‹ Questions de philosophie précédées des règles de la dissertation philosophique et suivies des sujets donnés aux concours, à la licence et au baccalauréat es lettresChapitre 145 sur 192 · DU GOUT · texte numérisé non relu

DU GOUT

il rivalise avec la nature et il la surpasse, loi éclate la vraie supériorité de l’esprit. Elle aussi imite ou représente la pensée de Dieu, mais d’une manière obscure et confuse. L’image que l’art crée de la vie et des idées est une image plus claire, plus transparente et plus vraie, une révélation supérieure. De plus, si la nature imite et représente la pensée de Dieu, c’est sans conscience et fatalement ; lui le fait avec conscience et liberté.

On voit en quoi consiste la puissance créatrice de l’imagination. (V. Précis, p. 108.)

QUESTION XV

DU GOUT. — Quelle est sa nature? — Quelles sont ses principales formes? — De la diversité des go&ts.

PROGRAMME

I. Sa nature. — Distinction du goût intellectuel et du goût physique. Fausses définitions du goût (1). Le goût n'est pas une forme de la sensibilité, mais de la raison : il est un mélange de raison et de sentiment. Antériorité du jugement sur le sentiment. Le goût appartenant à la raison jouit do ses caractères. Comme elle, il a un côté absolu et un côté relatif; il est susceptible de culture et doit se perfectionner, etc. Il est sujet à l’erreur, il y a un bon et un mauvais goût, etc.

II. Des formes du goût. — Goût naturel ou spontané (2) ; goût réfléchi ou cultivé; leurs caractères. De la culture du

(1) L’école sensualiste définit le goût intellectuel une forme do la sensibilité (V. CondiiUc, HolvétiuB, Hume, etc.). L’école du sentiment (Hutchoson, Smith; en fait un sens moral et le place parmi les sent réfléchis. Kant lui-méme le définit une sorte de sens commun (Crif. du Jug.) — Bossuet est plus dans le vrai quand il dit :

« Il appartient à l’esprit, c'est-à-dire à l’entendement, de juger de la beauté, parce que juger de la beauté c’est juger de l’ordre, de la proportion, choses que l’esprit seul peut percevoir. > (Conn. de Dieu. I, 7.) — « On appelle goût, dit Ueid, cette faculté de l'esprit qui nous fait discerner et sentir les beautés de la nature et ce qu’il y a d’excellent dans les ouvrages de l’art. (Keid, t. V, du Goût.)

(2) Omnes tacito quodam sensu sine ulla arte aut ratione quæsunt in artibus ac rationibus recta et prava dijudicant. (Cic. de Orat ., III.) — Le goût naturel n’cKt pas une connaissance de théorie, c’e6t une application prompte et ^xquisc des règles mêmes qu’on no connaît pas. (Montesquieu, Estât sur U goût.)

goût. Alliance de l’imagination et du goût dans les œuvres parfaites de l’art.

III. De la variét4des oocts. — Comment elle s’explique : causes physiques, causes morales. La diversité des goûts peut-elle se concilier avec l’immutabilité des principes du goût T Réfuter l’opinion qui nie l’absolu en matière de goût : Scepticisme esthétique.

QUESTION XVI

Quelle lnflnenoe exerce l'association des Idées sur nos .logements en matière de goût? — En déterminer la nature, les

limites, et Indiquer la manière dont on doit la combattre.

PROGRAMME

Le goût est une faculté mixte, à la fois rationnelle et sensible, mais dont la base est le jugement. Diverses causes peuvent l’altérer, le modifier et le corrompre, ce qui explique la variété de ses jugements. L’association des idées est une des principales (Ibid., 105). On fera voir en quoi consiste son influence, quelles sont les limites et comment on doit s’y prendre pour s’en affranchir.

1° De la manière dont l'association des idées agit sur le goût et détermine en partie ses jugements. Loi d’association. Comment, en vertu de cette loi, le laid nous paraît beau, le beau nous est indifférent ou nous déplaît. Exemples tirés du beau physique et du beau moral, du beau dans les œuvres de l’art et de la littérature ; de la puissance de la mode en particulier.

2° Cette cause, malgré sa puissance, peut-elle effacer entièrement la distinction absolue que l’esprit établit entre le beau et le laid, desorte que la beauté soit purement relative et que les jugements du goût n’aient plus rien d’absolu T Par le raisonnement et par des exemples bien choisis, on montrera qu’il n’en peut être ainsi et on arrivera à poser des bornes à cette influence.

3° Comment combattre cette cause T Deux moyens, dont le premier est l’exercice légitime et réfléchi de la raison ellemême. La raison attentive et éclairée dissipe l'erreur et rectifie le jugement. Elle démontre le vice des associations

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