelle comme insliluîionswiale, mais le terrorisme aspire h trancher les tètes sous prétexte de salut public.

Or, décapiter les hommes éminents, c'est ce qu'il y a de plus expéditif ; il s'en faut qu'il soit aussi simple d'abolir la propriété. Telle qu'elle est divisée, à l'infini, elle est beaucoup plus difficile à violer qu'on ne le croit.

Les colères bruyantes qu'on excite contre le comnmnisme ne sont qu'une adroite diversion au profit du terrorisme, suscitée par des incapacités à bout d'expédients.

Crier aujourd'hui : A bas les communistes ! c'est créer un précédent dangereux et autoriser à ce qu'on crie demain : A bas les aristocrates !

C'est à quoi tendent les terroristes.

Sous le régime de la liberté, un seul cri doit se faire entendre : Discutons!

Si l'on ne veut l'échafaud pour aucun, il faut vouloir la tribune pour tous. Autrement, la peur armée ne fera que préparer le triomphe de la violence sanguinaire ; la République de février ne sera que la seconde édition de laRépublique de septembre ; la seule chance que nous ayons d'échapper au retour des excès qui l'ont déshonorée et perdue, c'est par la liberté de la tribune, c'est par la liberté de la presse, c'est par la liberté de la pensée, c'est par le droit de discussion.

INVIOLABILITÉ DU DROIT DE DISCUSSION ! — Voilà CC qUC doit

avant tout protéger la garde nationale. C'est en demeurant fermement attachée à ce principe qu'elle restera indissolublement unie. Plus elle y sera fidèle, plus elle sera forte !

Qu'elle ne fasse pas la faute de se mettre à la suite de peureux mis en avant par les terroristes 1

Les terroristes sont petits par le nombre, mais ils sont grands par l'audace; ils excellent surtout à se servir des

armes employées contre eux; tous les moyens leur sont bons ; tous les masques vont à leur visage.

Déjà plus d'un a réussi à pénétrer dans la place et à mettre la main sur le pouvoir; ce qui se passe dans les départements le prouve assez.

Toute manifestation qui ôtera aux terroristes l'espoir de s'emparer de l'autorité ou de la garder par la violence, l'intimidation ou la surprise, sera salutaire.

C'est sous ce rapport que l'empressement de la garde nationale h tout quitter pour prendre les armes est excellent; il rassure les esprits inquiets ; il fait voir que les terroristes sont en minorité ; il montre que la souveraineté nationale n'a rien à redouter des menaces qu'ils ont eu l'imprudence et le cynisme de faire entendre.

Mais il'ne faudrait pas que la garde nationale s'armât uniquement pour la défense de l'ordre ; jamais elle n'en doit séparer la liberté.

Si elle en séparait la liberté, elle ne tarderait pas à se diviser; or, c'est ce qu'elle ne saurait trop soigneusement éviter.

La garde nationale ne doit pas se montrer moins empressée à proléger toutes les libertés qu'à repousser toutes les violences.

Que des mots vagues ou des noms propres ne lui fassent jamais trahir un grand principe ; les principes sont la seule ancre assez forte pour empêcher la République de flotter au gré du flux et du reflux de l'océan révolutionnaire.

Tant que les communistes, les socialistes et les utopistes se borneront à émettre leurs idées dans un journal ou dans un club, ils sont dans leur droit et Ton aurait tort de les en empêcher; qu'ils désirent faire partie de l'Assemblée nationale, c'est encore une affaire à vider exclusivement entre entre eux et les électeurs ; la garde nationale n'a pas à s'en mêler en tant que garde nationale ; elle n'a à se mêler d'eux que lorsqu'ils se transforment en perturbateurs et menacent par la force et la violence le gouvernement et l'ordre établis. Là où la discussion est un droit, l'insurrection n'en

saurait jamais être un : aussi, non-seulement est-ce le droit de la garde nationale de réprimer l'insurrection, mais de plus c'est son devoir.

Réprimer les tentatives d'insurrection, respecter et faire respecter l'inviolabilité du droit de discussion, c'est ainsi que nous comprenons la mission de la garde nationale sous le régime républicain.

Quant aux électeurs, ils ont une autre mission à remplir, c'est de ne choisir, pour les représenter, que les mandataires qui leur oft'rent le plus de garanties ; c'est aux électeurs à bien peser ces garanties dans l'intérêt de la liberté durable et sincère. Les électeurs de la Creuse nous rendront cette justice que nous n'avons rien fait, absolument rien fait, pour influencer leur choix, pas même pour nuire, si peu que ce soit, à la candidature de « Vadversaire personnel de M. de Girardin. »

vn.

27 avril 1848.

Demain dimanche 28 avril, à l'heure où nous écrivons ces lignes, la France électorale écrira les dix mille noms de candidats, au moins, qu'auront à dépouiller les scrutateurs des bureaux, avant que les présidents des sections aient à proclamer les noms des neuf cents représentants du peuple sur lesquels pèsera la responsabilité de l'immense tâche qu'ils auront à accomplir !

Constitution nouvelle à improviser;

Budget nouveau à établir;

Deux mois de dictature à peser; - Actes à juger ;

Intentions à apprécier;

Fautes commises à réparer;

Réformes nécessaires à introduire;

Prétentions fondées à satisfaire ;

Exigences subversives à contenir;

Abus invétérés à extirper;

Plaies douloureuses à panser;

Intérêts opposés à concilier ;

Anachronismes à effacer ;

Privilèges à abolir;

Monopoles de l'État à constituer;

Libertés à étendre;

Confiance et crédit. à ranimer;

Ruine et banqueroute à prévenir;

Décadence à arrêter ;

Démocratie à organiser ;

Passé à combler ;

Présent à déblayer;

Avenir à fonder ;

Utiles exemples ii dor.ner à l'Europe ;

Honorables mentions à mériter dans l'Histoire !

Jamais plus grande , plus laborieuse, plus difficile tache n'aura été entreprise ; n'aura exigé à la fois plus de maturité dans les idées, plus de hardiesse dans les conceptions, plus de fermeté dans les hommes , plus de nouveauté dans les moyens !

Sous ce rapport, la liste des dix mille candidats sera un précieux monument à conserver de la présomption individuelle.

De cette loterie sans pareille, où des millions de bulletins vont être jetés pêle-mêle et tirés à peu près au hasard, sortira-l-il un honnne, une idée, un progrès?

Telle est la question que nous nous adressons avec anxiété.

Nous l'avons déjà dit, l'inconnu est notre seul espoir.

Ali palais duLuxembourg, nous avons vu comment y était posé le prol)lème de l'organisation du travail ! Il désorganise la consommation, il éteint l'émulation, il encourage la paresse, il décourage la supériorité, il étouffe la liberté, il bannit le crédit, il écrase l'État, il ruine le riche, il appauvrit le pauvre, il conduit la France à l'abîme.

A l'Hôtel-de-Ville, nous avons vu les résultats de sept semaines de dictature! D'innombrables demi-mesures, pas une mesure qui fût complète, toujours des expédients, ja-

mais un principe franchement accepté, franchement proclamé, franchement appliqué.

Ce n'est donc ni du palais du Luxembourg ni de l'Hôtelde-Ville que nous devons attendre notre salut.

Plus nous avançons sur cet océan inconnu, l'océan démocratique, où nous naviguons depuis cinquante jours sans boussole et sans pilote, et plus nous nous éloignons du port; plus nous nous éloignons du port, et plus le flot des difficultés monte et grossit en même temps qu'apparaît plus manifeste* l'insuffisance de l'équipage. Imminent, le naufrage semble inévitable !

Mais non, disons-nous-le, la France est un navire qui ne peut sombrer, à quelque épreuve qu'U soit mis par la tempête.

L'abus de l'esprit et du talent nous a conduits dans une passe dangereuse , l'autorité du bon sens nous en tirera.

Le bon sens de Franklin et de Washington a fait la République des États-Unis ce qu'elle est devenue : l'une des quatre premières puissances du monde, bien que sans armée ni sans marine militaire !

Franklin, fils d'un pauvre fabricant de savon, fut d'abord ouvrier imprimeur avant de devenir chef d'une imprimerie.

Washington, avant de servir comme officier de la milice, était ingénieur arpenteur.

Espérons que les portes de l'Assemblée constituante s'ouvriront enfin à un homme de bon sens, sorti peut-être de quelque atelier.

Toute politique est simple lorsqu'elle est droite. Plus elle est droite, plus elle est grande.

Toute politique est simple lorsqu'on ne la complique pas par des rouages inutiles, des rivalités puériles, des susceptibilités mesquines, des difficultés imaginaires, des défiances injustes, des craintes chimériques.

Toute politique est facile dès qu'elle est simple. Rendonsla simple pour la rendre facile.

Le moyen de la rendre simple , c'est de la réduire à ces termes : Bon Sens et Bonne Foi.

Le Bon Sens en fera la solidité ;

La Bonne Foi en fera la grandeur.

Le moyen de la rendre simple, c'est de ne jamais mettre en contact deux principes qui s'excluent, c'est de ne pas mêler le faux au vrai sous les noms de transaction ou de transition; c'est de ne pas croiser les régimes. Les régimes qu'on croise ne produisent que des gouvernements bâtards, précaires, stériles.

L'aristocratie est un régime ;

La démocratie est un régime ;

La bourgeoisie n'est pas un régime ; elle a tous les inconvénients de l'aristocratie et de la démocratie , elle n'a aucun de leurs avantages I

Ce n'est pas le privilège et ce n'est pas le droit;

Ce n'est pas l'égalité et ce n'est pas la grandeur.

C'est la mobilité, ce n'est pas le progrès;

C'est la résistance, ce n'est pas la stabilité ;

C'est la paix armée, ce n'est pas la paix assurée ;

On n'est pas avec les rois ;

On n'est pas avec les peuples ;

C'est l'isolement!

C'est l'équilibre sur la corde raide !

Ainsi s'expliquent la situation déploral)]e de nos finances, malgré trente années de paix européenne, et le peu de solidité de deux royautés constitutionnelles renversées en trois heures, l'une après l'autre !

Liberté respectée ;

Égalité civile et politique ;

Fraternité sociale ;

Élection universelle;

Tout l'avenir de la République française est dans ces quatre lignes judicieusement comprises et traduites en faits par un homme de bon sens !

Un homme de bon sens sur 900 représentants élus par 9,000,000 d'électeurs, serait-ce donc trop demander, seraitce donc trop espérer ?

yiii.

24 avril 1848.

On s'attendait à ce qirliier dimanche les nouveaux électeurs, jaloux de l'exercice de leurs droits, et répondant à l'appel réitéré des journaux de toutes nuances, afflueraient dans les sections pour déposer leurs bulletins dans Turne. Cette attente a été grandement trompée, car c'est à peine si une faible minorité a pris part aujourd'hui au scrutin qui doit être fermé demain.

Est-ce indifférence politique ?

Est-ce manœuvre électorale?

La manœuvre, nous ne la comprendrions pas; nous comprendrions plutôt rindifférence sans toutefois l'approuver. Cette indinérence s'expliquerait par la perte absolue de tout espoir.

Sans doute la situation est éminemment grave, et les hommes qui ont le pouvoir sont loin d'être à la hauteur de cette situation ; mais un pays tel que la France ne doit pas désespérer de lui-même.

Ce serait déserter en face de l'Europe !

25 avril 1848.

C'est vainement qu'on insiste de nouveau afin que la Presse publie une liste de candidats à l'Assemblée nationale pour le département de la Seine; la Presse persiste dans la résolution qu'elle a prise de n'en publier aucune ; mais, dit-on, tous les journaux eh ont publié une, le National, la Réforme^ le Constitutionnel, le Siècle, le Journal des Débats, la Démocratie pacifique, le Représentant du Peuple, etc., etc., etc.

Raison de plus pour que la Presse ne veuille pas accroître cette confusion de listes. La confusion est assez grande déjà ! Mais, reprend-on, comment se décideront les abonnés et les lecteurs de la Presse, si leur journal s'obstine à ne

pas vouloir leur servir de guide dans ce labyrinthe? — De la manière la plus simple: —parle seul exercice de leurraison ; ils n'auront qu'à jeter les yeux sur toutes les listes qui se distribuent et qu'à en détacher les noms les plus sympathiques à leurs convictions; si un seul nom les résume toutes, ils ont le droit de n'écrire sur leur bulletin qu'un seul nom ; rien n'oblige de mettre 34 noms ; rien n'oblige d'écrire d'autres noms que ceux des candidats que l'on connaît et dont on considérerait comme utile la participation aux délibérations de l'Assemblée nationale; rien n'oblige d'assumer sur soi la responsabilité de l'élection d'un inconnu ; mieux vaut incontestablement ne pas exprimer son vote que de le donner au hasard. On le voit donc, la publication de toute liste de candidats dans la Presse est parfaitement inutile ; elle ne servirait qu'à faire tomber le journal dans le double écueil des préférences et des exclusions.

En résumé, ce qui importe, ce n'est pas de faire sortir de Turne électorale tels noms secondaires; ce qui importe, c'est de réunir la masse de voix la plus imposante sur les deux ou trois noms les plus significatifs.

Les noms significatifs n'ont pas besoin d'être indiqués; ils s'indiquent d'eux-mêmes, soit qu'on veuille les adopter ou les exclure.

25 avril 1848.

ANARCHIE : Tel est le cri que pousse ce matin le National l ESCLAVAGE : Tel est le nom que donne ce matin le Peuple Constituant au vote passif des ouvriers! On lit dans le Peuple Constituant :

AUX OCVRIEKS.

« Etes-vou5 ou n'êtes-vous pas libres? Etes-vous ou n'êtes-vous pas citoyens? Etes-vous ou n"ètes-vous pas hommes?

» La première fois que vous exercez votre droit politique, on vous assemble d'autorité, on vous met dans la main une liste que vous n'avez ni discutée, ni même pu lire, et l'on vous dit impérativement : Jetez cela

dans l'urne. On fait cTe vous une machine à élections, je ne sais quoi de semblable au singe de la foire dressé par des bateleurs à tirer des billets du fond d'un bonnet.

» Est-ce pour cela que vous combattiez sur vos barricades ? Est-ce là e prix que vous entendiez retirer de votre victoire ? Vouliez-vous reconquérir votre dignité, votre liberté, ou seulement changer de maîtres ?

» Hier on vous proclamait souverains, aujourd'hui on vous traite comme des serfs qui ne doivent avoir d'autre pensée, d'autre volonté que celle de leur gracieux seigneur. Il notifie ses commandements, on y obéit les yeux fermés, et tout est dans l'ordre.

» Comprenez-vous maintenant, ouvriers, comprenez-vous où l'on vous mène? Vous êtes déjà moins libres que le soldat ; car si le soldat est soumis, comme tel, à une discipline rigoureuse, comme citoyen, il dispose de soi, il ne relève que de sa conscience.

» Et ne vous y trompez pas, vous n'êtes qu'au commencement. Dans le système qu'on vous vante^ nulle place possible pour la liberté. Sous la main de l'État chargé de pourvoir aux besoins si nombreux, si complexes de l'homme en société, vous ne pouvez être que de purs instruments passifs. Sans cela, comment l'État accomplirait-il sa fonction de protecteur universel ? Il s'agit de la vie de tous : l'État, pour l'assurer, pour en être responsable, doit avoir sur chacun un pouvoir absolu.

» A chacun donc sa tâche quotidienne déterminée, quant à sa nature et à sa durée, par les directeurs souverains du vaste atelier national. Comme ils règlent les produits, ils en règlent les dispositions : ces deux termes s'appliquent l'un à l'autre. Que reste-t-il de libre à celui qui produit selon qu'on lui ordonne, qui consomme selon qu'on lui permet ? Que devient l'homme au milieu de tout cela? Non, ce n'est pas le travail qu'on organise, mais I'esclavage des travailleurs. Pourquoi l'abo'ir dans les colonies si l'on voulait l'établir en France, et sous de plus durei conditions ?

f> Ouvriers, voilà ce qu'on vous propose: à vous de voir si vous l'accepterez.

» LAME>"XAIS. -)

On lit dans le National :

« On nous écrit d'Alger :

« Un sieur Couput vient de débarquer ici, et se disant commissaire » muni de pouvoirs extraordinaires, illimités, qui lui auraient été donnés » par le ministre de l'intérieur, pour procéder à toutes espèces de chanï goments, réformes, mutations, etc., dans le personnel des administra- » tions civiles et militaires de l'Algérie, et pour diriger les élections.

«La nouvelle en était si peu attendue que, tout d'abord, personne n'a » voulu y croire. Comment, d'ailleurs, admettre que le ministre de l'inté- » rieur puisse déléguer des pouvoirs, et des pouvoirs de cette nature, dans » un pays qui est sous les ordres immédiats du ministre de la guerre?

» Le gouverneur-général a été, dit-on, non moins surpris que la popu-

» lation. Aucun ordre du gouvernement, aucun avis du ministre duquel » il relève ne lui avaient donné avis de cette étrange mission.

» Il y a vu là un tel manque d'égards, une telle marque de défiance, » qu'il a écrit immédiatement pour qu'un successeur lui fût donné. Le di- » recteur des affaires civiles a pris la même résolution. Tout le monde est » indigné ; tout le monde se demande s'il y a parti pris de bouleverser, » de ruiner l'Algérie. C'est la confusion des pouvoirs. C'est I'anar-

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