‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856Chapitre 87 sur 199 · GUSTAVE GILLES · texte numérisé non relu

GUSTAVE GILLES

Je n'ai jamais cru aux républicains de la veille. Aujourd'hui, que je les ai vus à l'œuvre, j'y crois moins que jamais.

Us n'ont :

Ni l'expérience qui préserve ; Ni le génie qui devine ; Ni la prudence qui retient ; Ni l'audace qui réussit.

La France en fait, en ce moment, la ruineuse épreuve. Cette épreuve lui coûte déjà plus de vingt milliards.

J'ai cru un instant fermement à la République; je n'en désespère pas complètement encore.

Le navire républicain sombre, cela est vrai ; mais le navire constitutionnel, lui aussi, a sombré deux fois. En fautil conclure qu'il était impossible que le gouvernement constitutionnel parvînt à s'établir solidement en France ? — Non.

Eh bien ! si la chute d'un gouvernement n'implique pas comme conséquence rigoureuse la condamnation de son principe, ne serait-ce pas manquer.d'impartiahté que de se montrer plus sévère à Tégard du régime constitutionnel , pour ce qui sombre que pour ce qui a sombré ?

Il faut être juste et conséquent. Je crois que je le suis, et cela sans effort, car je n'ai aucun motif qui m'engage à donner la préférence à une forme de gouvernement sur une autre.

Le seul intérêt qui dirige ma plume est l'intérêt de tous.

Je crois la République du 24 février aussi facile à fonder que le gouvernement du 29 juillet était facile à affermir.

Ce n'est pas une question de régimes ; c'est une question d'hommes.

Sans Casimir Périer, le gouvernement de 1830 allait périr en 1831 ! Casimir Périer le sauva. Après lui les hommes ont manqué au régime ; ils l'ont faussé ; ils en ont abusé ; aussi, après une durée de dix-sept années qui aurait dû le fortifier, s'est-il trouvé si faible qu'un souffle a suffi i)our le renverser.

Casimir Périer était un révolutionnaire du lendemain, car la veille du 29 juillet 1830, il n'avait nullement conspiré le renversement du roi Charles X; membre de l'opposition, il avait voulu que la Charte de 1815 fût loyalement exécutée, mais il n'en demandait pas une nouvelle !

Le régime républicain, à son tour, aura-l-il son Casimir Périer ? Ne se trouvera-t-il donc pas un républicain du len-

demain, au caractère ferme, à l'esprit droit, pour sauver la République ?

Là est toute la question.

Quant à moi, je crois qu'il serait fâcheux que l'expérience ne fût pas complète.

Il faut que tous les républicains de la veille aient donné leur mesure, afin que le retour de toute prétention de leur part soit inutile.

Si la République est destinée à disparaître de nouveau, c'est sous le poids de leurs fautes qu'elle doit tomber et non autrement.

23 mai 1848.

n y a trois jours que nous avons reçu d'un de nos abonnés, que nous ne connaissons pas personnellement, la lettre ci-dessus, signée Gustave Gilles.

Cette lettre posait nettement une question. Comme nous aimons les questions nettes, nous avons publié la lettre.

Aujourd'hui, nous lisons dans plusieurs journaux que le fait de cette publication, laquelle a eu lieu sans la participation du signataire, a suffi pour lui faire retirer le modeste emploi qu'il remplissait, emploi qui n'avait certes rien de pohtique, ainsi qu'on en jugera :

« Citoyen sous-directeur, » J'apprends qu'un employé du Comptoir national d'escompte, nommé Gustave Gilles, a, dans une lettre, insérée par le journal la Presse, demandé le rétablissement de la royauté déchue.

» Je vous invite à signifier à cet employé sa révocation.

); Le directeur du Comptoir imtiotml d'escompte,

» PAGNEKKE. «

» 23 mai 1848. »

Cet ordre a été immédiatement exécuté.

Est-ce que la République du 24 février ne se serait pas donné d'autre tâche que de justifier les gouvernements qui l'ont précédée, et contre l'intolérance desquels les républicains criaient si hautement?

Ô républicains ! est-ce ainsi que vous comprenez le pouvoir et la liberté?

Le National publie la lettre suivante qui lui est adressée :

« Paris, 24 mai 1848.

» Monsieur,

» Je ne suis pas un comparse, mais bien un homme sérieux, qui ai eu le courage de dire ce que beaucoup pensent, ce que peu de personnes osent avouer.

)) J'étais employé dans une administration publique ; le gouvernement républicain, qui a proclamé la liberté de la presse et la franchise des opinions, a exigé ma destitution.

» Est-ce ainsi que vous entendez la liberté ? N'existe-t-elle donc que pour ceux qui vous encensent ? Le pouvoir que vous représentez se sent donc bien faible, pour qu'une attaque, de si bas qu'elle parte, lui porte autant d'ombrage ?

» Je ne veux pas relever les plaisanteries (de bon goût ou non, je n'en suis pas juge) faites par vous sur mon nom; ceci n'est plus sérieux, ce n'est pas de la discussion, aussi mon intention n'est-elle pas de vous suivre sur ce terrain.

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