‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856Chapitre 97 sur 199 · LETTRES DU PRLNCE DE JOIN VILLE · texte numérisé non relu

LETTRES DU PRLNCE DE JOIN VILLE

On aura J3eau décréter de bannissement les doux branches de la famille de Bourbon !

On aura beau enfermer à Vincennes les dictateurs de la République du 15 mai !

On aura beau crier à la Réaction !

On aura beau crier : Vive la République!

On aura beau railler la Presse !

Ce n'est pas cela qui donnera aux dictateurs et aux ministres issus du National et de la Réforme les idées qui leur manquent.

Ils n'en ont aucune, et ils ont toutes les présomptions : Voilà ce qui est manifeste. Voilà ce qui se traduit par la défiance générale et la misère croissante! Perdue par les républicains de la veille, la République ne peut plus être sauvée que par les républicains du lendemain.

Un fait est un fait.

Que ce fait blesse les vanités des républicains de la veille, cela se comprend facilement ; mais, encore une fois, ils ne peuvent justement s'en prendre qu'à eux-mêmes.

Si le National et la Réforme s'imaginent que nous leur faisons l'honneur de déguiser nos opinions et de cacher nos espérances, ils s'abusent étrangement.

Le jour où nous ne croirons plus que la République soit possible, nous le dirons hautement.

Pourquoi donc ne le dirions-nous pas ?

Est-ce que c'est de nos flancs qu'est sortie la République? Est-ce que nous sommes responsable de son existence devant la France et l'Europe ? Est-ce que sous le ré. gime actuel de la liberté de la presse, nous n'aurions pas le droit de dire toute notre pensée, et, si nous avions une sympathie, de l'exprimer? Est-ce que le droit que réclamaient impérieusement la Réforme et le National, sous le gouvernement déchu, serait, sous le gouvernement nouveau, refusé à la Presse'} -- '

Pourquoi supposer que nous ne sommes pas sincère ? Pourquoi donc ne le serions-nous pas ? Quel intérêt aurionsnous de ne pas l'être ? Les pilotes républicains n'ont pas

fait, ce nous semble, de telles merveilles qu'on doive craindre d'exciter le courroux populaire en exprimant la crainte qu'ils échouent, en déclinant la responsabilité de la misère qui est leur ouvrage?

Les écrivains du National et de la Réforme peuvent être tranquilles : nous ne ferons pas contre la République ce qu'ils ont fait contre la Royauté! Nous ne formerons pas de sociétés secrètes ; nous n'ouvrirons même pas de clubs ; nous ne tramerons pas de complots, nous ne soulèverons pas d'émeutes ; nous ne ferons pas de barricades ; nous n'aiguiserons aucune calomnie ; nous ne laisserons pas même échapper toutes les vérités dont nos mains sont pleines.

Pourquoi ?

Faut-il le répéter? C'est que, malgré toutes leurs fautes, les, républicains n'ont pas entièrement réussi à nous ôter tout espoir de faire vivre la République.

La République plaît à notre imagination.

Elle nous intéresse par ses malheurs mêmes.

La jeune fille évanouie qui cède à la violence peut perdre sa virginité sans perdre sa vertu. La République n'est pas responsable de l'attentat que les républicains ont consommé sur elle. Pauvre République! Elle n'est plus vierge, elle n'est pas mère.

Qu'on nous demande quelque saci'ifice que ce puisse être pour que la République soit durable, prospère, glorieuse, nous le ferons sans hésiter ; seulement, qu'on ne nous demande pas de nous condamner à l'aveuglement, sous prétexte de dévoùment !

Ce que nous n'avons pas pu faire avant le 24 février, nous ne saurions le faire après.

Nous sommes ce que nous avons toujours été :

Sincère.

26 mai 1848.

— Qu'avez- vous fait ?

— Je vous le demande.

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