‹ Questions de philosophie précédées des règles de la dissertation philosophique et suivies des sujets donnés aux concours, à la licence et au baccalauréat es lettresChapitre 139 sur 192 · DU VRAI, DO BIEN ET DU BEAU · texte numérisé non relu

DU VRAI, DO BIEN ET DU BEAU

soumises à l’espace et au temps, elles participent du fini en subissent les conditions. Elles ne sont toujours que le reflet d’une beauté parfaite. Aussi pouvons-nous dire avec Platon : * Celui qui, après avoir parcouru selon l’ordre tous les degrés du beau, parvenu enfin au terme de l’initiation, apercevra tout à coup une beauté merveilleuse... beauté éternelle, incréée et impérissable ; exempte d’accroissement et de diminution ; beaùté qui n’est point belle en telle partiuet laide dans une autre, belle en tel lieu et laide en tel autre, belle pour ceux-ci et laide pour ceux-là ; beauté qui n’a rien de sensible comme un visage, des mains, ni rien de corporel, qui n’est pas non plus un discours ni une science ; qui no réside pas dans un être différent d'elle-même, dans un animal par exemple, ou dans la terre, ou dans le ciel, ou dans toute autre chose, mais qui existe éternellement et absolument par elle-même et en elle-même ; de laquelle participent toutes les autres beautés, sans que leur naissance ou leur destruction lui apporte la moindre diminution ou le moindre accroissement.... »

Dieu est leprincipe du beau commejil estcelui du vrai et du bien. Où trouver, en effet, l’idée du beau complètement réalisée, sinon dans le seul être au sein duquel la contradiction, l’opposition et le désacord n’existent pas, dont l’intelligence, la volonté et la puissance se développent dans une éternelle harmonie et ne rencontrent aucun obstacle ; dans l’être qui agit et crée sans effort et dont la félicité est inaltérable? Dieu, qui est le type de la liberté absolue, est donc aussi la beauté suprême, toute beauté dérive de lui. La beauté du monde est une image et un reflet de la beauté divine.

QUESTION VII

Du vrai, du bien et dn beau; comparaison des trois idéés.

PROGRAMME

Le vrai, le bien, le beau, trois termes qui reviennent sans cesse dans le langage h umain . Quel est celui de nos j ugemen ts et de nos raisonnements où n’intervient pas une ou deux de ces idées ou souvent toutes les trois ? Pas une affirmation où ne soit comprise la notion du vrai ; pas une action qui ne

soit bonne ou mauvaise ; pas un objet de la nataro ou de l’art où le beau ou le laid ne nous apparaisse. Autour de ces idées, se pressent d'autres idées et les sentiments les plus divers de l’âme humaine. Distinctes quoique unies, elles ont des sphères différentes : la science, la morale et l’art leur appartiennent ; elles y exercent leur juridiction souveraine. S’il ne faut pas les confondre, on ne doit pas non plus les isoler. 11 importe donc, en résumant tout ce qui précède, de les voir rapprochées, distinctes mais unies, de saisir leur lien et de remonter au principe dont elles dérivent et où elles retrouvent leur véritable unité.

1° Le vrai. — Qu’est-ce que le vrai ? Au sens métaphysique, le vrai c’est ce qui est. Mais l’ètre véritable, est-ce celte réalité mobile et périssable qui apparaît aux sens? N’est-ce pas plutôt la loi qui régit le phénomène ? Le vrai est-ce une qualité quelconque et même l'ensemble des qualités d’un objet, ou, parmi ces qualités, la qualiléûxe permanente ? estce l’accident ou Yessetise? Inséparable, mais distincte de ces qualités qui se transforment, la substance est le fond même de l’être. Lequel dqs deux termes est le vrai ? Je vois des effets, ils passent, mais la cause qui les a produits reste capable do nouveaux effets. Où est encore ici l’être véritable î Voici des propositions : Je suis, cet arbro est élevé, cet homme est petit. En voici d'autres : la partie ne peut égaler le tout ; l’homme doit respecter la vie de son semblable. Encore ici où est la vraie vérité ? La raison n’hésite pas; elle ne reconnaît en tout le vrai, distinct du réel, que dans ce qui est permanent, substantiel, dans la loi, l’essence, la cause, l'axiome, le principe, l’être caché sous l’apparence, l'invisible dans le visible. Sans nier ni dédaigner le réel ou le sensible, elle persiste à nommer vrai l'élément rationnel, celui que conçoit l’entendement. En ce sens on a pu dire : non est veritas in sensibus.

Telle est la vérité métaphysique ou ontologique, le to Svnoç ÿ» de Platon. Il y a aussi le vrai pour notre esprit, la vérité logique. Celle-ci c’est la conformité de la pensée avec son objet et le faux est son contraire. Or, ici encore, où réside le vrai? dans la sensation ? elle n’est ni vraie ni fausse. Dans la per ception ? Celle-ci peut être vraie, mais c’est quand la raison

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