‹ Questions de morale pratiqueChapitre 48 sur 64 · Telle la princesse de Monaco, née de Stainville · texte numérisé non relu

Telle la princesse de Monaco, née de Stainville

modestes comme dans les plus hautes coaditions, par de faux bruits et des calomnies! J'en trouve un exemple dans les Confessions de Rousseau, où il raconte qu'il a eu toute sa vie le plus cuisant remords d'un mensonge qu'il avait fait, à quinze ou seize ans, au préjudice « de la pauvre Marion * ». Ce remords nous semble une bien juste expiation d'une faute insigne. Je ne pense pas qu'un mensonge en sens contraire, dont il se vante fort, puisse faire compensation à celui-là, quoiqu'il soit cependant plutôt digne d'éloge que de blâme. Il se loue, en eflFet, non sans quelque emphase, d'avoir menti en s'accusant d'être lui-même l'auteur d'un accident dont il avait failli être victime par l'imprudence de son camarade Fazy. Rousseau semble croire qu'il a fait quelque chose d'aussi héroïque que Desdemona, que Pylade ou Nisus, alors qu'il n'a couru risque que de quelque gronderie à son retour au logis. Il cite même en son

1. C'était une servante à peu près du même âge que lui, quMl accusa du vol d'un mouchoir qu'il avait commis luimême. En vain la pauvre fille en pleurs le supplia de dire la vérité : il persévéra opiniâtrement dans son mensonge, et Marion fut mise à la porte de la maison.

honneur ces deux vers de la Jérusalem délivrée^ où Tasse célèbre le double mensonge de Sofronie et d'Olinde, et dont il semble que Jacobi se soit inspiré dans son éloquente apologie des mensonges héroïques :

Magnanima menzogna ! or quando è il vero Si bello, che si possa a te preporre!

« Magnanime mensonge ! quand le vrai est si beau qu'il puisse t'êlre préféré I »

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