‹ Questions de philosophie précédées des règles de la dissertation philosophique et suivies des sujets donnés aux concours, à la licence et au baccalauréat es lettresChapitre 119 sur 192 · DU HASARD DANS LA SCIENCE · texte numérisé non relu

DU HASARD DANS LA SCIENCE

d’examiner si l’on veut assigner au hasard sa juste part dans' les découvertes scientifiques.

1° En quoi consiste proprement ici le hasard? Comment un fait qui recèle une loi peut-il sa révéler à l'homme sans qu’il l’ait cherché ou quand il dirige ses recherches d'un antre côté ? Trois cas principaux : 1° production d’un fail singulier et inattendu ; 2* indication d'un résultat cherché auquel on ne songeait pas; 3® cas rares où au hasard seul1 semble être due la découverte. Exemples.

2° Là où le hasard, c'est-à-dire une circonstance fortuite, a amené un fait ou une loi sous les veux de l’observateur, l’intelligence de celui-ci n’a-t-elle rien à réclamer de la découverte? L’interprétation du fait fortuit n’est-elle pas nécessaire? ne peut-elle pas en changer le caractère? Ne faut-il pas dégager la loi ? formuler le principe, en apercevoir la portée, rattacher la découverte aux découvertes antérieures, etc. ? Exemples.

3° La loi dégagée, le principe posé, le raisonnement ne doit-il pas intervenir dans la déduction des conséquences et trouver les applications?

La méthode n’est-elle pas nécessaire pour toutes ces opérations? Au moins doit-elle les régulariser. Part à faire au génie ou au talent du savant éclairé par les découvertes antérieures.

Pour rendre tout cela évident, on choisira des exemples

pour lai ce qu’avait été la chute d'une pomme pour Newton. De ce fait étudié sortit la théorie des aérostats. — Pour refroidir la vapeur développée par le frottement du piston de la machine, Wat y jeta un seau d’eau; soudain il vit redescendre le piston. Le moyen qu'il cherchait était trouvé (le condensateur,. — Daguerro cherchait sans grand succès les moyens de hier l’image mobile sur la plaque métallique. Ayant luiH-é par hasard dans son laboratoire une cuiller d’argent soumise à certaines réactions chimiques-, il y trouva le lendemaiu fixées assez nettement les images des objets environnants. Le principe lui était donné, il n’avait qu’à l’appliquer. — I,a médecine surtout est remplie de ces découvertes. Comment le plus souvent les propriétés de certaines plantes ont-elles été révélées? N‘est-co pas parce que par hasard un animal ou un homme poussé par la faim en avait mang*»? — Une multitude d’inventions dans les arts ont la même origine. #Un enfant regarde un clocher avec deux lentilles, l'une convexe, 1 autr#» concavo, et découvre la lunette d’approche (contesté). Des matelots font du feu sur le sable du rivage avec des feuilles de fougère et le verre est trouvé, etc. L’histoire de ces inventions, dit Leibnitz, eût été une partie considérable et très-utile de l’histoire des arts {Souo. Eta., IV, vn, i). Mais il s’y môle une multitude de fabljs qu’il faut savoir en dégager.

où le hasard a joué un rôle incontestable dans les découvertes scientifiques. On fera voir ce que l’intelligence humaine guidée par la méthode a dû y ajouter, comment le fait dû au hasard a dû être : 1° remarqué, 2* compris, 3° expliqué, généralisé, appliqué, etc. : principe d’Archimède; — pendule (Galilée); — gravitation universelle (Newton); — pesanteur de l’air (Torricelli); — galvanisme, bouteille de Leyde; — découverte du phosphore (Brandt) ; composition chimique de l’air (Lavoisier) ; — aérostats (Montgolûer) ; — photographie (Daguerre); — condensateur (Watt) ; — propriétés médicales de certaines plantes, etc., etc.

On fera remarquer que le hasard étant stationnaire, la science le serait également si ses progrès n'étaient dus à d’autres causes. — Diminution progressive du hasard à mesure que les découvertes se multiplient et que les méthodes se généralisent. Preuve : la simultanéité des grandes découvertes. Raisons de ce fait faciles à assigner.

Conclusion : le hasard peut mettre sur la voie des découvertes, mais ne les crée pas. Sa part est beaucoup moins grande que l’on ne croit. La méthode seule est féconde ; elle seule régularise les recherches et assure le progrès non interrompu de la science.

QUESTION XX

Développer cette pensée de Bacon : Cer/o sciant hommes arles invente/. di soUdas et veras adoltscere et incrementa sumere cum ipsis inventif.

PROGRAMME

Cette pensée est facile à expliquer et à justifier. En effet, 1» chaque découverte nouvelle met sur la voie d’autres découvertes; 2» si le cadre de la science s'élargit, il est mieux connu; 3’ à mesure qu’il se remplit, les vides se trouvent indiqués, les tâtonnements sont épargnés, le savant doit avancer d'un pas plus sûr et plus rapide.

Aussi Descartes a dit dans le même sens : « C’est quasi le même de ceux qui découvrent peu à peu la vérité dans les sciences que de ceux qui, commençant à devenir riches, ont moins de peine à faire de grandes acquisitions qu’ils

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