DES FORMES DU BEAU
qui animent la plante, se déploient sous des formes et par des phénomènes qui se dérobent à la mesure précise et au calcul. En outre, la plante jouit de l'expression symbolique à un degré plus élevé que le minéral. Par son aspect extérieur, par la disposition et la direction de ses branches et de ses feuilles, par ses couleurs, elle exprime des idées et des sentiments qui répondent aux affections de l’âme : la grâce, l'élégance, la mélancolie, etc. Aussi, nous commençons à sympathiser vivement avec ces êtres, quoiqu’ils ne possèdent pas les qualités dont ils nous offrent l’emblème ou le symbole. — Le règne animal nous présente une beauté d’un ordre supérieur, et dont il est facile de suivre les degrés à travers les progrès des espèces. L’animal possède, outre les propriétés qui appartiennent à la plante, c’est-à-dire l’organisation et la vie, des facultés qu’elle n’a pas, la sensibilité, le mouvement spontané, l’instinct; il a des organes appropriés à ces fonctions et qui non -seulement servent à les accomplir, mais les manifestent au dehors. La plante est enracinée au sol, immobile et muette. Quoique doué d’une intelligence qui n’a pas conscience d’elle-même, et d’une activité qui ne possède pas, l’animal se meut et agit en vertu de déterminations intérieures, en apparence volontaires et libres. Son caractère, ses mœurs et ses habitudes, nous donnent l’image des qualités morales qui appartiennent à l’âme humaine ; la laideur et la difformité sont ici bien plus fortement prononcées que dans le règne précédent; mais cela tient à la détermination même des formes et à la supériorité de l’expression. Les dissonances doivent être plus choquantes, les mélanges offrir un aspect bizarre ou monstrueux, et à côté des qualités qui nous plaisent, la légèreté, la grâce, la douceur, la force, la finesse, le courage, apparaissent la lenteur, la stupidité, la férocité.
Mais que peut être la beauté dans le règne animal, si on la compare à la beauté de l’homme ? L'âme seule est belle, a dit Plotin ; aussi nous avons vu que dans les êtres inférieurs à l’homme, c’est encore l’intelligence, la vio et l’expression des qualités morales qui font leur beauté. Mais l’àme véritable, c’est l’âme humaine, le corps est fait pour elle, et il n’est pas seulement sa demeure, il est son image. Tout an-
nonce dans le corps humain, dans ses proportions, dans la disposition, des membres, dans la station droite, dans les attitudes et les mouvements, une force intelligente et libre. La surface n’est plus recouverte de végétations inanimées, d’écailles, de plumes ou de poils ; la sensibilité et la vie apparaissent sur tous les points ; enfin la figure humaine est le miroir dans lequel viennent se refléter tous les sentiments et toutes les passions de l’âme. Qui pourrait dire tout ce qu’il y a de puissance d’expression dans le regard, dans les gestes et dans la voix humaine 1 L’homme possède en outre un moyen de manifester sa pensée qui lui est propre : la parole. Enfin il se révèle tout entier dans ses actes. Les actions humaines ne sont pas seulement utiles ou nuisibles, bonnes ou mauvaises, elles sont aussi belles ou laides, selon qu'elles expriment les qualités de l'âme ou l’harmonie avec son essence, l'intelligence, la noblesse, la bonté, la force ou leur opposé : l’ignorance, la stupidité, la bassesse, la faiblesse et la méchanceté, selon qu’elles annoncent une nature richement douée dont le développement facile est conforme à l’ordre, ou une âme pauvre, bornée, misérable, comprimée dans le développement de ses tendances, folle et désordonnée dans ses mouvements.
II. Telles sont les formes principales sous lesquelles se manifeste à nous le beau réel. Mais le spectacle de la nature et de la vie humaine est loin de nous satisfaire. Partout le beau à côté du laid ; le hideux et le difforme, le chétif, l’ignoble forment contraste avec la beauté, l’obscurcissent et la défigurent ; partout dans la vie réelle la prose est mêlée à la poésie ; aussi l’homme sent le besoin de voir par lui-même des images et des représenattions plus conformes à l’idée du beau que conçoit son intelligence et de reproduire cette beauté idéale qu’il ne trouve nulle part autour de lui . Alors naît l’art, dont la destination est de représenter l’idéal.
III. La pensée humaine ne peut s’arrêter à toutes ces formes. Cetidéal lui-mêmequi n'estquele réel idéalisé, symbole plus transparentde l’idée, ne répond pas à la notion du beau que notre esprit se fait de la beauté. Toutes ces beautés extérieures et de l’art sont par quelque côté défectueuses et imparfaites;
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