‹ Questions de philosophie précédées des règles de la dissertation philosophique et suivies des sujets donnés aux concours, à la licence et au baccalauréat es lettresChapitre 128 sur 192 · LA FIN ET LES MOYENS · texte numérisé non relu

LA FIN ET LES MOYENS

QUESTION XIII

Kxxman de la maxime : La /in justifie les moyens.

PROGRAMME

Cette maxime, que la conscience réprouve, semble n’avoir pas besoin d’être réfutée. Cependant, comme elle n’est pas seulement le prétexte des ambitieux, qu’elle a souvent servi d’excuse à des hommes dont les intentions pouvaient être droites, mais qui se laissaient aveugler par la bonté, la grandeur ou la sainteté de leur cause, il est bon de l’examiner de près et de préciser les raisons qui en montrent la fausseté et le danger. On peut remarquer d’ailleurs qu’elle a reparu à toutes les époques sous des formes nouvelles. Elle est la conséquence souvent avouée de certains systèmes où le but de l’humanité, le salut de l’Etat, etc., sont invoqués comme la loi suprême. ( Communisme , Socialisme, etc.) C’est ainsi qu'en politique on a proclamé la souveraineté du but ou de l’idée. On a prétendu excuser ainsi la nécessité des mesures de salut public. Tous les fanatiques du bien public l’ont invoquée et mise en pratique.

On montrera combien elle est fausse et dangereuse. Ce qui en soi est injuste, mauvais ou criminel peut-il devenir juste, bon ou indifférent par le but que l'homme se propose T N’est-ce pas enlever à la loi morale son caractère d'immutabilité et l’anéantir dans son principe ? On insistera sur ce point et l’on montrera qu'il y a des actions mauvaises, illicites, contraires à la probité et à la justice, honteuses par ellesmêmes, attentatoires aux droits de la nature humaine, qui ne peuvent jamais être justifiées ni excusées par leur but, la nécessité et la fatalité des circonstances, la grandeur des entreprises, etc.

L’homme qui agit ainsi est-il d’ailleurs bien sûr de l’efficacité des moyens qu’il emploie (l)î La moralité de ses actes n’est-elle pas beaucoup plus facile à apprécier ?

De l'opposition de l’honnête et de l’utile. L'utile peut-ilêtre

(1) Maneat ergo quod turpo si t, id nunquam esse utile. (Cic., de Off., III, xil.) — De® moyens que le sens moral réprouve, lors meme que matériellement ils seraient utiles, tuent moralement. Aucune victoire ne mérite d'être mise en balance avec le mépris de soi-môme. (Manin, Disc.)

MORALE

opposé à l’honnête ? L’hounête n’est-il pas la vraie mesure de l’utile? Que résulte-t-il de l'opinion contraire ?

On réfutera l'objection tirée de cette autre maxime : Qui veut la fin veut les moyens.

L’objection tirée de la nécessité sera également combattue et on en fera voir les conséquences.

En terminant, on dira quelques mots de cette question : « Peut-on pour un grand bien se permettre un petit mal? Snr quelle pente est-on placé quand on laisse fléchir ainsi la loi morale même dans ses applications peu importantes ?» — Conclure.

QUESTION XIV

comment doit s’entendre et jusqu'à quel point est vraie la maxime : Suivre la nature, naturam scqui.

PROGRAMMB

Tous les moralistes de l’antiquité ont émis cette maxime, les épicuriens, les sceptiques comme les stoïciens. On la rencontre à chaque pas dans les écrits qui renferment la doctrine stoïcienne. Mais ces philosophes l’entendeut trèsdiversement et en tirent les conséquences les plus opposées. Cela devait être. Tout dépend de l’idée qu’on se fait de la nature humaine. Pour les uns, l’homme est tout entier dans le corps (Démocrite, Epicure). Pour les autres (Platon), l’homme c’est l’âme dont le corps n’est que l’instrument. (V. Ier Alcibiade.) Selon Aristote, l’âme et le corps forment un tout à peu près indissoluble. (De Anima.) L’âme ellemême peut être conçue diversement. Ainsi les stoïciens font consister toute la nature humaine dans la seule raison ; ils excluent la sensibilité et les passions. Dans l’école d’Epicure, au contraire, l’homme est un être purement sensible, et le plaisir est le but de tous ses actes. De sorte que suivre la nature offre un sens tout à fait différent selon les écoles et les systèmes. Quel est donc le vrai sens et jusqu’à quel point cette maxime peut-elle être admise comme légitime ?

Les philosophes du dernier siècle n’en ont pas moins abusé. Elle réparait partout dans les ouvrages de Locke ,

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