‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856Chapitre 66 sur 199 · TROP OU TROP PEU · texte numérisé non relu

TROP OU TROP PEU

Il en devrait èlre des destitutions comme de la décollation ; elles devraient avoir lieu du premier coup; pourquoi s'y prendre ii deux fuis? Pourquoi, par exemple, le 17 avril, décréter que M. Barlhe, premier président de la cour des comptes, est suspendu de ses fonctions, et, après l'avoir ainsi suspendu, rendre le 1®'' mai un décret qui le révoque ? Pourquoi ne l'avoir pas tout de suite révoqué le 17 avril? Que signifie cette étrange façon de procéder? Sontce des opinions politiques qu'on frappe? Sont-ce des rancunes qu'on satisfait ? Sont-ce des exigences qu'on subit?

Nous comprenons tout, même la proscription, mais encore faut-il qu'elle ait de la grandeur !

Nous sommes pour les grandes idées ;

Pour les gi'andes questions:

Pour les grandes œuvres ;

Pour les grandes solennités ; -

Pour les grandes entreprises ;

Pour les grands travaux.

Nous n'aurions donc que des éloges à donner au décret qui prescrit que le palais du Louvre, prenant le nom de palais du Peuple, sera achevé et que la rue de Rivoli sera continuée d'après le môme plan , si une disposition essentielle ne manquait à ce déciet : celle réglant les voies et moyens.

La Républi(iue du 24 février 1848 tombe ici dans la même faute que le gouvernement du 29 juillet 1830; elle méconnaît le plus important des principes financiers, celui qui veut qu'en dehors des services publics, aucune dépense no puisse être entreprise sans (ju'il soit déterminé comment il y sera pourvu.

Ce ne sont pas les décrets qui coûtent! Il est facile d'en luire. Ce ne sont pas les décrets qui ont manqué sous la première République ! — Ce qui a manqué : c'est Targent pour tenir toutes les promesses faites et exécuter tous les projets conçus.

4 mai 1848.

La révolution du 24 février 1848 a été la contrefaçon de la révolution du 29 juillet 1830 ; l'une et l'autre ont été l'œuvre de quelques heures et de quelques pavés ; le même aveuglement a amené la même chute ; les mêmes causes ont produit les mêmes effets. C'est ce que nous ne saurions répéter trop souvent afin d'empêcher, si cela est encore possible, la République de février 1848 de n'être, elle aussi, qu'une seconde édition de la République de septembre 1792.

Gomment n'aurions-nous pas cette crainte, lorsque nous étudions attentivement les faits dont nous voyons se développer le germe? La première révolution, inaugurée au nom de la liberté, a abouti à la confiscation de toutes les libertés et au despotisme militaire ; la dernière révolution n'a déjà plus qu'un pas à faire pour marcher sur les traces de son aînée.

Une légion dite franco-italienne est formée et se préparc à franchir la frontière pour prendre parti en faveur de l'Itahe contre l'Autriche.... C'est l'incendie européen dont on laisse allumer la jjremière étincelle.... Pour nous, vaincus, ce serait la perte de notre nationalité; vainqueurs, la perte de nos libertés !

Ce fait éminemment grave demeure inaperçu. Nul ne songe h le relever ! Qui donc y songerait ?

La grande affaire du jour, n'est-ce pas le triomphe remporté par la tendance que représente M. de Lamartine sur la tendance que représente M. Ledru-RoUin? La grande affaire du jour, n'est-ce pas la réélection d'un certain nombre de députés de l'ancienne Chambre ? La grande affaire du jour, n'est-ce pas de savoir si nous aurons un président ou trois consuls, deux Chambres, comme aux États-Unis, ou une seule Chambre ? La grande affaire du jour, enfin, n'est-ce pas de chercher quelle Constitution la France contrefera ?

Mais, il y a trois mois, est-ce que vous n'aviez pas une majorité compacte de 100 voix, disciplinée par MM. Guizot et Duchàtel, deux Chambres, deux principes : — l'inviolabilité royale et la responsabilité ministérielle empruntées à la Constitution anglaise'? Eh bien! où cela vous a-t-il conduits, et de quels dangers cela vous a-t-il préservés?

Si une Charte, deux Chambres, un roi, neuf ministres, une majorité compacte, une armée considérable, etc., etc., tout cela réuni a succombé au premier choc, ne voyez-vous donc pas que les questions sont ailleurs que là où vous les posez '?

Retenez bien ces paroles : La (piestion de l'avenir et de la liberté n'est pas dans la Conslilulion qui sera promulguée ; elle est toute entière dans la conservation ou dans la rupture de la paix.

Si le gouvernement provisoire ou définitif est assez aveugle, ou assez f;uble pour tolérer qu'il soit porté à la paix la plus légère atteinte, et pour fournir un motif de guerre contre la France, préparez-vous à une nouvelle édition du passé. La guerre, c'est le despotisme ; seule la paix c'est la liberté !

Quiconque veut sincèrement la liberté doit donc vouloir feimement la paix.

11 faut être logique.

13 mai 1848.

Le gouvernement, qui est à bout d'expédients, ne sachant comment" ranimer le crédit par la confiance, et le travail par le crédit, va « enfouir dans la guerre le secret de sa crimi- » nelle incapacité. »

Il change le caractère de la révolution du 24 février : de pacique et sociale, il la rend guerrière et politique !

Au lieu de la liberté à coups d'idées , il va faire de la liberté à coups de canon !

Déjà une fois, sur le champ de bataille, nous y avons laissé la nôtre ; nous l'y laisserons encore.

Trahison! trahison!! car c'est le nom que mérite toute impuissance présomptueuse.

Peuple! que t'avaient- ils dit? Us t'avaient dit que le sort du travailleur était à plaindre et qu'il fallait l'améliorer! Que la mortalité épargnait le riche et s'abattait sur le pauvre I Ils s'indignaient à la pensée de te voir si mal vivre !

Que font-ils? qu'imaginent-ils?

Ils imaginent de te faire tuer.

Ne crois pas que ce soit pour secourir l'Italie ou la Pologne, deux noms avec lesquels on abuse ta générosité.

C'est pour se débarrasser de toi, dont ils ne savent plus que faire; c'est pour échapper à la responsabilité de leur impuissance ; c'est pour faire perdre les traces de leurs dilapidations; c'est pour avoir un prétexte de suspendre toutes les libertés publiques, à commencer par la plus importante, par la liberté de la presse; c'est enfin pour avoir un éditeur responsable de tous les désastres qu'Us n'ont pas su empêcher et qu'ils ont aggravés !

On rejettera tout sur la guerre.

Et la multitude irréfléchie répétera : — Oui, c'est la faute de la guerre.

Ils le savent, et ils y comptent.

Dans cette Assemblée composée de neuf cents membres,

,est-ce qu'il ne s'y trouvora donc pas un ennemi de la guerre, un défenseur de la liberté, qui monte à la tribune, l'histoire du Consulat, de l'Empire et de la Restauration à la main, et qui leur dise : Aveugles, ne voyez-vous pas que vous nous ramenez en arrière? Ignorants, ne savez-vous pas qu'il n'est qu'un moyen, mais il est infaillible, de secourir efficacement la nationalité italienne et la nationalité polonaise, c'est de fonder sur le bien-être populaire, sur l'allégement de l'impôt, sur le développement du crédit, sur la suppression des abus, sur le choix exclusif des plus capables , la République française ?

Le bruit s'est répandu de nouveau que l'armée des Alpes avait franchi la frontière. Ce qui nous ferait croire à la vérité de cette nouvelle, c'est que le Moniteur l'a niée intrépidement plusieurs fois, et notamment dans son numéro du 7 mai 1848.

On ajoutait qu'une levée de 200,000 hommes de dix-huit à trente ans allait être décrétée.

Ainsi, pas une faute du passé, pas un de ses crimes ne seront évités !

Les répubhcains, à bout d'idées et d'expédients, ce qui n'a pas été long, veulent la guerre !

Us la veulent à tout prix !

Aussi payent-ils pour qu'on crie : Vive la Pologne !

Notre cri à nous est tout autre.

Le voici :

Guerre à l'incapacité qui veut la guerre !

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