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LE DÉTERMINISME
la même manière que plonger la main dans le feu a pour conséquence la brûlure.
Le vicieux de naissance pourra dire : « Ma misère morale ne m'est pas plus imputable à crime que la misère physique du bossu par hérédité ; notre tort à tous deux est le même, c'est d'être les descendants de nos ascendants. »
Il sera permis de lui faire observer qu'entre son cas et celui du bossu il y a cette essentielle différence que son anomalie à lui, vicieux, peut être modifiée dans une certaine mesure par l'emploi de moyens moraux, par une action dirigée sur son esprit, par une impression faite sur son intelligence etses sentiments,par exemple en lui démontrant et en lui faisant ressentir les conséquences, pour lui douloureuses, de sa conduite, tandis que les remontrances, les reproches et les punitions seraient sans utilité pour redresser une épine dorsale déviée.
S'il sait raisonner savamment,au code pénal qui le frappe le malfaiteur s'avisera peut-être de tenir ce langage : « Mes actes sont la résultante mathématique de ma mentalité native et des circonstances qui m'ont entouré ; dès lors de quel droit
me punir ? »
Le code pourra lui répliquer avec toute raison : « On va tâcher d'introduiredans la composition de votre résultante une composante nouvelle capable de la modifier. Vous prenez plaisir à faire du mal aux autres ; ce mal, on va vous le faire sentir à
HE DÉTERMINISME
vous-même, pour que vous puissiez en juger par expérience intime. Peut-être que, ayant souffert, vous serez moins porté h faire souffrir, surtout s'il vous est acquis que chaque coup porté par vous au prochain aura son contre-coup sur vous-même C'est en tout cas une épreuve à tenter. »
Je le reconnais hautement, une société éclairée par la science ne doit pas agir à l'égard de ses réfractaires avec la violence aveugle de cette réactivité instinctive et automatique qui pousse tout animal, pour sa protection, à rendre coup pour coup et h se venr/er de son agresseur. Cependant il est incontestablement de Tintérêt collectif que celui qui nuit volontairement à la société dans un ou plusieurs de ses membres soit autrement traité par elle que celui qui la sert avec dévouement : à celui-ci l'admiration, l'éloge, l'honneur, la récompense, c'est-^à-dire les encouragements ; à l'autre... le traitement contraire, pour le découra-
ger.
Mme Clémence Royer, citée par M. Hamon, nous dit : « Un être humain n'est pas plus responsable de ses vertus que de ses vices ; il ne dépend pas plus de lui d'être saint Vincent de Paul que Lacennire, Régulus que Catilina, Newton ou le dernier des cuistres. » Entendons-nous : si Lacenaire a agi tout à l'opposé de saint Vincent de Paul, sans doute c'est que leurs dominantes caractérielles étaient très différentes de l'un à l'autre. Mais si le sentiment élevé qui a inspiré la conduite