‹ Questions de morale pratiqueChapitre 32 sur 64 · EpisLy xcv · texte numérisé non relu

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ralité. Les maîtres laïques de leur choix ont pour tâche d'en faire de petits esprits forts, qui, au sortir de l'école, insultent dans la rue le prêtre ou la sœur de charité, en attendant qu'ils fréquentent les cabarets et les clubs et s'enrôlent dans les bandes d'anarchistes qui iront à l'assaut de l'ordre social.

Je ne parle pas ici en croyant; je ne me place pas au point de vue de la foi, pas plus qu'à celui de la métaphysique ; je m'en tiens à l'expérience et à la sagesse pratique; je n'examine pas si, dans certaines âmes de penseurs et de philosophes, la morale sans la religion peut se suffire à ellç-même, si la religion en est le fondement ou bien si elle en est le faîte. Prenant la question de moins haut, j'examine l'impression causée par cette suppression de la religion et de Dieu dans les écoles primaires des villes et des campagnes. Quel trouble a dû se produire chez ces pauvres enfants quand tout à coup, par un ordre d'en haut, la rupture religieuse s'est opérée, quand la prière et le catéchisme ont été proscrits, quand le crucifix pendu à la muraille a été enlevé, quand il a été interdit au

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curé de venir désormais leur recommander, au nom de Dieu, la sagesse, Tobéissance, le travail, la bonne conduite ! Comment ne pas s'effrayer de Tautorité qu'ont dû perdre les vérités morales qui ne sont plus imposées que sur la pai'ole du maître? Comment des familles tout le jour absorbées par les rudes travaux des champs ou de l'usine, enseigneront-elles le catéchisme banni de Fécole?

Dans rimmense majorité des communes de France il n'y a pas deux hommes, il n'y en a qu'un seul, le curé, magistrat moral et religieux, comme disait M. Guizot, qui soit compétent en fait d'éducation : or le curé a été exclu des commissions scolaires; il lui a été interdit de mettre les pieds dans l'école, il en a été banni comme un pestiféré. Quelle autorité cependant peut remplacer la sienne et venir en aide à Tœuvre morale de l'instituteur? L'enseignement des devoirs, sans le nom de Dieu qui les a imposés et qui commande, pénétrerat-il bien profondément dans Tâme des enfants? Dieu le veut, Dieu le défend, nulle autre parole du maître, nul système de philosophie, ne

sauraient avoir la même prise sur Tâme des enfants. 11 restera peu de chose, j'en ai peur, de ce sec enseignement civique et moral prescrit par le programme. Qu'on se renseigne confidentiellement, comme je l'ai fait, auprès des instituteurs les plus expérimentés et les plus autorisés sur les tristes fruits de ce nouveau système d'éducation.

Tout à l'heure j'ai cité Maudsley en témoignage du péril que court la civilisation quand les progrès de la science sont séparés de la morale; j'invoque maintenant les témoignages de philosophes rationalistes et libres penseurs sur le péril que court la morale elle-même sans l'appui de l'idée et du sentiment religieux. En premier lieu je mets le beau livre, tant de fois cité, de M. J. Simon, Dieu, liberté, patrie. Qui mieux que lui dans ce livre, et dans ses discours au Sénat, a fait justice du danger, du mensonge et de l'hypocrisie de l'école neutre, c'est-à-dire de l'école sans Dieu? Si cette grande et belle cause avait pu être gagnée, elle l'eût été

par lui.

M. Janct déclare inefficaces les préceptes mo-

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raux sans les croyances religieuses*. M. Beaussire croit que la religion est le couronnement de la morale, et non son fondement, mais il tient que ce couronnement est nécessaire ".

M. Vacherot, esprit plus hardi, dans la conclusion même de Touvrage où il analyse si librement les éléments moraux et psychologiques de la religion, s'épouvante du vide que la religion en se retirant laisse dans les âmes. « C'est un vide, dit-il, qu'il est urgent de combler, mais si l'on n'a pas, comme il est trop évident, de quoi le combler, que dire de l'aveugle et coupable imprévoyance de ceux qui travaillent aujourd'hui à le faire avec tant d'acliarnemeni et un véritable fanatisme '? »

Encore moins récusera-t-on sans doute le témoignage de M. Taine qui, aussi vivement que M. Vacherot, signale le danger d'un pareil vide. « Dans toute société, dit-il, la religion est un organe précieux et naturel. D'une part, les hommes ont besoin d'elle pour penser à l'infini

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