DU HASARD
et que, pour cette raison, nous n’avons pu prévoir. Mais cette cause ou ces causes existent et elles n’auraient pas échappé à une intelligence supérieure. Il n’y a pas de hasard dans le monde : in muwio non est casus.
Le hasard a une autre signification plus vraie. Quoiqu’il ne soit rien de positif et de substantiel, il répond pourtant à une idée dont l’objet est réel. C’est celle de l'action indépendante des causes et de la coïncidence de leurs effets. Sans doute, tout fait a sa cause. Bien que souvent cette cause nous échappe ou que nous nous méprenions sur les véritables causes, il n’y a pas d'exception au principe de causalité et le hasard comme dérogation à cette loi est absurde; mais les causes peuvent agir séparément et n’avoir aucune action les unes sur les autres. Cequi arrive à laChineou au Japon n'a pas de connexion nécessaire avec ce qui arrive à Paris ou à Londres, et si deux faits semblables se produisent en même temps sur deux points aussi éloignés du globe, c'est l’effet d'une coïncidence fortuite. Ainsi en est-il d'une foule de faits qui, rapprochés ou éloignés, n'ont entre eux aucune liaison. Qu’une pierre se détachant d'un rocher tue le voyageur qui passe, on dira avec raison que c'est un accident, car le rapport est accidentel. Qu'un enfant naisse à tel jour et à telle heure pendant que tel astre fait sa conjonction avec un autre, on ne peut en inférer aucune influence sur les événements de sa vie. Des caractères d'imprimerie jetés sans ordre amènent le nom d'un personnage célèbre, c’est par hasard. Des numéros placés dans une urne en sont successivement extraits par une main incapable de les reconnaître, il n’y a aucune raison pour que l’un deux en sorte plutôt qu’un autre; aussi cela s’appelle tirage au sort, etc.
Ainsi, les événements amenés par la combinaison ou la rencontre d'autres événements qui appartiennent à des séries indépendantes les unes des autres sont ce qu'on nomme des événements fortuits ou des résultats du hasard. — Ce qu’il y a do fondamental et de catégorique dans la notion du hasard, c'est l’indépenduice ou la non-solidarité entre les diverses séries de causes. (Cournot.) (Cf. Stuart Mill, Loqique , t. II.)