‹ Questions de philosophie morale et sociale [microform]Chapitre 10 sur 13 · TRANSFORMISME · texte numérisé non relu

TRANSFORMISME

ET

STRUGGLEFORLIFISME

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TRANSFORMISME ET STRUGGLEFORLIFISME.

La morale a aussi des comptes fort sérieux à régler avec le Transformisme ou Evolutionisme (1), et avec le Striiggleforlifisme. Règlement épineux, mais de grande importance et d'un non moindre intérêt. Je dois toutefois me borner à en présenter ici un simple aperçu.

(1) Herbert Spencer, qui a tenté d'universaliser l'hypothèse née des travaux de Lamarck et de Darwin, et les auteurs anglais et allemands à sa suite, ont substitué le mot à! evolutionisme à celui de transformisme. En tant que la doctrine s'applique à la Zoologie et à la Botanique, la dernière expression, seule employée d'abord en France, me paraît la plus convenable. Le mot de Spencer n'a pas seulement l'inconvénient de désigner déjà une doctrine ditférente, et aujourd'hui entièrement abandonnée, celle qui s'oppose à Vépigenèse (qui l'a supplantée et qui d'ailleurs est exclusivement relative à la constitution des germes et à leur mode de développement) ; en outre, par son étymologie, évolution indique le déploiement graduel et complet d'une série de changements constituant un cycle défini, telle qu'est, par exemple, l'évolution organique, allant de la conception à la mort, tandis que l'idée de Lamarck, reprise par Darwin, ne vise que le phénomène de la transformation d'un type spécifique en une autre dans des séries d'espèces dont le nombre des termes successifs n'a rien de nécessairement déterminé et est de pure contingence.

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Ce qui a fait la vogue du Darwinisme, c'est que l'esprit antireligieux, et avec lui Tesprit démocratique qui a suivi celui-ci les yeux fermés, ont vu dans cette doctrine un secours aussi puissant qu'inattendu leur tombant comme du ciel. La communauté d'origine de toutes les espèces animales, y compris l'espèce humaine, descendant d'une même souche rudimentaire par des transformations successives, n'était-ce pas là le coup de grâce porté à la Genèse, et en môme temps l'égalité politique et sociale consacrées par l'histoire naturelle? Aussi, matérialistes, athées et socialistes n'eurent-ils qu'une voix pour acclamer le transformisme ; et depuis, réunis dans une même foi scientifique par ce nouvel Évangile, ils n'ont plus formé à eux tous qu'une seule église.

Mais l'enthousiasme darwiniste du socialisme démocratique était une lourde bévue ; une nouvelle école, qui s'intitule « anthropo-sociologique », s'est donné la tâche de détruire cette illu-

sion.

La doctrine transformiste se compose de deux thèses tout à fait distinctes, et de plus très différentes quant à leur portée morale et sociale. C'est, en premier lieu, l'idée de Lamarck que toutes les espèces dérivent d'un premier rudiment commun par des séries de variations successives et gra-

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duelles dues à des variations correspondantes dans les conditions d'existence ou les milieux. Sur cette concoption est venue se grefTer celle de Darwin. Celui-ci, sans se prooccuper, comme l'avait fait son devancier, des causes de la transformation des types spécifiques, s'est posé uniquement la question de savoir quels étaient la cause et le procédé de l'élimination des espèces anciennes par les nouvelles, et de la plupart de ces dernières par quelques-unes de leurs congénères et contemporaines privilégiées.

A une telle question Darwin a trouvé cette réponse : La sélection natifrelleTésuiidini de la lutte poîir la vie ou struggle for life (l).

(1) Il est à noter, et cela ne manque pas d'importance, que l'expression anglaise de Darwin, struggle for life, est imparfaitement traduite par lutte pour la vie. Le mot struggle, dans sa valeur usuelle et tel qu'a dû nécessairement l'entendre Darwin, ne comporte pas nécessairement Tidée de lutte, c'est-à-dire l'idée dan corps-à-corps avec un adversaire, mais seulement l'idée d'un effort plus ou moins violent déployé en vue de la conservation personnelle. Le verbe to struggle veut dire, et ne veut dire que ceci : se débattre. To struggle for life, ce n'est pas lutter pour la vie, mais se débattre, se démener, faire tous ses efforts pour conserver la vie. Il me paraît intéressant de rapporter à ce propos les diverses définitions du verbe en question données dans l'excellent et admirable dictionnaire américain de la lanîfue anglaise de Noah Webster (An American dictionary of Englisk languaqe, by Noah Webster, LL. D., etc., Springfield, Mass., 1856). Je donne l'article en entier :

Strlggle, V. i. (This word may be formed on the root of stretch, right, etc., which signifies to strain ; or more directly on the same éléments in L. rugo, towrinkle, and Eng. wriggle. In Welsh, yestreiglaw is to turn).

« 1 . Properly, to strive, or to make efforts with a twisting

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TRANSFORMISME ET STRUGGLEFORLIFISME

La conception lamarckienne nous présente l'universalité des ôtres vivants sous Taspect d'une même famille dont les membres, tous issus d'un commun ancêtre, ne diffèrent entre eux, en quelque sorte, quant au rang généalogique , que comme aînés et cadets.

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