‹ Questions de philosophie précédées des règles de la dissertation philosophique et suivies des sujets donnés aux concours, à la licence et au baccalauréat es lettresChapitre 114 sur 192 · DES CAUSES FINALES DANS LA SCIENCE · texte numérisé non relu

DES CAUSES FINALES DANS LA SCIENCE

sévèrement observée. La confusion est perpétuelle chez les anciens et au moyen Âge, fréquente chez les modernes ; elle n’a pas peu contribué à discréditer le principe et à le faire rejeter des savants.

La science ne doit s’occuper que des fins qui résultent de 1a nature même des êtres, sans tenir compte d’autres fins qui lui seraient suggérées ou imposées par des considérations d’ordre différent, excellentes peut-être, mais étran gères ici, comme celle d'édification ou d'impression morale à produire, celle d’une sagesse bienveillante, mais supérieure à la nôtre et différente, la nôtre étant très-bornée, très-ignorante et très-intéressée. Ainsi s'expliquent les arrêts sévères de Bacon et de Descartes, tous deux esprits très-religieux. La morale a son but, le perfectionnement de l’homme ; la religion a le sien, celui d'édifier en faisant admirer la sagesse de Dieu dans ses œuvres. Le but propre, non opposé, mais distinct de la science, est de connaître le vrai. Son moyen est d’observer, d’expérimenter, de raisonner d’après son point de vue, sans se laisser distraire de son objet et de ses procédés. Pour cela, elle doit se dégager des vues étroites , marcher librement et sans entraves, s'abstraire de toute préoccupation qui n’est pas la sienne.

2* A plus forte raison, toute finalité externe ou artificielle doit être écartée. L'utilité et les usages de l’homme, relatifs à ses besoins même les plus naturels, tout ce qui provient de son industrie, de ses appropriations ultérieures, doit être considéré comme résultat, non comme but, et ne peut entrer dans cette méthode. On a vu combien le point de vue contraire est étroit et souvent ridicule; il peut vicier toute la recherche et déconsidérer le principe; nous n’y reviendrons pas.

3® Une autre condition est relative à l’emploi de la méthode elle-même et à l’ordre de scs procédés. La science a pour objet premier et direct les lois. Ce sont ces lois qu’elle doit poursuivre et vouloir atteindre avant tout. Elle y arrive en observant la nature même des êtres et leurs conditions d’exercioe. L’observation et l’expérimentation doivent être dirigées de ce côté. Déterminer les caractères et la constitution des objets, en un mot les phénomènes, leur forme ou

les conditions physiques, telle est la tâche première du savant. La considération de la fin est ultérieure. Si elle entre elle-même dans la recherche des lois, c’est comme simple hypothèse, et elle doit être traitée comme une hypothèse. Autrement, elle fausse la méthode. Ainsi l’antériorité, dans la recherche, appartient à la nature ou à la forme , c’est-àdire à la loi, qui a le pas sur la cause finale et même sur la cause efficiente. 1° La loi, 2° la cause, 3° la fin, tel est l’ordre à suivre. La cause finale, je le répète, ne peut être introduite dans les deux premières recherches que comme conjecture ou comme hypothèse plus ou moins probable ; elle doit être contrôlée, vérifiée par l’expérience. Elle n'y apparaît nullement comme vérité certaine et résultat légitime, ayant la prétention de s’imposer aux faits et à l’expérience, et de les faire fléchir.

Si cette règle n’est pas observée, la méthode de finalité trouble et renverse l’ordre d’investigation scientifique; elle court et se précipite vers le terme. On voit s’installer à la place des faits des hypothèses qui bientôt tyrannisent la science, disputent la place aux lois les mieux établies.

Cette méthode n’est donc qu’un auxiliaire. Dès qu’elle veut devenir maîtresse, elle est un obstacle. Sans cette subordination rigoureuse, la méthode de finalité est plus dangereuse qu’utile.

4° Ce n’est pas tout, dans cette considération des fins, une grande latitude doit toujours être accordée à la liberté de la nature. Celle-ci doit être supposée se mouvoir dans un cercle plus vaste que celui où nous essayons de l’enfermer. Vouloir sans cesse ramener les irrégularités apparentes ou réelles à la loi, au type, à la fin, au dessein fixé et précis, faire tout rentrer dans un cadre tracé et limité et dans ses compartiments, c’est méconnaître l’infinie variété de la nature et de ses moyens. Les esprits symétriques et systématiques s’y complaisent; mais ces habitudes sont contraires au véritable esprit scientifique et philosophique. Ce sont les écueils à éviter.

Quant à la portée et aux avantages de cette méthode , ils sont évidents, et nous n'avons ici qu’à développer ce qui a été dit plus haut.

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