MORALE SANS LA RELIGION
DE l'homme seul DÉPEND LE PROGRÈS
Le grand péril social. — Possibilité des décadences ou des retours en arrière. — Prétentions orgueilleuses d'une certaine philosophie de l'histoire. — Comment il faut entendre que Dieu est dans l'histoire. — Réflexions sur la philosophie de l'histoire, par JoufTroy. — Nul plan providentiel si ce n'est la nature même de l'homme. — Vico et Bunsen. — La nature de l'homme donnée, tout suit et tout peut s'expliquer dans l'histoire. — Les généralisations tirées de la suite des faits, seules lois de l'histoire. — Analyse des divers éléments du progrès. — Moralité et lumières ne sont pas toujours en proportion. — Ce qui n'est pas perfectible dans l'homme. — Les beaux-arts et la bonté morale. — Les idées seules s'ajoutent et se transmettent. — De l'unique garantie du progrès et de la civilisation.
Nous sommes, à ce qu'il semble, à un de ces moments critiques où les esprits ordinairement
les plus calmes s'inquiètent, non pas seulement de la stabilité de telle ou telle forme politique, mais de Tavenir de la civilisation ellemême. Il y a un péril moral, si éloquemment signalé par M. J. Simon*, qui se confond avec le péril social, c'est-à-dire avec le péril de la civilisation elle-même. Quel que soit le brillant de ses dehors, les plus clairvoyants ne sont pas rassurés sur la solidité de ses fondements. Nul retour en arrière vers la barbarie n'est-il plus à craindre? Le progrès dont nous sommes si fiers ne court-il plus désormais aucun risque? Il en est qui croient que le progrès est nécessaire, soit par une loi de la nature, soit par un plan providentiel, et que rien, quoi qu'il arrive, ne peut en interrompre le cours. Mais cette foi aveugle à un progrès fatal qui s'accomplit tout seul, sans nous, et même malgré nous, n'est qu une dangereuse superstition qu'il importe de combattre. Qu'aurions-nous à faire, sinon à nous croiser les bras, même en présence de la corruption et du mal, sous l'empire de cette con-