‹ Questions de philosophie précédées des règles de la dissertation philosophique et suivies des sujets donnés aux concours, à la licence et au baccalauréat es lettresChapitre 118 sur 192 · DU HASARD · texte numérisé non relu

DU HASARD

lative à l’idée du hasard et à celle de la liberté humaine. Nous devons la rectifier.

La liberté. humaine, dit-on, si elle existait, introduirait le hasard dans la marche des événements de ce monde. (Kant.) — La réponse a déjàété faite (p. 82). Chaque fois qu’il prend une détermination libre, l’homme commence une nouvelle série do phénomènes qui se combinent avec l’ensemble des phénomènes de l’univers physique et moral. Est-ce là, comme l’on dit, introduire le hasard au sein de la nature? Nullement. Le hasard est ce qui arriverait sans cause ou ce qui résulte d'un concours simultané de causes indépendantes. Or, une cause intelligente et libre produit des actes. Ceux-ci se lient au plan du monde et se combinent avec l'action des autres causes. C’est justement l’opposé du hasard. Le hasard ne crée rien, ne commence rien, n’arrange rien, ne change et ne dérange rien. Qu’y a-t-il de commun entre les effets de la cause libre et le résultat d’un concours fortuit de causes qui agissent aveuglément ? L’ordre en est-il troublé? Le fût-il, ce serait l’efTet non du hasard, mais du choix délibéré de cette cause réelle, d'autant plus réelle qu’elle est plus libre. Si le nez de Cléopâtre eût été plus court, toute la face de la terre^urait changé, dit Pascal. Soit. Mais d’abord ce petit fait lui-même eût résulté de causes naturelles. J’admets aussi que le grain de sable de Cromwell placé ailleurs, l'histoire d'Angleterre en aurait été considérablement modifiée; mais 1° ces faits qu’on attribue au hasard dans la destinée des empires ne le sont pas, puisqu’ils dérivent de causes naturelles, bien qu’inconnues. 2° Qu'ont-ils de commun avec les actes voulus et délibérés de la cause libre? Napoléon pouvait rester à l’île d'Elbe, Waterloo et ses suites n’auraient pas été. Tel ordre donné à propos fait changer le sort d’une bataille; Peut-on dire que ce sont là des effets du hasard? La tuile qui vint frapper la tête de Pyrrhus et l’arrêta dans ses conquêtes ne fut pas tout à fait lancée au hasard. Il faut le reconnaître, le sort des empires, comme la destinée des individus, dépend bien en quelque chose de la volonté des hommes. Le hasard ici ce serait donc un bon ou un mauvais emploi de la volonté raisonnable. Mais appeler cela le hasard, effet non sans cause,

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mais d’une cause inconnue ou d’une pure coïncidence, est assez étrange. — Ces réflexions suffisent pour restituer au hasard et à la liberté leur vrai caractère et ne pas permettre que l'un soit confondu avec l’autre qui est son opposé. 11 ne resterait plus qu’à prétendre que la part que la volonté libre de l'homme a dans sa propre destinée est aussi un effet du hasard . Ceci c’est le fatalisme avec toutes ses conséquences.

QUESTION XIX

Du hasard dans la science. — Quelle part faut- 11 accorder an hasard dans Us découvertes scientifiques?

PROGRAMME

Que l'on ouvre un traité de physique, de chimie ou de mécanique, etc., on y lira souvent ces mots : « C’est le hasard qui a conduit ce savantà'cette importante découverte (1). ••• — Sans doute; mais la découverte a-t-elle été un pur effet du hasard ? Quelle part y a eu l’intelligence humaine T Les découvertes antérieures n’ont-elles été pour rien dans ce résultat et n’ont-elles pas frayé la voie à l’esprit qui a su profiter de ces rencontres ou de ces bonnes fortunes ? La méthodo n'a-t-elle pas servi au moins à profiter du hasard, à compléter ou à féconder la découverte? à lui faire produire toutes ses conséquences? C’est ce qu'il est bon

(1) Parmi les faits dus au hasard et qui ont servi aux découvertes de la science, les uns sont trop connus pour avoir besoin d’être rappelés : la pomme de Newton, Archimède au bain, Torricelli et les ionlaimers de Florence. Galilée et les oscillations du pendule, dans la cathédrale de Sienne, la grenouille do Gnhani, etc. D’autres le sont moins; en voici quelques-uns. llaüy étudiait un minéral aux facettes polies ; le cristal tombe et se divise ou fragments d’une régularité parfaite. La cristallographie est trouvée. — Deux physiciens, Muschenbrocke et Cunéusr, étudiaient l’électricité. Le hasard ht qu’une bouteille en verre et contenant du fer fut placée auprès de la machine et que Cunéus vint h la toucher. Ressentant une commotion violente, il répéta l’expérience et donna la théorie de (a bouteille de Leyde. — Cavendisch trouva U composition de l’eau en expérimentant sur l’oxygène : par un effet du hasard, il avait laissé dans le voisinage de son appareil uue cloche de verre ou se condensa la vapeur. — Priestley découvrit par hasard l’oxygene en étudiant l’oxvde rouge de mercure. C’est ainsi que l’alchimie a fait souvent des decouvertes. — Brandi cherchait la pierre philosophale. Dans ses expériences multipliées sur la prétendue transmutation des métaux, il découvrit par une combinaison fortuite le phosphore. — Mongol fier tenait à la main un morceau de papier. Ce papier lui échappa et tomba dans le feu. Quand il fut consume, il s'éleva rapidement en tournoyant dans l'air chaud de la cheminée. Ce morceau de papier fut

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