‹ Questions de philosophie précédées des règles de la dissertation philosophique et suivies des sujets donnés aux concours, à la licence et au baccalauréat es lettresChapitre 126 sur 192 · LA MORALE STOÏCIENNE 2S · texte numérisé non relu

LA MORALE STOÏCIENNE 2S

mier rang. Mais qui fait une obligation de choisir la vertu? Le plaisir lui-même est loin d'être à dédaigner. Lui-même est un but et l’achèvement de l’acte. [Ibid., X.) Mais tout plaisir n’est pas bon. Qui doit distinguer entre les plaisirs? régler et mesurer le plaisir? N’y a-t-il pas là un cercle vicieux? La vertu est donc la règle du bonheur ou du plaisir. On fera ressortir ces contradictions (1). — Conclure.

QUESTION XI

Examen de la doctrine stoïcienne : La vertu Suffit au bonheur.

ESQUISSE

Aristote faisait de la vertu le premier des biens, mais non le bien unique. Platon, son maître, dont la morale repose sur une base plus sûre que le bonheur, admettait aussi à côté des biens qu’engendre la justice d’autres biens, tels que la science, les jouissances pures de l’âme, la santé et les plaisirs réglés et modérés des sens. (V. Philèbe.) (2) Plus étroite et plus exclusive, la morale stoïcienne ne reconnaît d’autre source de bonheur que la vertu elle-même. Elle proclame la vertu et le bonheur identiques. * La vertu suffit à rendre l’homme heureux, » telle est la thèse que soutenaient Zénon et ses disciples et qu’on trouve partout chez leurs successeurs. C’est la pensée du de Yila beala de Sénèque. Les écrits d’Epictète et de Marc-Aurèle la reproduisent. Cicéron en a fait le sujet des Tusculanes.

Cette doctrine sans doute est très-élevée et très-pure. Est-elle vraie? n’ofifre-t-elle aucun danger par ses conséquences? La loi morale trouve ainsi sa sanction en ellemême entière et complète. Les autres sanctions deviennent inutiles, celle d’une vie future en particulier. La preuve la plus forte de l’immortalité de l’âme perd sa valeur. Il importe donc de faire subir à cette maxime un

(1) Ce sont les actes de vertu qui décident souverainement du bonheur. — Ces actes sont plus stables que la science elle-même. — L’homme heureux parce qu’il est honnête ne sera jamais malheureux. — Mais sera-t-il heureux? lui-même ajoute, quoiqu'il ne soit plus fortuné, je l’avoue, s'il tombe en des malheurs pareils à ceux de Priaro. (Ibid.)

(2; Itaque omnis ilia antiqua philosophia sentit in una virtute esse positam beatam vilain, nec tamen beatissimam , niai adjungeretur et corporis et caetera, quæ supra dicta sunt, ad virtutis usura idonea. (Cic., Acad, post ., I, vi.)

MORALE

sérieux examen. Mais avant, il est bon de savoir de quels arguments se servent ses partisans pour l’établir ou la défendre. Voici les principaux :

Le premier est la définition même du bonheur. Le vrai bonheur consiste dans le calme et la tranquillité de l’âme, sine stabile et permanente bono bealus esse nemo potest. (Cic., de Ftnib., V, xiv.) La vertu seule peut le procurer.

Les autres biens, la santé , la richesse, la force, la beauté, les avantages de l'esprit et du corps, sont extérieurs et ne sont pas de véritables biens. La vertu seule est à nous et ne dépend que de nous. Elle est à proprement parler le bien de l’âme. La raison, en effet, est l’essence de l’homme. La conformité à la raison est donc le seul bien. Le reste nous est étranger. Ce sont si l’on veut des avantages, commoda, non des biens, bona. De même, le seul mal est le mal de l’âme, l’injustice. Les autres maux sont des incommodités, incommoda. Le sage n’en doit pas tenir compte; il les supporte avec impassibilité. Ainsi la douleur physique n’est pas un mal; on en triomphe par la patience; elle devient même un bien comme exerçant le courage. ( Tusc ., II.) Il en est de même de l'affliction que nous cause la perte de nos parents et de nos amis. Le temps l’efface ou l’adoucit. ( Tusc ., II.) Le chagrin est un trouble de l’âme, perlurbatio animi, une passion. Or, la passion est une maladie; la raison doit nous en guérir. Tous ces maux viennent de la fausse opinion que nous avons des biens et des maux et en général de la vraie nature humaine. L’opinion vraie nous en délivre. En cela consiste la sagesse. La vertu seule est le vrai bien, le bien de l’âme, qui ne peut nous être ravi. (Tusc., IV.) La vertu, d’ailleurs, est désintéressée. Elle est à elle-même sa propre récompense, virtus non est nisi gratuita, ipsa est pretium sui. (Senec.)

Tel est sur ce point le résumé de la doctrine stoïcienne : Non ttjere felicitate vera félicitas est. (Id., de Prov., IV.)

On examinera cette doctrine et on pèsera ses arguments. — On fera voir que ces raisonnements, malgré la vérité qu’ils contiennent, sont autant de cercles vicieux. Le point de départ est une fausse notion de la nature humaine. L'homme n’est pas tout entier dans la raison; il a d’autres facultés;

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