GUSTAVE GILLES
M. Gustave Gilles est le signataire de la lettre qui se bornait à nous poser une question, à nous demander un éclaircissement.
La Commission du pouvoir exécutif, qui s'est émue de la publication de cette lettre d'un modeste employé jusqu'à ce point de n'épargner aucune recherche pour percer l'obscurité de sa demeure, n'a rien imaginé de plus nouveau que de copier servilement l'intolérance des gouvernements monarchiques.
Républicains du lendemain, nous eussions agi autrement que les républicains de la veille.
Le National veut-il savoir ce qu'à la place de ses amis nous eussions fait, si nous eussions fait tant que de nous inquiéter de M. Gustave Gilles ?
Nous lui eussions donné de l'avancement.
Oui, nous lui eussions donné de l'avancement, afin qu'on
sût que la République honorait tous les courages, sans en excepter le courage de son opinion.
Un gouvernement n'a rien à gagner à favoriser l'hypocrisie par la terreur, ou la servilité par la faveur.
Serait-il donc vrai , comme nous l'entendons dire , que nous soyons encore en avant de deux révolutions par nos idées ?
10 juin 1848.
L'anarchie est partout; là où elle est le moins encore, c'est dans la rue.
On ne sait plus ce qui est permis, on ne sait plus ce qui est défendu.
Nous voyons bien écrits de toutes parts ces trois mots :
Liberté, Égalité. Fraternité.
Mais il est un mot qui semble avoir perdu tout sens, toute valeur ; c'est celui-ci :
Légalité!
Il n'y a plus deJois en vigueur.
Voyez ce qui arrive :
L'article 6 de la loi du 10 avril 1832 interdit à perpétuité le territoire de France aux ascendants et descendants de Napoléon ;
On n'ose pas abroger cette disposition !
On n'ose pas la maintenir !
Qu'arrive-t-il ?
Trois neveux de Napoléon siégeaient déjà à l'Assemblée nationale.
Un quatrième, le prince Louis-Napoléon, est élu à Paris.
Maintiendra-t-on l'art. 6 de la loi du 10 avril 1832 à l'égard de ce dernier, au mépris des84,000 voix qu'il vient d'obtenir?
Gela est impossible !
Eh bien ! que ferait-on s'il arrivait qu'un département nommât le comte de Chambord, et qu'un autre département nommât un des.princes de l'autre branche?
Un tel état d'arbitraire et d'anarciiie ne saurait plus longtemps durer.
La même anarchie rèene dans l'administration.
22 juin in48.
Les nominations scandaleuses dénoncées dans la lettre de M. de Boissy n'ont rien appris à personne ; cependant, cette publicité est un des plus rudes coups qui ait été porté au gouvernement provisoire, au gouvernement intérimaire, au gouvernement, enfin, des républicains de la veille!
Que de choses l'on sait et que l'on ne dit pas, retenu que l'on est par l'insuffisance des preuves et par la crainte d'ouvrir ses portes à la calomnie, lorsqu'on ne voudrait les ouvrir qu'à la vérité !
Plus les faits sont graves, et plus on hésite à les articuler !
Non, jamais le gouvernement de la France n'était tombé si bas, même dans ses plus mauvais jours !
Où va donc ce gouvernement ? où nous mène-t-il ? S'il doit nous mener à la terreur par l'excès de la misère, à un fleuve de sang par un confluent de boue, qu'il nous abrège le chemin!
Mais, est-ce qu'il sait où il nous conduit? Lui-même ne sait pas où il va !
En veut-on une preuve entre mille autres preuves ? Tandis qu'il lient enfermés depuis le 15 mai, dans le donjon de Vincennes, MM. Barbes, Blanqui, Sobrier, etc., il nomme préfets des acteurs de ce même attentat ! Ainsi vient d'être nommé à la préfecture de la Côte-d'Or, une des préfectures les plus importantes, un ex-notaire de la Haute-Saône, M. Moret de Gy, qui, le 15 mai, dans l'Assemblée nationale, s'y était fait remarquer par sa violence, et qui, par suite, a été l'objet d'un mandat d'amener décerné par un des juges d'instruction chargés d'informer sur cet attentat !
Pourquoi aux uns la prison, aux autres des préfectures?
Comment expliquer de telles contradictions, de telles inconséquences ?
Le ministre de l'intérieur, si l'on peut donner le nom de ministre aux singuliers personnages qui en touchent le traitement, le ministre de l'intérieur, interrogé, a répondu qu'il n'avait fait que céder à « l'exigence du pouvoir exécutif. »
Etrange pouvoir exécutif que celui qui se trouve placé entre des dépositions de cette nature et les scandaleuses révélations de la lettre de M. de Boissy !
LES TROIS REFORMS.
22 mai 1848.
Réforme politique ;
Réforme sociale ;
Réforme administrative.
Tels sont les trois noms qui les désignent.
Avant la révolution du 24 février, la réforme politique était représentée dans le journalisme quotidien h des degrés différents par la Réforme^ le National, la Gazette de France, VUnion, le Courrier français, le Siècle et le Constitutionnel, qui tous demandaient, il est vrai sans s'entendre aucun, la réforme électorale.
La réforme sociale était représentée par la Démocratie pacifique.
Enfin, la réforme administrative était représentée par la Presse. .
Nous nous souvenons d'une discussion engagée au mois de novembre 1847 entre le National, la Démocratie pacifique et la Presse.
Nous nous bornerons à en rappeler les conclusions.
A la Démocratie pacifique, nous disions :
« Il faut tenir compte de ce qui existe : la société est une » Minerve de trop forte taille pour sortir tout organisée du » cerveau d'aucun Jupiter. La Démocratie pacifique veut » réformer les bases de la société ; la Presse se propose,
» elle, une tâche infiniment plus modeste, elle n'aspire qu'à » améliorer les moyens de gouvernement. »
Au National, qui insistait sur l'efficacité des réformes politiques et niait l'importance des réformes administratives, nous répondions :
« Le National nous invite à lui indiquer où se cachent » les Sully et les Colbert qui remplaceraient MM. Duchâtel i> et Guizot; nous lui adressons la même question, et nous » lui demandons où sont les Colbert et les Sully que la loi » électorale de 1831 lient à la porte des deux Chambres » sans les leur ouvrir "? »
C'est le 6 et le 13 novembre 1847 que nous écrivions les lignes que nous venons de transcrire.
La révolution que nous avions prévue et annoncée dans les termes les plus formels, et si souvent réitérés, sans avoir réussi à nous faire écouter, cette révolution s'est accomplie, la Monarchie est tombée, la République a pris sa place, tout cens électoral a été aboli, le suffrage universel, enfin, a donné naissance à l'Assemblée nationale.
Quels fruits a portés la réforme sociale tentée par M. Louis Blanc? Quels fruits a portés la réforme politique accomplie par les écrivains des deux feuilles radicales?
La liberté est compromise ;
L'autorité est détruite ;
Le crédit est expirant ;
Le travail est désorganisé ;
Le commerce est ruiné ;
Le trésor public est épuisé;
L'impôt est aggravé ;
La misère, enfin, a descendu plus bas et monté plus haut.
En vérité, la révolution du 24 février, qui a mis au monde les ateliers sociaux et le suffrage universel, eût été faite pour servir de preuve à l'appui de la vérité de nos assertions et de la justesse de nos idées, qu'on ne s'y fût pas autrement pris.
Le 14 octobre 1847, nous posions au journal la Réforme cette question, demeurée sans réponse : « Si M. Ledru-Rol-