LES TROIS REFORMES
» lin sait ce qu'il y a à faire pour rétablir la France au rang » des puissances de premier ordre et alléger le poids des » charges publiques, tenir en constant équilibre la produc- » tion et la consomma lion, entretenir le travail national et » créer la vie à bon marché, effacer ces deux mots d'ex- » ploitants et d'exploités, que ne le dit-il à la tribune, que » ne l'imprime-t-il dans la Réforme ?
» Une bonne loi électorale serait une excellente chose, » sans doute, et ce n'est pas nous qui le nierons; mais quels » services rendrait le meilleur moulin s'il n'avait rien à » moudre ? »
Membre prépondérant du gouvernement provisoire, ministre indiscipliné au département de l'intérieur, dictateur de fait, M. Ledru-Rollin a été placé dans les circonstances les plus favorables pour faire sortir du principe démocratique victorieux toutes ses conséquences bienfaisantes. Eh bien ! par quelle grande mesure son génie s'est-il révélé ?
Le cens électoral, qu'on disait être l'obstacle à l'amélioration du sort .des classes populaires, n'existe plus; d'où vient donc que pas une idée applicable ne s'est encore produite, que pas un décret n"a encore été rendu qui ne fût *pas illusoire ou funeste '?
Le suffrage universel, qui devait remédier à tous les maux, n'en a encore soulagé aucun. Le suffrage universel, tel qu'il a été décrété, ne serait-il donc pas encore le bon? Y aurait-il donc deux qualités de suffrage universel? Bien qu'en réalité cela ne soit pas possible, on serait tenté de le croire en lisant l'aveu suivant, emprunté à un article de la Réforme :
« Nous avons le suffrage universel ; Paris a recueilli dans » ses murs neuf cents Solon fort capables; le peuple a tenu » sa parole de miséricorcU'e et renouvelé le bail de misère; » toutes les conditions sont bonnes, toutes les misères tran- » quilles, tous les droits patients. Pourquoi n'y a-t-il rien » de fait? Pourquoi la constitution poUtique n'est-elle pas » ébauchée? Pourquoi la question du travail est-elle relé- » guée, comme une étude académique, au comité des eu-
» nuques ? — Parce que la Chambre nommée n'est point » une assemblée sérieuse ; parce qu'elle ne comprend pas » les devoirs sévères de ce temps ; parce qu'elle est au-des- » sous, comme talent et comme vigueur, des Chambres de » la monarchie ; parce qu'elle gaspille ses heures (dernières » heures de l'espérance!) en débats personnels, en collo- » ques inutiles, en oraisons frivoles.... Oui, telle est la vé- » nté. Que ceux qui nous croiraient hostiles, nous qui souf- » frons de cette décadence, car la République est notre foi, » que ceux-là jugent. »
Ces doléances ne sont-elles pas la vérification manifeste de ce que nous avions annoncé à la Réforme et au National, quand nous soutenions, contrairement à leur opinion, que le suffrage universel tromperait l'attente de ces deux journaux? Quand nous leur disions que la loi électorale, quelle qu'elle fût, ne pourrait jamais demander au plus beau pays du monde que ce qu'il a ? Quand nous ajoutions que le National et la Réforme s'abusaient étrangement en imputant à la loi de 1831 la rareté des hommes capables, la stérilité des idées, la lenteur des progrès ?
Comment ! c'est la Réforme, c'est le journal de M. Ledru- Rollin qui déclare au peuple et avoue à l'Europe que « VAs- » semblée nationale est au-dessous, comme talent et comme » vigueur, des Chambres de la monarchie? »
L'Assemblée nationale, produit du suffrage universel, ainsi reniée par ceux qui l'ont mise au monde !
Cet aveu est-il sincère, celle déclaration est-elle exacte? C'est ce que nous n'avons point à examiner ; nqus nous bornerons à faire remarquer que l'aveu n'est pas contredit par le National ; mais ce que nous avons à demander à la Réforme, c'est le secret qu'elle a pour sortir de cette impasse, pour guérir le mal qu'elle constate ?
Si « l'Assemblée nationale n'est point une assemblée sé- » rieuse; » si « l'Assemblée nationale est au-dessous, com- » me talent et comme vigueur, des Chambres de la monar- » chie, » qu'y a-l-il à faire ? quel parti reste-t-il à prendre? Entre les trois partis qui suivent, lequel choisir :