DES CAUSES FINALES DANS LA SCIENCE
1° La recherche de la fin est elle-même un but que poursuit la science, du moins dans le règne organique. Quel savant se contenterait de connaître la structure des organes d’une plante, d’un animal, sans s’enquérir des fonctions pour chacun d’eux et pour leur ensemble? En voyant une machine savamment construite, qui n’en veut connaître l’usage, aussi bien que les pièces et les ressorts ? Il en est de même des œuvres de la nature que de celles de l’art et de l’industrie humaine. (V. D. Stewart.)
Mais, je le répète, il faut laisser la nature se mouvoir librement, même avec ses caprices et ses fantaisies, car elle agit en grand, avec une merveilleuse simplicité, mais aussi une infinie variété. Se préserver desWues étroites et mesquines, ne pas oublier que chez elle la beauté s’ajoute à l’utilité, est une condition expresse pour la comprendre et lui dérober ses secrets.
2° Cette méthode est féconde comme moyen d’expérimentation ; elle fournit au savant des hypothèses lumineuses propres à l'éclairer et à le guider, expérimenta lucifera (Bacon). Par cela même qu’il sait que la nature ne fait rien en vain, que, de plus, les moyens sont en rapport avec la fin et la fin avec les moyens, cette corrélation présente à son esprit stimule et soutient son génie; elle l’anime à la recherche. S’il sait s’en servir, elle peut le conduire à des découvertes. D’une part, il cherche dans l’étude des moyens la fin en rapport avec ces moyens ; exemple : les valvules dans la circulation du sang. D^autre part, l’a-t-il découverte, elle l’aide à mieux déterminer les moyens euxmêmes et à pénétrer plus avant dans le secret de l’organisation. Il lui est plus facile de varier et de multiplier ses expériences, de les renverser, etc. L’interrogation doit être prudente (prudens interrogatio naturæ, Bacon). Mais soumise aux règles prescrites, elle sollicite des réponses qui rarement font tout à fait défaut à l’observateur habile.
3° Si déjà dans l’étude des faits particuliers cette méthode qui représente la synthèse se combinant avec l’analyse aide à pénétrer l’organisation des êtres, pourquoi ne s’appliquerait elle pas à leur ensemble ? Cette méthode est a priori sans doute ; elle est même hypothétique ; mais elle n’en est
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pas moins légitime si elle est bien employée. Ce fut celle de tous les grands inventeurs, de Galilée, de Keppler, de Leibnitz, de Newton. Descartes lui-même, qui la proscrit sous une forme, ta rétablit sous une autre, et n’en a que trop abusé.
4® Quoique la science ait pour objet le vrai, non le bien et le beau, il ne lui sera pas interdit sans doute, au terme de ses recherches, de s’élever plus haut qu’elle-même et de contempler la nature autrement que dans ses lois, comme miroir de la pensée divine dans son ensemble et son harmonie. Il semble bien que ce soit là, sinon le propre de la science humaine, son achèvement et son couronnement. La poésie et la métaphysique, au début et au milieu, seraient déplacées ; il n’en est plus de même au sommet. Là, toutes les formes de la pensée se réunissent.
QUESTION XVIII
Dq hasard. — Quelle Idée doit-on se faire du hasard et des problèmes principaux qui s'y rattachent?
I. Nous appelons hasard tout ce qui, se produisant contre notre attente, nous semble être arrivé sans cause. Mais bientôt la raison venant à réfléchir, rectifie cette idée. Elle nous dit que tout fait a une cause q u i est sa raison d’être et qu’ un fait sans cause est impossible. Pour être imprévu, un fait ne peut être purement accidentel; tout phénomène asa loi comme il a sa cause. L'arbitraire et le caprice sont exclus de l’ordre naturel. Dans le monde moral, la volonté qui est libre peut déroger à sa loi;, mais elle se détermine ou est excitée par des motifs. Ceux-ci, lorsqu'ils échappent à notre conscience, ne sont pas moins réels. — Telest.le principe sur lequel repose la science humaine et qui la rend possible. Le contingent qui s’oppose au nécessaire, lui-même est soumis à des lois. Il n’y a pas d’exception à l’axiome ; rien ne vient de rien, ni au principe de la raison suffisante.
Ainsi entendu, lehasardn’est qu’un mot de la langue humaine servant à masquer notre ignorance. Un événement, fortuit est un événement dont nous ne savons pas la cause