LA LOI DU 26 MAI
25 mai 1848.
C'est demain qu'on doit discuter, à l'Assemblée nationale, le projet qui frappe de proscription et de bannissement à perpétuité les princes de la maison d'Orléans.
Nous devons, à cette occasion, réparer une injustice que nous avons volontairement commise, en disant que ce projet était la contrefaçon de ce que le gouvernement déchu avait fait contre la branche aînée des Bourbons.
L'initiative du projet qui prononça le bannissement contre la branche aînée des Bourbons ne vint pas du dernier gouvernement, mais bien de l'extrême gauche d'alors.
C'est le colonel Bricqueville qui présenta ce projet. Ce sont les membres de l'?xtrème gauche, ceux qu'on appelle aujourd'hui les républicains de la veille, qui l'appuyèrent avec un zèle de proscription tout à fait édifiant. Le gouvernement ne fit que s'y rallier, et, en s'y ralliant, il obtint, non sans difficulté, qu'on en adoucît la sévérité.
Le gouvernement de 1848 se montre donc beaucoup plus rigoureux que ne l'avait été le gouvernement de 1830. En cela, il faut le reconnaître, il se montre fidèle aux traditions du parti qu'il représente. Si celte attestation est de nature à le flatter, nous la lui délivrons volontiers.
M. Pages (de l'Ariége), quoique appartenant alors à l'op-
position, eut le courage de rompre avec elle sur celle question et de s'exprimer en ces termes :
« 11 n'est qu'une pensée noble , ni.ignanime , qui puisse signaler à l'Enrope la dignité de la France et la sécurité de son gouvernement. N'essayez pas de faire peur: on dirait que vous avez peur vous-mêmes ! Passez à l'ordre du jour sur les deux projets présentés contre les Bourbons ; abrogez la loi de 1816 contre la famille de Napoléon, et proiwez, par cette haute mesure de courage et de prudence, que vous dédaignez les vaines paroles, les criminelles espérances, et qu'on ne peut régner en France que par la volonté même de la France. (Très bien ! très bien !)
M. Pages, après être sorti de la carrière parlementaire, y est rentré par l'élection qui l'a envoyé à l'Assemblée nationale.
Se souviendra-t-il de ses opinions du 15 novembre 1831 ?
Peut-être siége-t-il à côté des deux Bonaparte que la loi de 1816 avait, elle aussi, « bannis à perpétuité ! »
Quelle force ce simple fait ne donne-t-il pas à ses arguments d'alors touchant l'inutilité de ces proscriptions perpétuelles que Dieu se plaît à casser si souvent dans le cours d'un même siècle !
UN MINISTRE DÉPLOMBLE.
26 mai 1848.
On lit dans la Démoo-atie pacifique :
« La Presse se tourne contre M. de Lamartine, la Presse qui a si longtemps caressé, fêté, célébré fiirers et contre tous le grand orateur, le poète inspiré. Elle lui fait payer d'avoir méconnu les immenses talents de M. E. de Girardin.
» Elle blâme fort la formation d'armées sur les frontières pour intervenir quand les peuples nous appelleront. Elle appelle cela du donquichottisme, et se prononce pour le système de non intervention absolue inventé par Louis-Philippe.
» M. Emile de Girardin a passé toute sa vie à faire des spéculations, il a la manie des spéculations. Tout ce qui ne doit pas rapporter des divi~ deitdes tôt ou tard, n'allez pas lui en parler, il ne comprend plus.
» La solidarité des peuples! un grand mot, un grand principe; mais cela ne rapporte pas d'écus ; il n'en veut pas.
» Il s'agit d'assurer l'émancipation de l'Europe ; mais cela coiite quelque argent. Périsse la liberté en Europe, pourvu que l'argent reste dans nos caisses !
» Le sentiment humanitaire manque à M. Emile de Girardin. Il eût pu être bon ministre sous la monarchie qui a pour principe l'égoïsme, il serait un MINISTRE DÉPLORABLE SOUS la République. »
De tous les journaux qui se publient, s'il en est un qui ne devait pas s'exprimer ainsi sur M. Emile de Girardin, assurément c'était la Démocratie pacifique.
Quand ce journal s'est fondé, il y a cinq ans, M. de Gi-
rardin s'est empressé d'en devenir l'un des actionnaires, en déclarant par écrit que le motif qui le déterminait à souscrire n'était pas l'espoir d'un « dividende, » mais le désir de concourir à une œuvre qui se proposait pour but l'examen des questions sociales.
La Démocratie pacifique sait parfaitement que non-seulement elle n'a jamais payé de « dividendes » à M. de Girardin, mais que celui-ci ne lui en a jamais demandé, et ne s'e^t jamais présenté à aucune de ses convocations d'actionnaires.
Lorsque M. Considérant s'est ofîert aux suffrages des électeurs pour être élu membre du conseil général de la Seine, le seul journal qui ait appuyé la candidature du rédacteur en chef de h Démocratie pacifique attaquée, raillée par le National, c'est la Presse.
Il faudrait cependant en finir une bonne fois avec ce mensonge usé jusqu'à la trame : « M. de Girardin a passé » toute sa vie à faire des spéculations. »
Lesquelles?
Énumérez-les donc !
Est-il un écrivain dans tout le journalisme qui ait fait au respect de ses idées un plus grand sacrifice ? — Un million comptant, il y a quatre mois, a été de nouveau proposé à M. de Girardin pour qu'il abandonnât la direction de la Presse et cédât ses deux cinquièmes dans la propriété. A-til accepté le miUion qui lui était ofiert à l'envi par quatre combinaisons rivales ? 11 a pensé que les circonstances étaient telles, qu'il ne le pouvait pas faire honorablement, il ne l'a pas fait.
Assez sur ce point.
Maintenant, à l'autre.
Oui, cela est vrai, la Presser constamment soutenu M. de Lamartine « envers et contre' tous » pendant dix années.
C'est elle qui, en 1840, a énergiquement prétendu que, par reconnaissance et par prévoyance, la majorité conservatrice devait le nommer président de la Chambre élective.
C'est elle encore qui l'a constamment défendu contre les