‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856Chapitre 73 sur 199 · EXPOSÉS DES MIMSTRES. — AGRICULTURE. — TRAVAUX PUBLICS · texte numérisé non relu

EXPOSÉS DES MIMSTRES. — AGRICULTURE. — TRAVAUX PUBLICS

11 mai 1848.

Voici donc un ministre qui ne craint pas ^e dire la vérité sur son département! c'est le ministre de l'agriculture et du commerce. Après avoir déclaré que le plus grand mal n'est pas dans le chiffre trop faible des allocations de son budget, il s'exprime ainsi :

« Là n'est pas le plus grand mal. Le mal est surtout dans le titre quasi mensonger donné au dépai'tement ministériel dont je m'occupe. Ce litre trompe le peuple. Il semble créer au ministre des devoirs que celuici ne saurait remplir, puisque l'initiative des mesures indispensables lui est,- dans la plupart des cas, absolument déniée.

» Ainsi, le ministre de l'agriculture peut bien faire distribuer plus ou moins utilement des primes ou des médailles-, il peut souscrire à des recueils ou à des ouvrages agricoles, et les distribuer ; il lui est loisible d'améliorer, dans une mesure toutefois fort restreinte, les races d'animaux domestiques ; il exerce le droit de donner l'instruction agricole à ses divers degrés ; enfin le commerce et la libre circulation des subsistances sont dans ses attributions.

» Mais la viabilité et la police rurale; les landes et les marais communaux, les seuls sur lesquels le gouvernement ait une action, le régimedes étangs •,1a défense et la conquête des terrains voisins, torrents et rivières; j'irrigation, même la plus modeste; la police des petits cours d'eau ; les syndicats qui s'y rapportent ; l'assainissement des terres, tous ces objets, les plus importants pour le progrès agricole, échappent à l'administration de l'agriculture. La plupart relèvent du ministère des travaux publics, et d'autres du ministère de l'intérieur.

» Je pourrais parler des forêts, du reboisement et de la plantation des terrains en pente, et même de la culture des tabacs ; ces objets d'une si wrande import:ince agricole sont fiscalement rattacbés au département des finances ; mais je veux épargner les moments de l'Assemblée. Je m' abs-

tiendrai donc également de parler des douanes, dont le ministère du commerce n'a que la partie spéculative, au grand pi'éjudice des vrais principes de la protection, dont le développement se fait mal sous l'influence dominatrice d'une régie purement financière. Je n'aborderai pas davantage la question des consulats.

>• Ces institutions commerciales sont exclusivement administrées par le ministère des affaires étrangères ; aussi est-ce sous le couvert, et en quelque sorte avec le bon plaisir de ce département que le ministère du commerce s'occupe, sans autorité aucune sur les consuls, de nos relations commerciales dans les pays étrangers.

» Cette situation si incomplète est déplorable; elle est très fâcheuse pour le pays ; le ministère ne fait pas, parce qu'il ne peut pas, et les autres départements agissent peu, parce que chez eux ce qui se rattache à l'agriculture n'est que secondaire. »

Des réflexions qui précèdent et qui sont paifaitemenl justes, la conclusion qu'on doit tirer, c'est que le département de l'agriculture et du commerce, ne formant pas lui-même unité ministérielle, devrait être supprimé ; l'agriculture et le commerce, nous en sommes fermement convaincu, n'auraient qu'à y gagner. Morceler n'est pas la même chose que diviser. Dans l'atelier gouvernemental, le travail est morcelé, il n'est pas divisé; c'est précisément le contraire qui devrait avoir lieu ; il devrait être divisé et non morcelé. Pour cela, qu'y avait-il h faire? Il y a plus de dix ans que nous l'avons indiqué dans un mémoire, dont voici le résumé :

Réduire à trois le nombre des départements ministériels : 1° présidence du conseil ou ministère' dirigeant ; 2'^ ministère des finances publiques ou des recettes ; 3° ministère des services publics ou des dépenses ;

Augmenter le nombre des directions générales ;

Instituer deux degrés de responsabilité ; le ministre répond des directeurs-généraux qu'il a choisis ; les directeursgénéraux répondent des actes de leurs bureaux.

Hors de ces trois réformes , dont l'idée a été puisée dans des études administratives pratiques, on ne fera jamais qu'organiser Timpuissance, l'incohérence et la dilapidation. Plus on centralisera le travail administratif, si on ne sait pas le diviser, et plus on s'affaiblira en croyant se

fortifier. Si nos idées avaient été adoptées, la France n'en serait pas aujourd'hui où elle en est.

Centraliser pour diviser, et diviser pour centraliser, tel est tout le secret de la puissance administrative ; mais encore faut-il savoir l'appliquer! Si la République ne s'y prend' pas autrement que la monarchie, elle doit s'attendre au même sort. La réaction en amenant une autre, ce ne sera qu'une succession de chutes. Quand on a détruit ce qui existait, il faut ou innover ou rétablir; si on ne veut pas rétablir ce qu'on a détruit, il faut donc innover. Mais pour innover il ne suffit pas de vouloir, il faut savoir. D'accord. Eh bien ! que ceux qui ne savent pas se tiennent à l'écart.

Il est à regretter que chacun des neuf niinistres secrétaires d'Etat n'ait pas eu la même sincérité que M. le ministre de Tagriculture et du- commerce ; un grand pas serait fait dans la voie de la simplification de l'appareil gouvernemental, qui est à ce qu'il devrait être ce que l'ancienne machine de Marly est à la machine à vapeur qui l'a remplacée.

Ce qui précède est tout ce que nous croyons utile de dire de l'exposé présenté par M. le ministre de l'agriculture et du commerce, car cet exposé ne renferme rien de plus que l'énumération des questions dont le ministre annonce qu'il a ordonné « Vétude. »

Quand la saison des solutions viendra-t-elle donc? Voilà cinquante ans que tous les ministres qui se succèdent mettent à l'étude les mêmes questions sans en résoudre aucune. Ce serait de la dérision, si ce n'était pas de l'impuissance.

Ne nous étonnons pas de la périodicité des révolutions ; elle s'explique, en France, par la stérilité des ministres.

Quant à l'exposé présenté par M. le ministre des travaux publics, ce n'est qu'un plaidoyer où le gouvernement provisoire essaie de justifier la nécessité et la dépense des ateliers nationaux. On y trouve cet aveu :

« L'ouvrier y a pris des habitudes qui lui rendront plus pénible peutêtre le retour au travail sérieux. »

^ajÉsatetassÊOÉÊÊmaÊ^ÊBÊami^s^

Les circonstances étant données, le 25 février, ne pouvait-on imaginer rien de mieux que cette dispendieuse contrefaçon des premiers jours de 1830? Nous persistons à croire que cela n'était pas difficile ; c'est faute d'esprit de décision, qu'au lieu de franchir le fossé, on est tombé dans le vide creusé par la chute du trône.

Comment en sortira-t-on ? — Si le crédit tarde à se réta blir, que fera-t-on de cette armée de 73,000 soldats que la misère a enrôlés sous le drapeau des ateliers nationaux? Où puisera-t-on l'argent nécessaire à son entretien ?Pourrat-on la licencier ? Tel est le sort des fausses mesures ; elles ne résolvent pas les difficultés, elles les ajournent ; souvent elles les aggravent.

La rougeur nous monte au front, lorsque nous pensons qu'à une époque où la civilisation a la prétention d'être si avancée, et dans un pays où il reste encore tant de gi'ands, d'utiles et d'urgents travaux à accomplir, 130,000 bras ont été employés, pendant dix semaines, à retourner de la terre pour la peine de la retourner !

Que l'on calcule ce que représentent de journées de travail perdues 130,000 bras constamment employées ainsi pendant 73 jours ! — Cela représente plus de cinq millions de journées.

Et qui a donné au monde un si triste spectacle? — C'est une révolution ayant pour cri de ralliement ces mots : Organisation du travail.

En serait-il donc des révolutions comme des batailles? De même qu'on dit : bataille perdue, bataille gagnée, devrait-on dire aussi! révolution gagnée, révolution perdue?

En vérité, on serait tenté de le croire quand on regarde où en est aujourd'hui la Révolution du 24 février!

Pourquoi, dès le lendemain, n'avoir pas équitablement décidé la question des chemins de fer? Pourquoi ne l'avoir pas tout de suite, et sans hésiter, élevée à la hauteur d'une grande mesure de sûreté et de puissance nationale? Pourquoi en avoir, après vingt tergiversations, réservé la solution à une assemblée de neuf cents représentants, la plupart

inexpérimentés, et qui, fussent- ils tous éclairés, seront moins propres encore à la débattre et à la décider qu'un pouvoir revêtu temporairement de l'autorité dictatoriale ? C'est là une faute, une irréparable faute. Le différend était facile à vider entre l'intérêt public et l'intérêt privé. Il suffisait que le gouvernement provisoire fût juste. Si le différend était difficile à vider, ne le sera-t-il pas infiniment plus encore par une commission improvisée en présence d'un ministère intéi'imaire?

On aurait cherché les complications que l'on ne s'y fût pas pris autrement !

Comment concilier une impuissance si manifeste avec les dernières lignes de l'exposé du ministre des travaux publics ?

« La République est la formule la plus énevjique du progrès ; elle ne vivra, elle lie se fortifiera que par le progrès. »

Les républicains de la veille, nous les en avertissons, n'ont pas un instant à perdre, s'ils ne veulent pas que cette sentence ne soit vraie dans ses deux acceptions, et comme maxime, et comme condamnation.

P. S. Cet article était composé quand la liste définitive de la composition suivante du cabinet républicain nous est parvenue ; jusqu'au moment où il en a été donné communication à l'Assemblée nationale, nous avions refusé d'y croire; il n'est plus permis maintenant d'en douter; la révolution tournant au grotesque, on comprendra que nous ne donnions pas suite à un travail sérieux.

Affaires étrangères : M. Bastide ; sous-secrétaire d'Etat, M. Jules Favre ;

Intérieur : M. Recurt ; sous-secrétaire d'Etat, M. Carteret;

Justice : M. Crémieux ;

Instruction publique : M. Carnot; sous-secrétaire d'Etat, M. Jean Reynaud ;

Guerre : par intérim, M. Charras; .

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Marine : le vice-amiral Casy;

Agriculture et Commerce : M. Flocon;

Finances : M. Du clerc;

Cultes : M. Bellimont ;

Travaux publics : M. ïrélat.

On ne discute pas ce qui n'est pas sérieux; les circonstances sont trop graves pour que nous ne nous attristions pas profondément d'un tel ministère.

12 mai 1848.

Comme la France manquait d'hommes éminents pour former un cabinet composé de neuf ministres, qu'a-t-elle fait ?

— Elle a réduit le nombre des ministères.

Non; c'eût été d'un bon sens trop vulgaire ; elle l'a augmenté; la monarchie se contentait de neuf ministres, la République en aura dix !

La République aura un ministre spécial des cultes !

Cela était nécessaire, indispensable, inévitable.

Pourquoi ?

Parce que M. Carnot, en tête de l'exposé qu'il a lu à l'Assemblée nationale, avait dit : «Le gouvernement provisoire, » en RÉUNISSANT l'administration de l'instruction publique » et des cultes, a surtout voulu annoncer et préparer la fin » des regrettables dissenliments qui divisent depuis long- » temps l'Université et le clergé. »

Si la République ne se fût pas donné un démenti, elle eût été inconséquente. Il y a deux mois qu'elle n'est appliquée qu'à se contredire.

— Mais non, ce ministère n'est pas trop « mauvais! » les membres dont il se compose sont assez « modérés ! »

— Modérés ! que signifie, je vous prie, ce mot qui fait le fond de toutes les conversations politiques depuis deux mois ?

Est-ce que, lorsque vous vous embarquez au Havre pour New- York, vous vous informez si le capitaine du navire est modéré ? Non, vous vous informez s'il est habik, s'il sait naviguer.

Finissons-en donc avec les mots qui nous trompent et qui nous perdent.

Un ministre qui passe pour modéré et qui est inhabile sera cent fois plus dangereux et fera cent fois plus de mal qu'un ministre qui serait habile et passerait pour n'être pas modéré.

En politique, le mot modéré n'exprime rien.

MM. Duchâtel et Guizot étaient assurément des esprits modérés ; voyez où leur modération a conduit la royauté !

Tout ministre , par cela seul qu'il est habile, est modéré. L'habileté exclut la violence, mais la modération n'implique pas Phabileté.

Presque toujours les hommes que l'on décore du nom de modérés sont des caractères indécis.

Ce qu'on devrait appeler Indécision, on l'appelle Modération.

Grâce à cette erreur de nom, soit que l'on renverse les trônes, soit qu'on les rétablisse, c'est toujours ITndécision qui règne et l'Inhabileté qui gouverne.

On le voit bien !

Rien d'ailleurs de plus facile à expliquer :

L'esprit ferme est à l'esprit qui ne l'est pas ce que le lingot qui plonge est au liège qui flotte.

Tant pis pour le lingot ! Pourquoi n"a-t-il pas la légèreté du liège ?

D'un homme qui a des idées et qui y tient, on dit : Il a Ses idées, et cela suffît pour qu'on l'exclue.

D'un homme qui a de la fermeté dans le caractère, on dit : Il est absolu, et cela suffit pour qu'on l'écarle.

La faveur et la confiance d'une Assemblée ne s'acquièrent qu'en flottant a sa surface.

Le bon sens a contre lui sa pesanteur.

Cela est vrai partout, mais surtout en France ! Elle est ainsi faite !

Pareille à ces cavaliers timide^ quin'ont de confiance que sur les chevaux qui n'ont plus de jambes , la supériorité l'effraie , mais la médiocrité la rassure. Elle aime mieux être ruinée par un ministre indécis que d'être enrichie par un réformateur résolu.

Etre impuissant. cVst là ce qu'on appelle être modéré !

Pauvre France ! elle ressemble à ces blessés qui aiment mieux mourir de'la gangrène que d'être sauvés par l'amputation, et qui n'ont qu'une peur, celle du chirurgien!

Nous avons les inconvénients de la République ; ces inconvénients sont graves : — difficulté de trouver du travail; impossibilité de se faire payer par ses débiteurs, ses locataires, ses fermiers; perte de 40 0/0 sur son actif, etc.; ayons-en donc au moins les avantages. Quelle nous serve à supprimer les abus 1

Ce n'est pas une guerre partielle et individuelle aux cumulards qu'il faut faire ; il faut demander que l'état nominatif de tous les fonctionnaires qui reçoivent deux ou plusieurs traitements, à quelque titre que ce puisse être, soit déposé sur la tribune de l'Assemblée nationale, imprimé et distribué.

Les républicains s'étonnent que déjà le peuple ne croie plus en eux ; ils ont un excellent moyen de reconquérir sa confiance qu'ils ont perdue.

Lequel?

C'est de prouver la sincérité de leurs convictions par le désintéressement de leur conduite ;

C'est de ne pas se jeter, comme ils le font, sur toutes les sinécures ;

C'est, après avoir tant crié contre ceux « qui s'engrais- » sàient des sueurs du peuple, » de ne pas se désaltérer à la même coupe ;

C'est de ne pas donner plus longtemps le triste spectacle de vanités grotesques ;

C'est de renoncer à tout cumul ;

M^eBÊÊÊBSÊSsm

C'est d'opter entre le titre rémunéré de représentant du peuple et Texercice rétribué de toute autre fonction publique.

Il y a aujourd'hui une raison de plus en faveur de l'incompatibilité que sous le dernier régime : ce sont les 25 fr. que reçoivent les représentants du peuple et que ne recevaient pas les députés.

Messieurs..., je me trompe, c'est Citoyens qu'il faut dire ; soyez donc quelque peu conséquents, si vous voulez qu'on vous croie sincères. Le peuple vous regarde et vous juge. Que dis-je ! il vous a déjà jugés.

LA TERREUR DEGUISEE.

14 mai 1848.

Le sort de la Liberté, certainement, celui de la France peut-être, se décideront demain lundi 15 mai.

Si le gouvernement intérimaire et l'Assemblée nationale manquent de fermeté , s'ils n'ont pas le courage de répondre Paix, Crédit et Liberté à qui leur dira implicitement Guerre, Banqueroute et Despotisme, il est à craindre que la Révolution de 1848 n'ait le même sort que la Révolution de 1789 son aînée, laquelle s'est dénouée par deux invasions et deux Restaurations.

La Pologne , qu'on se le persuade bien, n'est que le drapeau sous lequel la Terreur se déguise, n'osant encore se monirer à visage découvert; c'est ainsi que le 24 février, jusqu'à midi , la République s'abrita sous le cri qui n'effrayait personne : Réforme!

Si, au lieu de ce mot de ralliement, Réforme, on eût prématurément adopté l'autre, et mis en avant le nom de République, la royauté serait encore debout.

Qui, de bonne foi, le niera '?

Aujourd'hui, que peut-on demander?

On ne peut pas demander que les droits politiques soient

rit^idllMÉ^tfÉkitaMi^^MMiHBMÉiÉaiÉÉaÊiiàâ^i^Mi^ÉÉi

LA TERREUR DEGUISEE. 319

étendus, puisque le suffrage universel n'exclut que les mineurs, les femmes et les condamnés privés de Texercice des droits civiques.

On ne peut pas demander que les libertés soient moins lestreintes, puisqu'en droit, sinon en fait, elles sont illimitées.

On ne peut pas demander que la prospérité renaisse , car le moyen de la faire renaître , c'est de s'abstenir de toute manifestation qui met Tordre en question et la confiance en fuite, qui vide les ateliers et emplit les rues.

Tous motifs, tous prétextes de manifestation populaire manquent donc.

t}ue fait-on .?

On met en avant le nom de la Pologne.

Ce nom a tous les avantages : il est vague ; il éveille de glorieux souvenirs, de généreuses sympathies. Ons'en sert: ceux-ci pour rallier tous les mécontentements haineux, toutes les présomptions évincées , toutes les ambitions déçues, toutes les passions mauvaises, toutes les espérances contraires; ceux-là, pour cacher les fautes qu'ils ont commises et se soustraire à la responsabilité des conséquences qu'ils en redoutent.

Peu importe la France ! peu importe la Liberté ! on ne songe qu'à son parti et qu'à soi.

A qui on ne songe pas surtout, c'est au Peuple, qui a toujours payé les frais de toute guerre.

La ruine et la misère ne sont-elles pas assez grandes déjà? L'agriculture ne fléchit-elle pas sous le poids des impôts? A quelles bourses l'Etat s'adressera-t-il pour avoir l'argent nécessaire à la solde des troupes ? — A la bourse des capitalistes ; il n'y trouvera que des inscriptions de rentes, des bons du Trésor, des actions de chemins de fer, des valeurs industrielles dépréciées. — A la bourse des propriétaires; il n'y trouvera que des inscriptions hypothécaires. — A la bourse des créanciers hypothécaires , il n'y trouvera que des jugements d'expropriation. — A la bourse

des banquiers ; il n'y trouvera que des acceptations protestées et des titres d'emprunt invendables.

Depuis 1789, beaucoup de choses sont changées, plus qu'on ne Finiagine.

Le principe des substitutions a été aboli. La propriété, par l'effet de l'égalité des partages, s'est divisée et morcelée jusqu'à l'infini.

Le clergé, qui avait d'immenses biens, ne possède plus que des traitements.

Il n'y a plus de couvents , de monastères ti mettre en vente ; à peine s'il reste quelques cloches à fondre.

Il n'y a pas encore d'émigrés qui, pour sauver leur tête, aient abandonné à l'Etat leur fortune. •

Le papier-monnaie, qui, en temps de paix et de crédit, vaut l'or et l'argent, en temps de guerre et de terreur n'est plus qu'une monnaie de papier, qui ne vaut pas même son pesant de cuivre.

On ne ressuscitera pas la nationalité de la Pologne, on achèvera de tuer le crédit expirant !

Mais, d'abord, est-on bien sûr que la question de la Pologne soit aussi simple qu'on la fait? Parvînt-on à arracher les débris de la patrie de Poniatowski et de Kozciusko aux mains de la Prusse et de la Russie , qu'on n'aurait tranché encore que la question de nationalité ; resteraient à résoudre et à débattre les questions non moins grav es d'égalité, de liberté , de fraternité entre les nobles et les serfs ! La Pologne est loin de nos frontières; pour arriver jusqu'à Varsovie, il faut traverser le Wurtemberg, la Saxe, la Prusse ; ces peuples, qui se souviennent de l'empire et de Napoléon, nous ouvriront-ils ou nous fermeront-ils le passage? Les traiterons-nous en alliés ou en ennemis? Vivrons-nous sur leur territoire à nos dépens ou aux leurs? Mais à quoi bon soulever ces questions ! Est-ce qu'il s'agit en réahté de la Pologne? Non.

Il ne s'agit que d'un prétexte de guerre étrangère pour

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