MORAL K
QUESTION XVII
Comment concilier l’unité de la vertu avec la pluralité et la diversité des vertus?
PROGRAMME
« Quoiqu’il y ait plusieurs vertus distinctes , la sagesse, la justice, le courage, la tempérance, la vertu cependant est une; toutes les vertus ont une essence commune. » (Platon, Ménon.) Ainsi s’exprime Platon, qui en fait un point essentiel de sa doctrine morale. Là-dessus, tous les moralistes anciens sont d’accord ; les sophistes seuls le nient. (V.) Erola/joras.) Mais cette vérité admise, on peut incliner plus ou moins vers l’unité ou vers la diversité. Il y a donc là un problème assez délicat à résoudre. Socrate et son école appuient sur la ressemblance des vertus, sans néanmoins les confondre. Platon surtout maintient l’équilibre. Aristote accorde davantage à la diversité; il est plus porté* séparer les vertus, sans toutefois nier l'unité du principe ni le perdre de vue. (V. Eth. à Aïe.) Les stoïciens exagèrent en sens opposé ; ils ramènent toutes les vertus à une seule: la couformité à la raison. Ils vont jusqu’à soutenir que toutes les vertus sont égales et aussi toutes les fautes (I). Interprète de toutes ces doctrines, Cicéron admet l'unité, mais sans méconnaître la diversité des vertus. Dans le de Qffxciis , on voit apparaître partouteette pensée, qui se trouve plusieurs fois formulée (2). La diversité lui sert à distinguer et à classer les devoirs; mais il maintient fortement le lien qui unit toutes les vertus entre elles (3). Les moralistes modernes, au contraire, sont plus disposés à les séparer. Ils
(1) Nec minor Ht (virtus) aut major ipaa. Decreacere enim summum bonura non potest *. civacere posât) imperfeetæ rei signum est... Ergo virtutea inter se pares sunt... Un» enim est ratio recta simplexque. Nihil est divino divinius, cœlesti eudestius... Nullum inter divins discriinen est, ergo nec inier botta. (Senec., Kp. G6 ) Ratio rationi par est, sicut rectum recto : ergo et virius qtiœ non aliud est quam recta ratio. Omnes virtutes rationes reçue sunt : si rcctæ sunt et pares sunt. (Ibid.)
(2) Quum inter otnnefc philosophos constat qui unam haberet, omnes haberet virtuies. (Dr O/f., 11. x.) — Ut vulgus ita nos hoc loco loquimur ut alios bon os viros alios prudentes. (Ibid.)
(3 1 Virtutes ita copulatte, conncxæque sunt ut omnes omnium participes sint, nec alia ab alia posait s- parari. (De Fviib V, xxm ; Cf. de Off ., 1, vi.)