Luc, IV
2. Matt., IX, 15. Cf. Saint Paul, 2 Cor., UI, 19| Rom., VIII, 21.
sent que le péché n'est pas à la surface de son être, dans ses actions, dans ses œuvres, mais qu'il est au fond d'ellemême; et elle désespère d'être justifiée. Cette fois, le sentiment religieux lui-même est compromis : il cause dans l'âme un trouble si profond qu'on en vient à se demander si la vie chrétienne est possible, s'il ne vaudrait pas mieux s'en tenir à la vie antique, à la vie selon la nature, laquelle, à défaut de sainteté, dbnne la sérénité.
C'est dans la conscience de Luther que ce tourment atteignit son plus haut degré d'acuité. Jamais les problèmes religieux n'ont autant fait souffrir un homme. Je sens que le péché est mon être et ma substance, pensa Luther, et que sa puissance me sépare à jamais de Dieu. Que fgiire pour me délivrer du péché? Accumuler les bonnes œuvres? Mais les œuvres ne peuvent changer le fond de l'âme. Le faire n'agit pas sur l'être, le fini sur l'infini, la matière sur l'esprit.
Cet état d'angoisse dura pour Luther jusqu'au jour où il comprit, en méditant sur les paroles de saint Paul, la gratuité de la grâce. Dieu fait grâce au pécheur, non par justice, mais par miséricorde, parce qu'il est le Père ; et cette grâce toute-puissante régénère et sanctifie le pécheur. Peu importe, puisque la grâce est gratuite, qu'en elles-mêmes les œuvres soient mortes. Si je devais par moi-même mériter la grâce, c'est alors que je dévrais désespérer, puisque par moi-même je ne puis faire que le mal. Mais Dieu ne vend point sa grâce, il Jla donne par amour. J'espère donc qu'elle me sera donnée. Je croirai, et je serai sauvé. « Le juste vivra par la foi *. »
L'homme étant ainsi régénéré, ses œuvres reprennent une valeur aux yeux de Dieu. Luther ne les tient pas pour méprisables. Aux anabaptistes, mystiques exagérés qui suppriment toute forme et se déclarent prêts à donner