DU PATRIOTISME
nements, et qu’elle leur a réussi. — Opposant les maximes contraires, on fera voir qu’elles seules sont les vraies bases de la politique internationale, que sur elles doivent se régler les rapports des peuples comme des individus. On l’établira d’après ces principes, 1° que cela est bien en soi; 2“ que l’utile lui-même en découle. On prouvera qu'il y a une force morale attachée à la justice et à la stricte observation du droit, et cela par ces raisons : 1° cela doit être a priori parce que la justice est conforme à la nature humaine et à l’ordre moral; 2® elle a pour elle l’opinion et la conscience des peuples; 3° les contempteurs du droit eux-mêmes sont obligés de lui rendre hommage, en palliant et en déguisant leur coiiduite, et en cachant leurs desseins, et les couvrant des plus beaux prétextes, et en s’efforçant de se donner toutes les apparences de la j ustice.
Lisez Platon, Gorgias et Rép., I; Cic., Rép.,lll, de Off.y I et III. — CousiD, Ecole sensualiste, Hobbes. — Jouffroy, Droit nat., 11° leçon.
QUESTION XXIV
De l’amour de la patrie et du vrai patriotisme.
PROGRAMME
Idée de la patrie. — Ses éléments divers. 1° Eléments physiques ; amour du sol natal, puissance de ce sentiment; émotions et idées qu’il éveille. Exemples. 2° Eléments moraux. La patrie n’est pas seulement le sol qui nous a vus naître; elle est surtout la société au sein de laquelle notre âme tout entière s’est formée, la grande famille dont nous sommes les membres (1). Liens divers qui nous y attachent. Communauté d’origine , de mœurs, d’idées, d’intérêts, de langage, de religion, de droits ; d’alliances (2), de traditions, d’histoire, de littérature, etc. Importance de chacun de ces éléments. — Est-il vrai que le langage soit l’élément essen-
(1) « Une nation, c’est cette agrégation d'hommes que la même religion, les mêmes lois, les mêmes mœurs, un même langage, une même origine, les mêmes malheurs et les mêmes espérances, tous ces éléments enfin, ou seulement la plupart (le ces éléments unissent dans une commune sympathie. » (Sylvio Pelîico, des Devoirs \ ch. ▼lit.)
(2) « Multa sunt civibus inter so communia, forum, fana, porticus, viæ, loges, jura, judicia, su tira gin, consuetudincs præterea et familiaritates, multisque cura multis res rationesque contractée. (De Off I, xvii.)
MORALE
tiel, qu’il constitue, à lui seul, la nationalité ? — Réfutation de cette opinion. — Fusion de tous ces éléments dans la nationalité complète. — De l 'esprit et du caractère national.
Ce qui constitue la vraie unité nationale c est l'esprit public développé dans l’àme des citoyens et arrivé à se connaître, a s’aftirmer lui-mème comme personne morale (1). C'est le moinational,unilé eollectivede pensées, de sentiments et de volontés analogue au mot individuel et se révélant toutes les fois que l'intérêt de la nation est un jeu, que son existence ou son honneur sont en péril. Comment se développe et se fortifie cet esprit. Exemple des républiques de l'antiquité. Comment il peut se concilier avec l’esprit de famille et avec l'amour de l'humanité. Du patriotisme ancien. Son caractère exclusif. Du patriotisme moderne. Est-il vrai que le sentiment patriotique doive s effacer pour faire place à la philanthropie , ou à l’amour de V humanité ? Qu’y a-t-il de durable et de vrai dans le patriotisme? Qu’y a-t-il d’étroit et de passager (2)? Le sentiment religieux est-il contraire au sentiment patriotique? Loin delà (3), « la patrie est une image terrestre de la patrie idéale ou éternelle. »
Amour de la patrie. — Devoirs et sacrifices qu’il impose. Belles paroles du moraliste romain : « Cari sunt parentes, cari liberi, propinqui, familiares; sed omnes omnium caritates patriaunaeomplexa est, pro qua quis bonus dubitet mortem oppetere. » (Cic., de O/f., I, 17.)
(1) I.e eogito, ergosum, de la philosophie pot aussi un fait de l'esprit des peuples, qui, lorsqu’il estarnve à la oonacicnce de soi, forme l'uuilé morale d’une pensée commune, u/nta morale di un pensicro commune. (Maraiani, delta Nationalité.)
(2) « Non sum uni angulo natus, patria met totus hic est mundus. (Senec., Bp. 2H.) Bene vivere omni loco position est. (Ibid.' Cf. Bp. 102.
(3) « Quiconque n'a pas le sentiment de l'éternel ne peut aimer la c patrie. Celui qui ne se croit pas avant tout immortel n’a aucun amour r en général et ne peut aimer une patrie. La patrie n'est rien pour lui. « D'autre part, celui qui n'espère pas se survivre mémo ici-ba» peut « bien avoir un ciel, mais non une patrie. > (Fichte, Discoure à la nation allemande.)
Cf. Platon, Crilon. — Aristote, Poliliq. — Cicéron, de Off., I; de L-gib., II, II. — Keid, t. V, de 1 ’Ksprit public. — Sjrlvio Pellico, des Devoirs des hommeq ch. un et ix.