La Morale et la loi de V histoire
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ment du respect de la loi et de la discipline, de r.obéissance au souverain, de Famour de la patrie allemande. Voilà ce qui a rendu forts les enfants de la Prusse, et non Talphabet ou la table de Pythagore, à ces jours de grand combat où se décide le sort des nations; voilà par où nous devons chercher à les vaincre à notre tour.
Il est vrai que, depuis ces victoires, les choses avaient quelque peu changé dans les écoles de la Prusse ; elles avaient aussi subi une sorte de laïcisation, à Timage de la nôtre; renseignement religieux confessionnel, mais non pas Dieu cependant, en avait été exclu. Il y a eu le règne du Culturkampf; mais ce règne a peu duré. L'habile homme d'État qui préside aux destinées de TAllemagne n'a pas tardé à se raviser; il y a renoncé, sans nulle honte de se contredire. L'empereur Frédéric III, dans la belle proclamation par laquelle il a inauguré un règne trop court pour la paix du monde, en a achevé la défaite. « Il faut, a-t-il dit, éviter qu'à force de chercher à accroître l'instruction, on arrive à oublier la mission éducatrice. Une race
élevée dans les principes sains de la crainte de Dieu et dans des mœurs simples pourra seule avoir assez de force de résistance pour surmonter les dangers qu'à notre époque d'ardente agitation économique, les exemples de la vie à outrance donnés par quelques-uns font courir à la vie collective. » Puissions-nous ne pas méconnaître nous-mêmes plus longtemps la mission éducatrice de l'enseignement populaire !
D'où vient cette haine aveugle que le clergé, tel qu'il est aujourd'hui, inspire à nos politiciens et gouvernants, au point de sacrifier tout à cette haine, même la liberté des consciences, même la paix sociale, même l'avenir de la république? Ne dirait-on pas que l'Eglise fait peser sur eux un joug insupportable? On comprendrait cette guerre et cette haine au temps des abus et des privilèges, alors que le clergé était riche, qu'il levait des dîmes, qu'il était puissant dans l'État, et aussi plus ou moins intolérant et persécuteur. Nous n'en sommes plus là; l'Église actuelle n'a ni privilèges, ni richesses ; elle n'a pas de force autre que la persuasion pour imposer ses croyances. Ceux qui
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régnent aujourd'hui, ceux qui donnent le pouvoir et les places, ce ne sont pas les jésuites, mais les francs-maçons : voilà la nouvelle congrégation, le nouveau pouvoir occulte, auquel pour avancer, ou pour se maintenir, il faut plaire.
Le cléricalisme est Tennemi, suivant une parole célèbre et malheureuse; c'est même autour seulement de cette déclaration de guerre à la religion qu'a pu réussir jusqu à présent à s'opérer la concentration républicaine. Qu'ils nous disent donc, ces opportunistes, ces radicaux, ces jacobins, quel mal leur font les prêtres? On les accuse, il est vrai, de ne pas aimer la république; peut-être, si elle les persécutait moins, Taimeraient-ils davantage; peut-être même seraient-ils républicains si la république leur laissait la liberté.
Avez-vous peur qu'ils vous demandent de nouveau des billets de confession, ou qu'ils prélèvent quelques dîmes sur vous et sur le peuple? Il ne faut pas intervertir les rôles : c'est vous qui exigez des billets, non pas de confession, mais de civisme, des attestations de républicanisme, non seulement de vos hauts
fonctionnaires, mais de débitants de tabac et même des ^rdiens de cimetière; c'est vous qui, pour faire face à vos dilapidations, prélevez des dîmes, dîmes toujours plus lourdes, sur les villes et les campagnes, de plus en plus appauvries! Enfin c'est vous, et non pas eux, qui êtes les intolérants et les fanatiques du jour, à la veille même de la célébration du centenaire de 89, c'est-à-dire de la proclamation de ces mêmes libertés que vous violez effrontément !
Si les prêtres ne peuvent plus faire de mal, que de bien ne peuvent-ils pas faire encore pour combattre la corruption, pour fortifier l'élément moral! A ceux qui veulent les repousser de la société française et les réduire parmi nous à l'état d'ilotes, ne pourraient-ils pas répondre, comme autrefois Origène à Celse qui les accusait d'agir sur les femmes et les enfants : « De quoi vous plaignez-vous? Vos femmes, nous les rendons plus chastes, plus pures, meilleures épouses, mères plus appliquées à leurs devoirs. Vos enfants, nous les préservons du vice; nous développons en eux
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de généreux sentiments. Que Celse nous montre où est le sage père, le précepteur vertueux à l'obéissance duquel nous avons soustrait vos enfants. Tout au contraire, nous empêchons les femmes d'être infidèles et fâcheuses à leurs maris; nous les arrachons à la fureur des théâtres, aux danses criminelles de la scène, aux terreurs de la superstition. Nous mettons un frein à cette jeunesse qui bondit sous les premières atteintes du plaisir, etc. »
Quelle belle et éloquente apologie! Quelle victorieuse réponse aux ennemis et aux persécuteurs du christianisme primitif! Comme elle s'applique bien aux Celses et aux persécuteurs de ce temps-cil
Pour résumer ce qui précède, j'ai d'abord déterminé en quoi le progrès consiste et d'où il dépend. La marche de l'humanité dans la voie de la civilisation et du progrès n'est pas en ligne droite, mais en une ligne singulièrement brisée. Que d'écarts sur cette route, que de zigzags, ou même que de pas en arrière qui l'éloignent du but final où elle semblait s'acheminer ! A qui la responsabilité de tous ces mou-
vements irréguliers et rétrogrades, de toutes ces fausses démarches? Elle est en nous, elle est le fait de Texercice, bon ou mauvais, de notre activité intellectuelle et morale, et non de quelque puissance supérieure et fatale qui nous pousse soit en avant, soit en arrière.
C'est nous seuls qui faisons le progrès, qui faisons le bien, comme nous faisons le mal; ce n'est pas je ne sais quelle Déité du progrès qui tantôt nous conduit, qui tantôt nous abandonne en chemin. Par notre organisation intellectuelle et morale, qui est Fœuvre de Dieu, nous sommés sans doute prédestinés au progrès; nous naissons avec une sorte de faculté du progrès, qu'il est de notre devoir d'exercer. Cette faculté du progrès n'est pas telle ou telle faculté spéciale, omise par les psychologues dans leurs théories des facultés de l'âme, c'est, pour parler plus exactement, la résultante de toutes les facultés dont nous avons été doués.
Le progrès, sauf parfois d'insurmontables empêchements du dedans ou du dehors, est donc la suite naturelle, mais non nécessaire, de ce que nous sommes. De là toutes ces intermittences et
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ces irrégularités, ces éclipses qui embarrassent si fort ceux qui veulent voir dans le progrès un fait divin ou fatal, tandis qu'il n'est qu'un fait humain. Outre sa plus grande conformité avec la suite des faits historiques, quel n'est pas l'avantage moral de cette doctrine sur celle de la fatalité du progrès? Le progrès surhumain, l'optimisme historique absolu, consacre tout ce qui arrive, dans le monde, victoires et défaites, succès et revers, et ôte aux nations la responsabilité de leurs destinées. Si tout va vers le mieux ou vers le mal, sans nous, ou même malgré nous, à quoi bon agir, lutter et combattre? La sagesse est de laisser faire le destin, de s'abandonner à ce cours irrésistible des choses. Sénèque a raison de dire : « A quoi me sert la philosophie, si le destin a tout réglé? à quoi me sert-elle encore si Dieu conduit tout » {Quid mihi prodest philosophia, si fatum est? Quid prodest si Dêus rector est * f)
Rien de plus propre au contraire à nous tenir en éveil, à soutenir, à stimuler les courages que