‹ Questions de morale pratiqueChapitre 22 sur 64 · DE L ELEMENT MORAL · texte numérisé non relu

DE L ELEMENT MORAL

Définition de rélément moral. — Conséquences sociales de l'affaiblissement de cet élément. — Transfèrements d'hégémonie d'un peuple à un autre. — Nul empire stable sans les forces morales. — Perfectibilité de l'élément moral limitée à la personne elle-même. — Les plus instruits sont-ils toujours les meilleurs?— Où mènent une société les défaillances morales. — Nous ne subsistons que par un reste de vertu. — Ce qu'il y a de meilleur peut devenir le pire. — Témoignages et appréhensions des sages "de la république. — Comment, sans la morale, peuvent tourner au profit du mal tous les progrès scientifiques. — L'art des falsifications en avance sur l'art de les découvrir. — Prédiction sinistre de Mercier sur les destinées de Paris. — De l'usage des richesses. — Point de bon usage des richesses sans la moralité.

Je ne méconnais pas, on vient de le voir, le progrès des lumières intellectuelles, ni même celui des lumières morales à travers les âges ; je crois avoir fait au progrès une assez large part pour qu'on ne puisse m'accuser, sans quelque injustice, de parti pris, contre le progrès, contre la civilisation et le temps présent. Mais

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après avoir admiré du dehors ce grand et brillant édifice de la civilisation moderne, il y a lieu d'examiner s'il est aussi solide dans ses fondements que superbe et magnifique dans ses apparences. Ne lui manque-t-il pas quelque élément essentiel de solidité et de durée?

Je vais encore ici parler du progrès moral, mais à un autre point de vue que dans le chapitre précédent, où je l'ai considéré seulement dans Tordre des idées et comme une branche du progrès intellectuel. Nous avons maintenant à voir si, en dehors de la spéculation et de la science, en dehors dès idées, il y a un progrès parallèle au regard de la bonne volonté, des bonnes mœurs et de la bonne conduite. Pour éviter Téquivoque, si féconde en erreurs, de ce double sens du progrès moral, j'appellerai désormais élément moral ce qui est du domaine des volontés, des actes et des intentions, tout ce qui constitue la force morale et la vertu.

Supposez que la somme existante de malice, au lieu de diminuer, aille en augmentant au sein d'une société civilisée quelconque, pour ne pas mettre la nôtre directement en cause, qu'ad-

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