‹ Questions de philosophie précédées des règles de la dissertation philosophique et suivies des sujets donnés aux concours, à la licence et au baccalauréat es lettresChapitre 121 sur 192 · DE L’USAGE DES MAXIMES · texte numérisé non relu

DE L’USAGE DES MAXIMES

bouche et dont plusieurs sont arrivées jusqu’à nous. Quand naquirent les systèmes, les maximes ne furent pas abandonnées ; on rencontre partout dans les écrits des anciens

et des modernes de ces phrases courtes et pleines de sens où chaque auteur a condensé sa pensée la plus intime et la plus profonde. Tantôt c’est une grande méthode qui, changeant la direction de l’esprit, inaugure une ère nouvelle en philosophie. «Connais- toi toi-mèine (Socrate).» — « Je pense, donc je suis (Descartes). » — « On ne triomphe de la nature qu’en lni obéissant (Bacon). » Tantôt c'est une conception générale de l’univers ou un principe de métaphysique qui s’applique à tout et qui devient la base d’un système. « Tout s’écoule (Heraclite). » — «Rien ne vient de rien (Démocri te).» Le panthéisme s’énonce en trois mots, qui sont trois syllabes : ’Ev xxi itiv (l’un et le tout). Chaque école a sa devise. Le scepticisme de Pyrrhon s’exprime ainsi : « Pas plus ceci que cela. » On connaît la formule de Protagoras : « L’homme est la mesure de toute chose. » La maxime sensualiste : tXihil est in intellcclu quod non prius fueril in sensu, est encore plus célèbre et se reproduit à toutes les époques. — Chaque partiede la philosophie, la psychologie, lalogique, lamorale, l’esthétique, la théodicée, etc., a, comme la science entière, ses formules qui en font connaître l espritet offrentle résumé de ses recherches. Toute la théodicée d’Aristote aboutit à cette phrase célèbre : « La pensée est la pensée de la pensée, » comme caractérisantl’acteéternel de la pensée divine.

« L’homme est une intelligence servie par des organes; » le spiritualiste voit toute la science de l’àme dans cette définition. La logique de Condillac est dans ces mots : « La science se réduit à une langue bien faite. » — « Tout oe qui estréel est rationnel, tout ce quiest rationnel est réel. » Dans ce peu de mots est l’abrégé de la logiqueet de toute la philosophie de Hégel. — Les sciences qui ont pour objet la nature ne font pas moins usage des maximes. Natura non facil sallus ; c'est ainsi que Leibnitz énonce la loi du progrès des espèces. « La nature agit par les voies les plus courtes » est un autre principe qu’il ne perd jamais de vue dans ses recherches physiques. Du même genre est la maxime de Newton : Satura semper sibi consona. « Dieu et la nature ne font

rien en vain, » dit Aristote, et ce principe, qui est celui des causes finales, passe de sa physique dans son histoire naturelle. Aujourd'hui tout le débat entre les naturalistes sur les générations spontanées et la transformation des espèces roule sur ces mots : Omne vivumcx ovo. « Pour apprendre, il faut avoir foi en la parole d'autrui, » dit Aristote. Ceci est la première pierre de la science de l’éducation. — Il est des maximes qui servent à plusieurs sciences à la fois, comme celle-ci : « Il faut s'arrêter quelque part. » Vraie d’abord en logique des principes de la démonstration, la maxime se retrouve en théodicée où elle domine toutes les preuves de l’existence de Dieu ; elle est l’opposé du circulus œterni motus, qui est la devise de l’athéisme ou du naturalisme. — « Le passé est gros de l’avenir, » voilà une grande loi de l’histoire. « L’homme s’agite et Dieu le mène » offre une autre pensée philosophique et profonde. — Si de la spéculation nous passons à la pratique, le rôle des maximes y apparaît plus important encore. Ellesysontcomme dans leur domaine propre. Ce ne sont plus seulement les principes qui s’énoncent ainsi. Chaque règle, chaque précepte applicable à la direction de la vie revêt cette forme brève et impérative qui les grave dans l’esprit et s’impose à la volonté. Sans parler de ces inscriptions que la haute antiquité gravait dans ses temples, sur les colonnes et les statues des dieux, qu’on Rencontrait partout sur les chemins, ce qui faisait dire à Platon qu’en parcourant l’Attique, on faisait un cours de morale, ni des gnomes et de la poésie gnomique ou sentencieuse, toute la" morale des anciens philosophes est contenue dans les maximes éparses dans leurs écrits. Celle de Socrate est connue par deux ou trois phrases célèbres; mais on en recueillerait un grand nombre dans ses entretiens et ses discours, comme celle-ci : c Si on ne s’exerce point l’âme, on devient incapable des œuvres de l’âme. » (Uém.Soer., I.) Il cite souvent les vers des poètes, à cause dessentences qu’ils contiennent ; dans sa prison il traduisait les fables d’Esope pour un motif semblable. Platon aime à citer les oracles de la sagesse antique, et lui-même offre de grandes et belles maximes , telles que : « Philosopher, c’est s'exercer à mourir. » (Phédon.) Cf. Montaigne. Les maximes abondent dans les écrits

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