‹ Questions de philosophie précédées des règles de la dissertation philosophique et suivies des sujets donnés aux concours, à la licence et au baccalauréat es lettresChapitre 13 sur 192 · DU PLAN OU DE LA DIVISION · texte numérisé non relu

DU PLAN OU DE LA DIVISION

logique qui les unit. C'est là un précepte, sans doute, plus facile à émettre qu’à appliquer; mais on suppose que l’es- • prit arrive, en face d’une question, déjà exercé et formé à l’analyse. Du moins doit-il s’accoutumer à démêler les parties d’un tout, à distinguer les idées particulières contenues dans l'idée principale, à reconnaître les éléments d’un problème ainsi qu’à les ranger dans l’ordre convenable. C’est en cela que consistent en partie l’éducation logique et la culture philosophique. Un esprit qui n’a pas pris cette habitude ne saura jamais se faire un plan. Si la question a été bien comprise, pour peu que vous ayez contracté cette habitude, le plan se présentera presque toujours de lui-même, clair et facile ; il se dessinera naturellement dans votre pensée.

Voici un sujet sur lequel il paraît assez difficile de se faire un plan, parce que c’est une maxime rebattue, un lien commun partout traité dans les ouvrages des moralistes : Neminem nisi bonum esse beatum (1856). En réfléchissant un peu, un esprit exercé à l’analyse philosophique reconnaîtra sous ce lieu commun une haute question de principe; il démêlera sur-le-champ les éléments qui la constituent, ainsi que l'ordre dans lequel ils doivent être envisagés. Il y verra la relation du bien et du bonheur, sur laquelle roule toute la morale. C'est là un sujet sur lequel il est facile de faire beaucoup de phrases, mais qu'il n’est pas aussi aisé de traiter philosophiquement, avec clarté, rigueur et méthode.

Il y verra à la fois une réfutation et une démonstration. Il comprendra qu'avant tout il doit commencer par donner une définition du bonheur, sans quoi on ne peut s’entendre; qu'ensuite il doit réfuter l’opinion vulgaire ou le système qui place le bonheur ailleurs que dans la vertu, dans le plaisir, dans les biens du corps ou de l’esprit, la fortune, les jouissances de l’ambition, etc.; qu’enfin, il doit démontrer par la nature même de la vertu qu’elle seule peut engendrer le bonheur. Il y aura quelque mérite à bien remplir ce plan, c’est celui du de Vita beala de Sénèque et de la V* Tusculane.

Autre sujet analogue ; In quo virtus conférât ad felicitatem (1832). Ici la question est purement théorique ou dogmatique, elle exige un plan un peu différent. Vous n’avez pas à réfuter, mais à démontrer, à faire voir en quoi et comment la vertu contribue au bonheur. Vous devez, comme plus haut, partir de la définition du bonheur, établir ensuite celle de la vertu et chercher dans cette idée des rai-

XVIII DE LA DISSERTATION PHILOSOPHIQUE

sods directes qui fassent voir que la vertu doit engendrer le vrai bonheur. Platon, ici, pourrait vous servir de guide et de modèle. C’est aussi la thèse stoïcienne. La même pensée est développée dans Le second livre du de Officiis de Ci* céron. Quoi qu’il en soit, vous avez ici Les idées principales sur lesquelles doit rouler votre dissertation et l’ordre dans lequel elles se succèdent : 1° l’idée du bonheur ; 2» l’idée do la vertu ; 3» le rapport nécessaire do la vertu au bonheur. Approfondissez ces trois idées : vous en ferez sortir votre démonstration. Tous les détails viendront se ranger naturellement dans ce cadre.

Quelques défauts sont à éviter : Ne pas s'amuser a tracer et à motiver longuement un plan que vous ne remplirez pas ensuite. Ne pas annoncer la division quand elle est clairement indiquée par le sujet même. Ne pas changer l’ordre indiqué ; cet ordre doit avoir sa raison dans la nature de la question ou dans l’intention qui l’a dictée.

III. De i.’urvKjmos. — Ce n’est pas tout de s’ètro fait un cadre, il faut savoir le remplir. Pour cela, il est nécessaire de trouver des idées, des raisons, des arguments ou des développements. Ceci répond à l’invention dans l’art oratoire, et c’est, comme dit Cicéron, le plus difficile, difficile lima pars rhetoricee. ( Ad llerenn., III, vin.) Ici, nous 1 avouons, il n’y a point de recette à donner, et toute règle est insuffisante. Ce qu’il faut avant tout, c’est, avec de l'intelligence et de la sagacité, une forte culture antérieure et une préparation convenable. Des études bien faites, des lectures solides et variées, un esprit formé sous les auspices d un système d’éducation qui éveille et stimule les facultés inventives, qui ait été habitué de bonne heure a réfléchir et a trouver de soi-même plutôt qu’à enregistrer des faits dans sa mémoire ou à répéter des démonstrations, des expériences et des formules apprises par cœur, enfin une préparation plus spéciale sur les matières dont il s’agit et qui nous ait familiarisés jvec elles : voilà les conditions pour découvrir en tout ordre d’idées, et qui sont nécessaires pour traiter un sujet quelconque. Rien ne saurait y suppléer ; sans elles, votre esprit sera pauvre et stérile, ou toujours porté a chercher dans des secours étrangers ce qu’il doit trouver en

lui-même. . . TT

Néanmoins, la méthode est loin ici dêtre inutile. Ln

esprit bien dirigé trouve plus facilement et plus sûrement

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