Epître xxvii
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conséquences, mauvaises ou bonnes, de leur trop grande disproportion ou de leur rapport harmonieux. Si Télément moral ne peut croître par accumulation, de la même manière que l'élément intellectuel, il peut augmenter cependant ou diminuer, mais seulement par le nombre des individus vertueux, par le nombre des hommes actuellement existant dans Tàme desquels il a son foyer pour ainsi dire, et suivant le développement, le degré de force qu'il a en chacun d'eux. Il diminue quand il ne se renouvelle pas chez le même nombre à chaque génération, ou bien qu'il perd de sa force chez les nouveaux venus sur la scène sociale.
II n'y a sécurité pour le progrès et la civilisation qu'autant que ces deux éléments soient en une certaine harmonie, qu'autant du moins que rélément moral ne demeure pas en arrière de l'élément intellectuel, et quand, au lieu de s'affaiblir, il va se fortifiant davantage à mesure que les lumières se développent. Malgré les illusions de quelques esprits trop confiants et trop optimistes, trop souvent cette harmonie manque chez les peuples, comme chez les in-
dividus. Telle était, par exemple, Terreur de Tabbé Grégoire disant à FAssemblée constituante, à la veille même des plus grands crimes, que la vertu a toujours sa place à côté des lumières et de la liberté. Combien d'individus éclairés qui sont sans force pour le bien, mous, vicieux, corrompus! Combien même qui sont d'autant plus pervers qu'ils sont plus éclairés !
Il en est des sociétés comme des individus.
Il y a des populations fort peu instruites, les populations rurales par exemple, qui lisent peu, qui écrivent encore moins, qui ne savent que fort peu ou point du tout de géographie, qui comptent sur leurs doigts, mais qui sont fortes, courageuses, honnêtes, de bonnes mœurs, tandis que, dans les grandes villes, dans les faubourgs, dans les fabriques et les usines, la corruption semble marcher de pair avec l'instruction laïque et obligatoire.
On connaît ces cartes de France où les départements] sont teintés de toutes les nuances, du blanc au noir, suivant le nombre de ceux qui savent ou qui ne savent pas lire et écrire. Dernièrement, à la tribune du Sénat, un ministre
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de rinslruction publique, grand chimiste, mais moraliste médiocre, étalait une de ces cartes où la Bretagne était marquée en noir, pour se justifier d^un jugement peu favorable qu'il avait légèrement porté sur les Bretons dans une séance précédente. Que ce ministre, ou quelqu'un de ses collègues, le ministre de la guerre ou de la marine par exemple, ait besoin d'une troupe d'hommes dévoués, courageux, fidèles, disciplinés, il les trouverait peut-être chez ces mêmes Bretons plutôt que chez des populations marquées d'une teinte plus claire. S'il y avait des cartes du même genre, avec des déparlements teintés de nuances plus ou moins sombres selon le degré de la moralité, je crois que les Bretons prendraient leur revanche et que les teintes seraient bien souvent à l'inverse l'une de l'autre, surtout depuis que l'instruction dans les écoles est telle que la donne la République. N'a-t il pas été constaté que là où il y a le plus de conscrits illettrés, il y a le moins d'accusés?
Je ne fais pas peu de cas des progrès de l'élément intellectuel, du progrès des lumières,
des sciences, de Tindustrie; mais, s'il était nécessaire d'opter, je n'hésiterais pas à donner la préférence à l'élément moral. L'honnêteté sans les lumières est un moindre péril que les lumières sans rhonnèteté.
« Nous ne subsistons, a dit M. Renan, cette fois bien inspiré, que par un reste de vertu *. » Je crois qu'il faut ajouter par un reste d'enseignement religieux qui, joint à l'enseignement moral, doit encore laisser des traces pendant quelques années.
S'il est possible qu'une société d'athées subsiste, ou, ce qui revient au même, une société de matérialistes, suivant une hypothèse célèbre dans laquelle Bayle a paru se complaire, c'est, j'imagine, à la condition qu'ils ne soient pas des athées ou des matérialistes effectifs et parfaits, et qu'il leur soit resté quelque chose de ces sentiments spiritualistes, et même religieux, dont ils se vantent par fanfaronnade d'être pour toujours entièrement affranchis.
Ces précieux restes sont aujourd'hui notre