‹ Questions de philosophie précédées des règles de la dissertation philosophique et suivies des sujets donnés aux concours, à la licence et au baccalauréat es lettresChapitre 129 sur 192 · LA .MAXIME : SUIVRE LA NATURE · texte numérisé non relu

LA .MAXIME : SUIVRE LA NATURE

d’Helvétius, de Diderot, de Rousseau, etc. Ils disent que la nature humaine aété faussée par l’éducation et par les institutions; ils prêchent le retour à la nature. Cette niée est la base d'un nouveau système d’éducation ( Emile ) et des théories politiques (Rousseau, Mably).

On voit combien il importe de fixer le sens de ces mots : suivre la nature, de faire voir en quoi la maxime est vraie, en quoi elle est fausse et dans quelles limites elle peut être acceptée en écartant les fausses interprétations qui lui ont été données.

En l’examinant de près, on verra que la maxime ne peut être vraie qu’autant P qu’elle s’applique à la nature humaine tout entière; 2* que l'on aura démêlé dans la nature humaine l’élément principal qui constitue son essence et auquel les autres doivent être subordonnés, qui doit fournir la règle et le but; 3° que l'on prendra la nature humaine, non dans un état primitif où cette nature n’est ni cultivée ni développée, mais à son plus haut point de développement ou dans son idéal (opposition de l’idéal et du réel).

Appliquant ces principes, on fera voir que la maxime n’est vraie que dans le sens stoïcien. Suivre la nature, c’est suivre la raison. La raison est l’essence do l’homme ; seule elle possède la règle, fixe le but que l’homme doit atteindre, subordonne les fins accessoires à la fin principale. Toute autre interprétation est fausse et mène à des conséquences absurdes. Mais on combattra la doctrine stoïcienne qui retranche de la nature humaine des éléments véritables tels que la sensibilité. La vraie nature de l’homme, son idéal, c’est le plus haut développement de tous ses éléments et de toutes ses facultés dans leur accord et leur harmonie.

Quelques exemples tirés de l’éducation et de l’état social feront ressortir la fausseté des systèmes qui ont nié ou méconnu ces principes. — Conclure.

MORALE

QUESTION XV

La vertu peut-elle «'enseigner? Discenda est virtus, an est bonum fi m. (Senec.)

ESQUISSE

La vertu peut-elle s’enseigner T tel est le sujet de deux dialogues de Platon, le Ménon et le Protagoras. (Cf. Aristote, Eth. à Nie., X.) La question peut recevoir en effet deux solutions différentes, selon le côté par lequel on l’envisage. La vertu est essentiellement une habitude volontairement contractée et qui résulte de l’exercice. L’effort de la volonté qui part de nous et dépend de nous en est l’élément premier et constitutif, a voluntate débet pro/icisci (Cic ). Sous ce rapport, elle ne s’apprend ni ne s’enseigne. Elle reçoit des secours ; mais l’acte interne, l’énergie morale, ne peut se communiquer. Elle ne relève que de la liberté.

Mais, d’autre part, si l’on considère que la vertu consiste dans l’observation d’une loi qui s’adresse à la raison comme elle s'impose à la volonté, si l’on songe que cette loi doit être avant tout comprise pour être appliquée, si l’on réfléchit aux causes qui peuvent en obscurcir l’idée, combien l’ignorance, l’erreur, le préjugé, l’exemple, la mauvaise éducation peuvent la voiler, l’altérer ou la défigurer, en se combinant avec les passions mauvaises, on concevra toute l’importance d’un enseignemeat moral et religieux qui prédispose l’àme à la vertu, la fasse aimer et pratiquer.

Tels sont les deux points de vue à développer en faisant la juste part aux deux opinions opposées qui sont loin d’être contradictoires.

QUESTION XVI

Examen de la maxime socratique : Toutes tes vertus sont des sciences : nâtccut rà$ àptr'xç cfvat iTuc-n^/ia» (Arisl.)

ESQUISSE

Socrate, dit Xénophon (Me/n., IV, vi), ne séparait pas le savoir de la bonne conduite. Pour lui, la justice était une science et il en disait autant de toutes les vertus. — « Toutes les actions justes et vertueuses réunissent une bonté par-

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faite aux charmes de la beauté. » A-t-on la science nécessaire pour la connaître, on ne peut plus lui rien préférer. La vertu elle-même est une science qu’il faut posséder. Ainsi le courage consiste à approuver ce qu’il faut craindre ou ne pas craindre. « A cela se rattache la connaissance de soi-même comme condition de la vertu. » (Ibid). (Cf. Aristote, Eth.àMc., X, 10, chap. 13.) (1)

On reconnaîtra d’abord ce qu’il y a de vrai et d’élevé dans cette doctrine. Puis on fera voir ce qu'elle a de défectueux et d’incomplet. La vertu, c’est là son essence, réside surtout dans un effort de l’âme, dans une habitude contractée et maintenue par une volonté libre et persévérante ; elle est la lutte contre des obstacles. Que pour l’âme exercée et habituée à vaincre, l'effort disparaisse, que la jouissance seule subsiste, qu'alors la vue seule du bien suffise pour la faire pratiquer, cela est vrai d’une sagesse parfaite ; c’est le terme, non le point de départ, la récompense, le prix de la victoire. C'est la sainteté. On peut le proposer comme but, non comme constituant la vertu elle-même. — Socrate et ses illustres disciples n’ont ils pas d'ailleurs méconnu le rôle du libre arbitre? — Examiner, conclure.

(1) Platon, qui définit la vertu : la bonne habitude de l'âme, adopte au fond cette doctrine de son maître. Il soutient qu’on ne pèche que par ignorance. Pour lui, contempler le bien en inspire l’amour qui est irrésistible : Qum si oculis cerneretur mirabiles amorcs excitaret sut. (Cic.f de Off., I.) Aristote lui-même, tout en combattant cette doctrine, ne l’admet-il pas quand il dit : c La passion avec ses effets ne se produit point tant que la science, la vraie science est présente à l'Ame, et cette science n’est jamais entraînée par la passion; mais c’est seulement de la science donnée par la sensibilité que la passion triomphe, » ( Elh.a Nie., VIII, m.)

Les stoïciens vont plus loin encore. Ils soutiennent que la raison éclairée, ou la sagesse, ne peut faillir. (Senec., Ep ) Tous les vices et toutes les passions sont de fausses opinions. (Cic., Tusc ., III et VI.) On trouverait une tendance analogue chez plus d*un j enseur moderne. r L’ignorant, dit Bacon, ne sait ce que c’est que de descendre en soi-méme et de se rendre compte de toutes ses actions. Il ne sait pas combien il est doux de se sentir de jour en jour meilleur. (Dr Àugm., I.) — Notre volonté ne se portant à fuir et h suivre aucune chose que selon que notre entendement la lui représente bonne ou mauvaise, il suffit de bien juger pour bien faire. (Descartes, Disc., de la Mêth ., 3e part.) — Si je connaissais toujours clairement ce qui est vrai, ce qui est bon, je ne serais jamais en peine de délibérer quel jugement et quel choix je devrais faire. (Jd.) (Cf. Leibnitz, Nouv. Ess.t JI, ch. xxi.) — Rien n’est plus sûr <jue la lumière. On ne peut trop s’arrêter aux idées claires et, quoiqu on puisse se laisser animer par le sentiment, il ne faut jamais s’y laisser conduire. (Malebranche, Tr. de Morale, I.) — Pour Spinosa, toute la liberté de l’homme est dans la puissance de l’entendement, et dans les idées distinctes; sa servitude est celle des passions qui sont des idées confuses. (Elh., IV et V.)

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